LE PASSAGE
jourd'hui, au nord du golfe de Suez, un vaste bassin, ranciennemerd'Héroopolis, qui s'étend jusqu'aux frontières de l'Egypte, mais qui , ensablé aujourd'hui dans sa partie méridionale, ne reçoit plus les eaux de la mer autrement que par infiltration. Le terrain de ce bassin, en apparence solide, n'est en réalité qu'un marais fangeux , ce qui fait supposer qu'autrefcHS Iqs eaux du golfe le remplissaient dans toute son étendue. Jusqu'à quel point communiquaitril avec la mer Rouge du temps de Moïse? C'est ce qu'il n'est pas far cile de déterminer. Le niveau des eaux de la mer, sans avoir baissé, peut toutefois, par l'effet de l'encombrement des sables accumulés au nord de Suez, avoir été refoulé et empêché ainsi de pénétrer dans le bassin , qui de mer sera devenu marécage. Les nombreuses ruines de monuments antiques que l'on trouve sur ses bords confirmeraient assez l'opinion que les limites du golfe Arabique s'étendaient anciennement beaucoup plus loin qu'aujourd'hui. Par conséquent, l'on parviendra difficilement à prouver que les deux gués qui se trouvent au nord de Suez, et dont l'un est suivi par les caravanes qui se rendent à la Mecque, et l'autre pratiqué par les Arabes, qui en profitent à marée basse, existaient du temps de Moïse tels qu'ils sont au XIX® siècle. Mais en l'admettant par supposition , qu'aura-t-on gagné à cette hypothèse? Passer un bas^fond, qui, même au moment du flux de la mer, est couvert encore de plusieurs
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pieds d'eau, est-ce traverser la mer à pied sec» entre deux murailles formées par TOcéan? Aiusi, quand, au sud comme au nord de Suez, Ton découvrirait un plus grand nombre de gués que les voyageurs n'en ont reconnu jusqu'à ce jour, il demeurerait toujours certain que les Israélites n'en ont pas profité, puis^ que, d'après le récit du Pentateuque , c'est à un miracle, et non pas à la rencontre d'un bas-fond qu'ils ont dû leur délivrance. L'hypothèse que Moïse a profité d'un gué au nord de Suez pour faire passer la mer aux Israélites , tombe ensuite devant la réflexion , qu'une multitude aussi innombrable que l'étaient les Hébreux , avec armes , bagages , bétail , femmes et enfants , n'aurait pas fait route sur un sol humide, fangeux et couvert d'eau, et que les embarras et les périls qui en seraient résultés auraient été insurmontables. Ce qui achève enfin de détruire cette hypothèse, c'est que, d'après le texte sacré , ce n'est pas au nord de Suez , mais au sud de Béelséphon , que le trajet doit avoir eu lieu. Voici les paroles mêmes du Pentateuque , qui , seules , peuvent nous fixer sur la localité choisie pour le trajet : £i r Etemel parla à Maise m disant : Parle aux enfants d* Israël^ et qu'ils campent devant Pihahirolh, entre Migdol et la mer y viS'àrvis de BahaU Tséphon; vous camperez vis^-vis de ce lieu^là, pris de la mer (v. 1,2). Or, la côle entre Migdol et la mer, ce n'est pas le nord de Suez , mais c'est le rivage audessous. Quelle apparence y a-t-il, d'ailleurs, que le
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Séigtiettr, voulant iSgtiàlÈ^ Isa ptti^slahde 'éhters son pdttple et hsi msriiifedtefr ^ ^oitè, M ànfairkft ofrdonné d'àllél* planter âefs tentes près ffiih baâ^fditd côtenu, praii^tfé, fréqnemuielit traversé, c'est-^à-cRre préci- 9iêÊÊÈéût datïs le tieii où ciette ptfiiftsance pônvaît le moins se révéler et cette gloire te moins éclater?
Ptfr lés ttièmes raisons, nous ne pouvoïiâ nous i-anger fa ropinion de ceux qui Yôulent que le passage se soit accompli en face de Sne2, ou qu'il se soit eflfbctué beaucoup plus au midi, près d'Ouadi-'ftedea. Ouadi-(bedea est à une distance considérable de Béelséphon, et rien ne fait supposer que le^ Israélites ont eu le tëiups de s'avancer aussi loin sur le littoral africaiU. Cette supposition est même contredite formellement psu* le texte, qui indique comme le lieu du passage , non la côte entre Migdol et Oaadi-Bedea, mais le littoral entre Béelséphon et Migdol. Mais ce qui doit surtout nous empêcher de regarder Ouadi- Bedea comme le lieu du campement des Israélites, c'est qu'à cet endroit la mer Rouge est très-lai^e, et que l'on ne compreudrait pas comment, mëtUe en admettant pleinement un miracle , un peuple aussi nombreux que l'étaient les Israélites aurait pu la traverser.
Suez, qui s'élève aujourd'hui sur les ruines de Bahal^Tséphon , ne nous^àrail non plus devoir être envisagée comme apnt été le théâtre du miracle. En etfêt, elle est beaucoup trop éloignée de Migdol pour
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répMQfdk^ k là Aédcii^on géographi<}iie âe llSitôdef, sans dire que la ttier, YÎà-à-vis de Sttez, eist beaucoup trop hÉAèèp et qUe les aspérités dû fiûtad sont beàtiedUp trop coûsléérablespour que nous puissions croire que le passage ait eu lieu en cet endroit. Car, d'une pfti't, sur le bàs-fditd de Suez, il eût été diffldle que là iner formât dés nlurs à droite et à gauche, pûisqu'AA peut la traverser en n'ayant de l'eau que ]uëè(u'àù gémhix ; et d'un autre cdté , les inégalités du fond due!» à des aniâs considérables de tbadréflores eà eussent rendu le trajet inl{)6ssible à tout le motade , mais surtout à des femmes et à des eufants (1).
Resterait donc , suivant la description précise que nous en a lai&sée Moïse, entre Migdol et Béelsépfaou , et entre Migdôl et la Mer, le petit promontoire eu fece de Âiouh-Mdnsa, ëomtne le poiut détermiué où il semble raisonnable d'admettre qu'a eu lieu le mii^aculeux trajet. Flâsiëûrs raisonls Concordent , selon tidus , à rehdre vraisetnblable cette opinion, l"" Ce lieu est k égale distance à peu près d'Ouàdi-^Bedea, au sud , et de Béelséphon au nord, entre la mer et Migdol, ainài que l'Etemel avait désigné à Moïse Ik plaitie où les
(1) L'&tMehee do ce fait déjà coDnu a été confirmée par l'eipérience récente de M. Léon de La^ordb, qui> lui-même, a essayé de s'avancer é pied à quelques brasses dans la mer en face de Suez (CmnmmU. géoQt,, p. 80), mais qui en a éfeé empêché par les douleurs aiguës que lui causaient les aspérités des bancs de corail dont cette paHie du golfe est gaîiiie.
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Israélites devaient dresser leurs tentes. 2"" Il est en face d'Âloun-Mousa et de Marah, qui fut la première station des Hébreux après avoir quitté la mer. 3^ En cet endroit le golfe n'est ni trop large pour avoir pu empêcher le trajet de trois millions d'hommes, ni trop étroit pour n'avoir pu engloutir toute Tannée de Pharaon avec ses chevaux et ses chariots, i"" Ce point de la côte étant assez éloigné de Suez, et du bassin où se trouvent les gués dont nous avons parlé plus haut, on conçoit facilement que les Egyptiens, n'ayant pu songer à faire un aussi grand détour pour aller rejoindre les Israélites de l'autre côté du golfe , se sont précipités sur leurs traces dans le chemin qui s'ouvrait devant eux. 5^ C'est là enfin que , selon la tradition de plusieurs Arabes, qui , quoique mêlée de fables, n'est cependant pas à mépriser, a péri l'armée de Pharaon.
Maintenant que nous croyons être fixés sur le lieu où s'est opéré le miracle , il nous reste à apprécier une dernière conjecture sur la manière dont il a eu lieu. Au moyen de cette solution, quelque peu rationaliste , on semble s'être proposé pour but de chercher un juste milieu entre l'opinion de ceux qui n'ont vu dans l'événement qu'un fait naturel , et ceux qui le considèrent comme un phénomène surnaturel ; de trouver, en un mot, un terme moyen entre la nature et le miracle. Selon les partisans de cette explication» le passage de la mer Rouge a eu lieu à l'extrémité