‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 43 sur 77 · LE PASSAGE · texte numérisé non relu

LE PASSAGE

nous pourrons décider avec connaissance de cause, si les explications qui nous sont données de ce fait en renferment une solution satisfaisante, si elles sont ou si elles ne sont pas admissibles.

Une première chose nous frappe en lisant le récit contenu dans le chapitre XIV de l'Exode : c'est le calme de Moïse, dans une situation aussi critique que celle où il se trouvait avec tous ses compatriotes. Par Tordre de Dieu (v. 2), le législateur des Hébreux avait conduit une multitude de près de trois millions d'hommes, dans un lieu où, poursuivis par leurs ennemis, toute retraite leur était impossible, tout espoir de salut leur était ôté. Devant eux, en effet, ils ont une mer qu'ils ne peuvent franchir ; à droite et à gauche des montagnes, qui les enferment comme dans une étroite prison; et sur leurs talons, une armée aguerrie, alerte, appuyée d'une nombreuse cavalerie, qui les presse, et avec laquelle ils sont incapables de se mesurer. En venant camper près de Bahal-Tséphon, au lieu de tourner au nord le désert d'Etham, où Pharaon aurait eu peine à le suivre, Moïse, s'il n'avait été qu'un simple général d'armée, réduit à l'habileté de ses calculs, aurait commis de toutes les imprudences la plus grande, de toutes les fautes la plus inexplicable ; car il s'était mis dans une position d'où U ne pouvait sortir que par un miracle. Et pourtant, voyez sa fermeté, considérez son assurance : il ne trahit pas un senti-

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ment d'inquiétude ; il est certain qu'il échappera au péril, ayec tout le peuple dont il est le père. Israël sera sauvé, et ses persécuteurs périront. Ce qui devait causer la perte des Hébreux fera leur salut ; ce qui devait servir leurs ennemis entraînera leur perdition : € Ne craignez point, dit-il au peuple ; arrètez- ^ vous et voyez la délivrance de TEtemel, qu'il vous ^ accordera aujourd'hui ; car pour les Egyptiens que * vous avez vus aujourd'hui , vous ne les verrez ja- > mais plus. L'Eternel combattra pour vous ; vous, ^ demeurez dans le silence. » A ce calme inaltérable, héroïque, il est impossible d'assigner pour cause de simples prévisions, de sages calculs ; car, à supposer que Moïse «eût pu prévoir que la marée basse et un vent impétueux faciliteraient aux Hébreux le passage du détroit, comment aurait-il pu annoncer à l'avance qu'un phénomène certain précipiterait tôt après la ruine des Egyptiens ? Pouvait-il croire ceux-ci moins prudents ou moins expérimentés que lui, et, toutes choses égales, n'y avait-il pas dans la tète de Pharaon, et dans celle de ses capitaines, autant de science militaire et de sagesse consommée que dans celle de Moïse? Comment donc a-t-il su que, malgré cela, ils viendraient donner dans un piège qu'un peu de bon sens eût suffi pour éviter ?

Mais passons k une autre considération, et examinons la manière dont le Seigneur prépare Moïse à

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VévéQfis»&àt qui va avoir tieu.' II le. bM. WBonce amwifi quelque <;hQse 4'extaraardiuait^ de wrn^lftreh A un mameat douAé, au coiumaïademeat 4e Moïse^ quand le conducleur de$ Hébreui^ étewka 6a main, 41ièvera sa verge, la oier «e feodra (v. H). Reuuurqjuons bien ces expressions : La mer se /«wfrf, et les eniEante d'Israël entreront au ti^ilieu de la mer. Ce ne sera dovic pas seulemeat par Teffiet du reflux des eaux, ou par Faction d'un vept impétueux, wie plage qui se découvrira^ ou uu rivage qui se desséchera ; mais il y aura une ouverture pratiquée, un chemin frayé à travers la mer fendue ou partagée en deux. Nous prions que Fou ne perde pas de vue ces deux circonstances : d'une part, que le passage s'ouvrira, aucommandomenl de Moïse, par la puissance de Dieu, ce qui ne permet guère de songer au phénomène naturel d'une marée basse complétée et prol<a^ée par l'action d'un vent violent ; et de l'autre, qu'un chemin entre deux eaux sera pratiqué ep pleine mer^ ce qui éloigne toute supposition d'uu rivage que la marée aurait laissé à découvert et que le vent aurait achevé de dessécher.

Mais allons plus loiu, et de Tordre de Dieu passons à son exécution; du préambule du récit» passons au récit même. Les termes de l'historien sacré scwt en parfaite harmonie avec ce que les iustructiogos qvi'il a reçues du Seignem* PQt pM nous faire prçsseolir. Moïse étend sa maip; aussitôt uu veut iq^^pétue^ix

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s'élève» les twx h fmdmi h $mmi om^s mfni^ dllpf^il de omr 4 dmiifi et à ç^ayche (t. 22 et 2&) • Q«9 Ton y fasse bien attention ; ce n'est poinl une description ptoétîque qne nons lisons dans ces versiets. Dans^ le cantique sîiid^lime qui célèbre cet événement wémoi^siUe et qjBÂ se trouve rapporté an chapitre snîyant» r.on pourrait peut-être prendre ces ei^pressions pour des images. Nais ce que Moïse nous raconAe id est une histoire; ce (pi'il nous décrit c'est un fait, et quand il affirïue qv^e kê tuux se fendirent, que tes Israélites eriifàrefK ou mUiêu de la mer, et que cette mer forma titu mvif4 droite et à gauche; il ne nous est pas perws de n'éniendre par là autre chose que ceci, i{ue la côte fat mise à sec et que les enfants d'Israël passèrent tranquillement sur le rivage. Une pareille manièi^e d'interpréter le texte sacré serait arbitraire et ue poiurait être soutenue par aucun argument.

Le miracle du passage de lamer Rouge se prouve ensuite nouH^nlement par la délivrance des Israâ^tes, mais encore par la destruction de l'armée égyptienne. Et ici nous prions le lecteur de peser avec scûi le^ considérations suivantes; 1^ C'est au commandement de Hoïse que les eaux retournent çur les Egypti^os et les engloutissent; et de même qu'elles ne s'étstjeqjt Oiu^ertes que lorsqu'il avait étendu la inain, de m^n^ elle$ ne se refernient non plus que Iprsqu'il en .donne le sigual (v. 26, 27). Or, dans un pareil cas, comment

supposer un phénomène pnrement naturel ? 2^ he^

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eaux en retournant à leur place couvrent ( c'est . le ternie dont l'Ecriture se sert) les six cents- chaiîots, la cavalerie et toute Tarraée de Pharaon , qui était considérable ( v. 28 comp. avec v. 6, 7, 9 ), et les noient tous , sans qu'il en échappe un seul. Une destruction aussi subite , aussi complète, s'expliqueraitelle par un reflux qui serait venu de nouveau baigner la plage? o^ Au lieu de faire le tour du golfe, en profitant de l'avantage que leur donnaient leur cavalerie et leurs chariots , et de chercher à atteindre les Israélites sur la rive opposée, les Egyptiens , sans tenir compte du mouvement des marées , qu'ils devaient connaître aussi bien pour le moins que les Hébreux, se jettent à leur poursuite dans l'espace ouvert devant eux , et trouvent la mort dans les flots« Une pareille imprudence serait -elle concevable, s*ils n'avaient pas jugé que, dans ce cas particulier , un événement extraordinaire justifiait leur confiance? Ajoutons encore que, partout et toujours, l'Ancien et le Nouveau-Testament nous parlent du trajet de la mer Rouge par les Israélites comme d'un miracle. Le récit dont nous venons de relever quelques circonstances particulières , suffirait à lui seul pour le prouver. Mais nous avons d'autres considérations encore à faire valoir à l'appui de cette assertion. Moïse conclut sa narration par ces paroles , où il est impossible de ne pas reconnaître la foi à une intervention spéciale, surnaturelle et miraculeuse de la Providence

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