‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 40 sur 77 · CT LES PLAIES D*É6TPTB · texte numérisé non relu

CT LES PLAIES D*É6TPTB

nous nous sommes convaincus du contraire. Ils ne craignent ni la morsure ni le venin des serpents les plus dangereux, dont une seule piqûre donne la mort ; ils jouent même avec les cérastes, les placent sur leur cou, sur leur bras, et s'en font des espèces de colliers vivants ; ils les excitent , les irritent , puis les endorment à volonté, sans que jamais il en résulte aucun mal pour eux. Un serpent se trouve-t-il caché dans le coin le plus obscur d'une maison , ils savent, au moyen d'un sifflement, le faire sortir de sa retraite et le forcer à venir se soumettre à Tempire de leurs enchantements. Aujourd'hui, encore, ils changent les serpents en bâtons, en réduisant ceux-ci à un état complet d'engourdissement et d'insensibilité.

M. Léon de Laborde, qui a fait en Egypte un voyage plus récent que celui de la commission scientifique dont nous venons de résumer les observations , nous assure avoir connu au Caire un Algérien qui , au moyen de certaines préparations et de certaines formules 9 faisait apparaître dans le creux de la main d'un enfant tous les personnages qu'il lui plaisait ou que demandaient les spectateurs. Il affirme même avoir acheté le secret de l'Algérien et produit luimême, sans pouvoir s'en rendre compte, les mêmes phénomènes (1).

(!) CommefU. géogr,, p. 23-â6.

S88 VÊÈ MAOIGIBNS DB PHARAON

De tout ceci, il résBlte qu'il y a dans Thi^oire des feiis, et dans ia nature bien des secrets qoi demeurent pour nous des mystères, et dimt la science n'^ po découvrir encore lé tlemier mot. Sans donc recourir comme moyen d'explication à la fraude ou à l'influence dn diable. Ton peut, ^ans risquer de passer pour trop superstitieux, admettre que Fart'des magiciens de Pharaon, qui nous estinexplicable, n*étaitpas tlrat entier illusoire, et qu'il pouvait avoir pour base utte science ou des forces perdues aujourd'hui pour rhnilianitë. Quoi qu'il en soit à cet égard ; que Ton croie que les sages de Pharaon n'étaient que des imposteurs, ou que l'on suppose qu'ils ont fait de vraies miracles par la puissance du diable ou par des forées mystérieuses dont ils avaient seuls le secret, ce qu'il y a de certain, c'est que, devant les maurféâtations^de la toute-puissance ditine, ils ont été forcés de reconnaître et de sentir leur faiblesse. Dès les trois premiers prodiges, ils sont confondus ; et pourtant ils avaient eux-mêmes choisi le Heu du combat ; ils avaient attiré Moïse sur un terrain où ils se croyaient invincibles ; maïs c'est sur ce terraîn^^lk même qu'ils sont vaincus. Plus tatd, ils ne songent plus à imiter Moïse ; ilà renôhcent à lutter avec' lui. Il n'est plus question, pour eux, de faire en petit ce que Moïse fait en grand ; leur science , leurs dieux sont convaincus d'impuissance totale. S'ils ont changé leurs bâtons en serpents, le bâton de Moïse a englouti les leurs; s'ils sôntparve-

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nus à tranis^fomier Tem en sang, ils ne peuvent pas, en échange , faire que le sang redevienne de l'eau ; ils ont réussi à produire des grenouilles , mais les grenouilles une foisappsirues, ilsn'ont^u les chasser et en délivrer l'Egypte. Quant aux insectes , aux iri* cères, à la grêle et aux autres fléaux , ils n'ont pas même essayé de chercher à les prodirire. Battus, comme psyiieB, dans Tart qui leur était le-plus ianHlier^ et dans lequel consistait toute leur puissance, comment ne l'auraiesit-ilspas été dans des opérations auxquelles ils n^avalent probablement jamais appliqué leur science ? Voilà ce que nous avions à dire sur les n^gicietis. Passons maintenant à l'éclatrdssement de chi&tjue plaie en pai^iculier.

!'* PLAlE. Le$ eaux de Mng. — Au commandement dé Moïse, les eaux du Nil changent de couleur et devieoltient rouges comme' du isang (1). C'est ici un phénomène particulier à l'Egypte. Peu de temps avant le débordement du fleuve, ses eaux prennent une teifate verdâtre; puis, au moment même de la crue, une couleur rougeàîro, que l'on ex{dique ou par des herbeis, ou par des tefres que le Nil enlève dans son cours aux i parties les plURS élevées du pays. Cepén-»

(1) Qrfil fatlle entendre ainsî le passage Exode VU, 17, c'estce qui résulte de 8a comparaison avec les passages parallèles (2 Rois m, 22, et Joël III, 4). Changer en sang, dans le style de rEcritiire, c^éètdontaer^ nh objet unecoulear ëelàblable'àcetle du sang.

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dant, dans les années ordinaires, cette eau bourbeuse ne cesse pas d'être potable, et les Egyptiens ont plus d'un moyen de la filtrer et de réclaircir dans des vases où ils la recueillent et la laissent reposer. Le miracle a donc une base naturelle, et ne consiste que dans l'amplification d'un phénomène régulier. Ce qui lui donne un caractère surnaturel, ce sont les particularités suivantes : 1® que les Egyptiens , malgré tous leurs procédés habiles de filtration, ne parviennent à boire ni l'eau du Nil, ni celle qu'ils ont en réserve dans leurs cruches (v. 19 et 21); 2® que les poissons du fleuve périssent, ce qui n'arrive jamais, même dans les plus grands débordements ; 3^ que la crue des eaux est subite, et non progressive, et qu'elle passe à la couleur rouge sans traverser les degrés intermédiaires ; 4^ enfin, qu'elle se manifeste dès que Moïse lève son bâton pour donner le signal du débordement.

Il est presque inutile de faire remarquer combien a dû être sensible aux Egyptiens la première plaie dont le Seigneur frappa leur pays. L'eau du Nil, en effet, est la seule qui soit potable dans toute la contrée; les autres sont épaisses, dégoûtantes, malsaines. L'eau du Nil , au contraire , a quelque chose de doux, de rafraîchissant et de nourrissant à la fois. Au-dessous de Mascrier, les Turcs trouvent cette

eau si délicieuse, qu'ils mangent du sel pour pouvoir en boire une plus grande quantité. Ils ont même cou-

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tume de dire qae, si Mahomet en avait goûte, il aurait demandé à Dieu l'immortalité, afin de pouvoir s'en désaltérer éternellement. Les Egyptiens sont si fiers de Teau de leur Nil , qu'ils s'en inondent et s'en abreuvent constamment ; et de fait, il paraît qu'il n'en existe pas d'aussi excellente sous tous les rapports. Ainsi donc, rendre les eaux du Nil infectes et puantes, c'était tout à la fois humilier les Egyptiens, en leur prouvant que le Dieu des Hébreux était supérieur au dieu protecteur du Nil, et les priver de l'une des ressources les plus indispensables de leur pays, de la boisson la plus saine et la plus agréable (1).

Avant d'aller plus loin, faisons remarquer ici quelques particularités qui témoignent de la profonde connaissance que possédait l'auteur sacré de l'état de l'Egypte de son temps, et qui rendent impossible la supposition qu'un autre que Moïse ait pu être Fauteur du Pentateuque.

Au verset 19, il est dit : qu'il y aura du sang dans tout le pays d'Egypte, et même dans les vaisseaux de bais ei de pierre. Ces mots ont, au premier coup-d'œil, quelque chose d'étrange ; mais l'étonnement cesse quand on apprend que les Egyptiens, dès les temps les plus anciens, avaient coutume de recueillir, dans de pareils vases, l'eau du Nil troublée, dans le but

(1) Comment- géog. sur l'Exode ei les Nombres^ p. 27. Haillbt, 'P part. , p. 103. Considér. twr VOrieni, p. 303.

Qh*i LES ^AtîlCfÈpm Dli PHkRAOTI

de \à pûHti«r , et cfH^xin và^è de céKë tmturè était considéré comme une grande riches^ thet. 1^ Égyptiens. Cette ptiriïîcatioli ou clarîficsrtteft de Fêteiu (lu Nil avait lieu par Ife (procédé «Wivàirt : ils pTfenaiéut de^ amandes, les pilaient , etc fâ^^iiëm «bè pâte dont ils oignaient les bords de là crAché, et ain^ ih dbteriaieiH qù(i le litnbu qtti troublait ¥ei^ se pV-écipitatt au fond dit ?a^. Cet uSàge eitstèf encore aujourd'hui. Donc , en leur déhonçaM (^Hb auraient des eaux de sanTig jusque dan^ lètïrs ta^es:. Moïse prévenait les Egyptiens que tes mesures Mtxquelles ils recdf^raient ordinairement pohdr clarifier les eaux du Nil, seraient infructueuses.

Daàs le même verset, les eaux de l'Egypte sont disirrtmées eu quatre cesses : les rivières» les fossés, les étaiigs et les réservoirs. Cette division, ett effet, cotn^ prend tofute Thydrog^^phie é^yptieùne ; tes rivières sont les bras du Nil ; les fossés indiquent les ctfnawx artistemeut creusés ; les étatngsr signiHèiït les petits lacs formés par la stagnation des eàux du fleti^e ; et leà amas d'eaux ou réservoirs désignent tous les autres bassins (font les particuliers se servaient pour conserver les eaux dû Nil, trop éloignées d*e!ix.

Le verset 15 du chapitre V, et le verset 16 du chaipitre VIIl, liôiis présehteUt Pharaon se rendant au bord du Nil. Or, Hérodote déjà, Lucien après lui, et Champollion plus tard, nous ont appris que les È{ïyt)tiehs adoraient le l^il, source principale de

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la richeâ^ agricole de leur pays. Champollion a hi une inscription, où le Nil est appelé h Pire qui tivifk tout ce qui existe ; et Ton a retrouvé à Silsilis ( Oliebel Selseleb), une chapelle, du temps de Ransès 11^ consacrée au Nil, le Père des Dieux. Moïse reçoit donc du Seigneur Tordre d'aborder Pharaon, au moment où il va rendre un culte à Fune des grandes dtviË^tés de son royaume. Que tous ces détails sont frappants, surtout quand Ton considère que Técrivaîn sacré ne s'y arrête pas, n'en veut pas faire parade, et se contente de les intercaler dans son récit, de la manière kt ptus simple et la plus naturelle , et en supposant que les lecteurs pour lesquels il écrit le comprennent et n'ont pas besom d'explications.

2* PLAIE. Les grenouiUes. — Cette secidnde plaie est prcAablëôlient un effet de la première ; le limon épais, déposé par le Nil sur toute l'étendue des terres, donna lieu à l'apparition des grenouilles, immédiatement après. En temps ordinaire les grenouilles sont abondantes en Egypte, et c'est en général le cas dans tous les pays chauds et humides (1). Voilà le côté naturel du miracle ; le c6té surnaturel, c'esit qtie les grenouilles furent plus abondantes cette fbis-ci qu'on ne les avait jamais vues auparavant.

(i) Voir Hassblquist, p. 254, et Sonnini, 3* part., p. 365.

ihï LES MAGICIENS DE PHARAON

qu'elles pénétrèrent partout; et qu'elles naquirent et périrent au commandement de Moïse.

Quant à la menace contenue dans le verset 3 du chapitre VIII, que les grenouilles devaient entrer jusque dans la chambre à coucher de Pharaon, s'introduire dans son lit, et aller se loger dans les fours et les mats de ses serviteurs ; il faut, pour la comprendre, ne pas se représenter des maisons à plusieurs étages, avec portes et fenêtres fermées comme en Occident. Les maisons, en Orient, sont basses, ouvertes de toutes parts, et disposées de manière à laisser l'air circuler partout. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les grenouilles aient pénétré dans de pareils édifices, et ceci, pour le dire en passant, est une nouvelle preuve de la parfaite connaissance que l'écrivain sacré avait des localités et des usages du pays, théâtre des événements qu'il rapporte.

3* PLAIE. Les cousins. — Presque toutes nos versions ont traduit le mot hébreu kinnim psirpoux (1) et d'autres par insecUs ; elles ont suivi en cela l'opinion de Joseph et de Philon. Mais, aujourd'hui les meilleurs commentateurs sont d'accord qu'il faut entendre par là dés cousinSf ou espèce de mouches très-communes en Egypte et dont la piqûre est ei^trèmement dou-

(1) BOCHART m, 458.

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loureuse; c'est le culeœ reptans de Linnée, le culex molesius de Forsk, le moskito des Italiens.

Dans la seconde plaie se trouvait la raison de la troisième, comme la première renfermait la cause de la seconde. De même que le limon du Ji'û a engendré les grenouilles ; de même les amas de grenouilles mortes et en putréfaction ont produit les cousins. Il y a dans ces fléaux une gradation admirable, où l'on voit le doigt de Dieu et Tordre de la Providence. Les magiciens de Pharaon et Pharaon lui-même auraient dû se convaincre, en voyant le progrès de ces fléaux redoutables, qu'un autre pouvoir que la magie les amenait et les retirait successivement.

Rien de plus fréquent en Egypte que les cousins. Hérodote, Maillet, Pocoke, Hartman, Sonnini, s'accordent à nous dépeindre les incommodités sans nombre et les ravages épouvantables produits par ces insectes. Ils poursuivent les habitants à table, et les troublent pendant leurs repas ; ils les attaquent pendant leur sommeil et les empêchent de dormir ; les blessures qu'ils font avec leurs dards venimeux sont aussi brûlantes et aussi douloureuses que celles des maringonins de l'Amérique du Sud. Trois raisons militent en faveur de l'interprétation du mot kirmim par celui de cousins. 1° La traduction des Septante, faite en Egypte, fautive sous beaucoup de rapports, mais ordinairement très-exacte pour tout ce qui tient à la géographie et à l'histoire naturelle

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