‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 6 sur 77 · L'ARC-EN-CIEL · texte numérisé non relu

L'ARC-EN-CIEL

IX, »-l7.

LiEs eaux du déluge .venaient de se retirer. Pendant trois cents jours Noé a'avait vu ni le ciel, ni la terre. Au-dessus de sa tête, d'affreux nuages se répandant et se reformant sans cesse pour se verser de nouveau, et au-dessous de lui un abime dont il ne pouvait mesurer ni la profondeur ni les limites , tel est le spectacle qu'il lui a fallu contempler du fond de son arche , pendant la durée de longs et interminables mois. Mais enfin la pluie cesse, les nuages deviennent moins sombres , le vent chasse les vapeurs, le ciel s'éclaircit, le soleil , si longtemps voilé , reparaît, et Tarc-en-ciel se montre dans la nue. Comment décrire

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ce moment ? Qui dira lout ce qui se passa dans Tâme (lu patriarche , lorsqu'il se vit, lorsqu'il se sentit de nouveau sur la terre ferme, et qu'il put contempler, (romme auparavant , la beauté et la majesté des œuvres du Créateur? Mais ici Tincrédulilé nous arrête, et au lieu de nous permettre d'adorer la bonté divine et de nous associer à Tétonnement, à la reconnaissance et aux douces et graves émotions qui se pressent dans rame de Noé, elle nous pose des difficultés, nous demande des explications , et nous somme de nous prononcer sur la question de Tare -en -ciel. Comment admettre, nous dit-on, que Dieu ait créé lout exprès pour Noé un phénomène naturel, dont tous les physiciens connaissent l'origine et les lois, et qui, inséparable de notre globe, de son atmosphère et de ses rapports avec le soleil, existait avant Noé, a dû commencer avec la création ? Ainsi parle l'infi- Jèle, qui, sans respect pour la parole de nos Maints Livres, se permet de les juger des hauteurs de sa faible raison. Mais qui sait si, parmi les croyants pleins de foi et de soumission pour les oracles sacrés, il n'en est pas quelques-uns qui, sans adopter le langage téméraire de l'incrédule, ne seraient pas bien aises toutefois de savoir comment l'on peut rendre raison d'un fait aussi extraordinaire? Cela est possible , cela est même probable. Disons donc qu'il y a trois moyens de résoudre la didiculté soulevée: l'un critique ou exégétique, les deux autres empruntés aux sciences physiques ou naturelles.

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CoipiQençons par exposer 1^ prengûer. Cp exwp^inan| i^tlentivemeat le texte original» rien n*otdîge à croire que riateatîon de récriv^iii saor^ ait été de nous apprendre que i'arc-en-ciel ii> psirm sur la teiTe qu'à Tépoque de Noé, et qu'avant le déluge ce phénomène ét^it inconnu. Qi^conque est quelque pei} fapiiliarîse avec le génie de la langue bébraique, sait que ces expressions : je mets^ je dotwa, J4 plqçe, fétçbUs (1) , n'indiquent p^ nécessairement ici «n acte accompli, une création opérée dans le moment méfue où l'on parle, mais simplement le Lut ou l'intention de dpnner à un objet une destination spéciale, une signification nouvelle, d'en fiiir^ le symbole de quelque événement , le gage assuré de quelque pro* messe. D'après ce principe, le Seigneur aurait montré à Noé l'arc-enciel non comme un fait nouveau, mais comme un signe de l'alliance qa'il traitait avec lui, comme un sceau de l'assurance qu'il lui donnait, qu'à l'avenir la terre ne serait plus dévastée par les eaux d'un déluge. Avant la construction de l'arche, Noé pouvait avoir aperçu, contemplé, admiré l'un des pliis beaux phénomènes de la nature, mais sans s'en rendre compte, et surtout sans y attacher aucun sens religieux ni moral. Mais m^iintenant l'arc-en-ciel ne sera plus simplement pour lui l'effet des lois de la

(f) Gcif. iX, 12, 19, 16, 17.

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nature : il aara à ses yeux un seus nouveau, ppofond ; il est' devenu un sacrement d'alliance, manifestation et confirmation des promesses de la lionté divine : le Seigneur Ta donné. Ta placé, Ta établi pour rap- [)eler à Noë et à toute sa postérité les clauses du traité scellé avec lui et avec ses descendants. Voilà une interprétation plausible, susceptible d*être soutenue, et d'après laquelle on laisse an rationaliste la satisfection de croire que raro-en-ciel avait paru dans les nuages depuis l'origine du monde , et que Dieu n'a fait ici que lui assigner un rôle nouveau, une mission particulière dans le contrât conclu solennellement avec le patriarche échappé à la submersion du inonde ancien.

Mais rien ne nons oMige à recourir à une interprétation qui nous dispenserait de rechercher les causes qui produisent Tarc-en-ciel, et qui, d^un coup, (iëtmirait toutes les objections tirées des sciences physiques. Nous ne somines pas réduits à cette extrémité. Rien n'est moins prouvé que l'hypothèse admise, que le phénomène de l'arc-en-ciel s'est pro- <iait dès l'origine du monde. Car, en supposant qu'il eût été visible en quelques contrées, qui prouvera qu'il l'ait été dans celle qu'habitait Noé ? Ne sait-on pas qu'il est des pays, tels que le Pérou , la haute Egypte , où les pluies sont rares , presque nulles , et où par. conséquent l'arc-en-ciel manque à peu près complètement. Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que

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Noé eûl vécu sous un ciel lellement calme, serein et pur, qu'il n'eût eu jusqu'alors aucune occasion de voir un arc-en-ciel ; et dans cette supposition, le fait, ancien pour d'autres parties du globe et pour d'autres habitants de la ten^e , serait devenu nouveau pour lui dans le pays où il débarqua, et dans les conditions nouvelles où se trouva la terre après que les eaux du déluge se furent retirées (1).

Mais nous pouvons aller plus loin encore, et demander si personne a pu démontrer et démontrera jamais qu'avant Noé l'arc-en-ciel avait paru sur aucun point du globe. Pour l'affirmer, il faudrait prouver que le déluge n'a moditié en quoi que ce soit, ni l'état de l'atmosphère, ni la conformation de notre planète ; qu'avant le déluge, toutes choses se trouvaient, sur notre globe et autour de notre globe, dans les conditions où nous les voyons maintenant. Mais c'est ce qu'il est impossible de soutenir. Au contraire, la révélation, aussi bien que les traditions païennes, nous autorise a penser qu'une grande révolution s'est opérée alors dans l'état de notre terre. La science l'a en partie constatée , et la constatera toujours davantage à mesure qu'elle marchera dans la voie des découvertes. Or, qui nous dit qu'a cette

(1) IIess. Geschichle der PalHarcUen, p. 1 16. Voyez aussi IIali.kr. Vber einige Einwûrfe nooh lebênder Freiffêinler, 1 Th. S. 46.

époque la vajieur ne remplaçait (las les nuages? qui nous assure que la rosée ne suflisait pas à Tarrosement de la terre, sans avoir besoin de Tauxiliaire des pluies fertilisantes? qui niera que les orages, les grêles et les inondations ne datent pas du moment où les bondes des cieux furent ouvertes et les fontaines du grand abîme lâchées sur notre globe (1)? La science ne sait rien , ne peut rien affirmer touchant les époques qui remontent au-delà de Noé ; par conséquent, elle ne saurait renverser par une simple hypothèse un récit qui, comme celui de Moïse, repose sur des autorités incontestables. Or, voici ce que nous lisons au ch. XI, v. 5 et 6 de la Genèse : VEtemd n*avail point fait pleuvoir sur la (erre y et il ne maniait point de vapeur de la terre qui arrotât toute la surface de la terre. Cet état de l'atmosphère a pu durer jusqu'au déluge ; et , par conséquent , Tapparition de Tarc-en-ciel pour la première fois après cet épouvantable cataclysme, se trouve suffisamment justifiée.

.11 en est donc de Tarc-en-ciel comme du déluge : iion-seulement Tiiicrédulité n'a rien de solide à op))0ser aux causes que lui assigne Moïse , mais encore les naturalistes les plus compétents, les savants armés de toutes pièces ne sauraient sur ce point, pas

iî) De Hougkmo^t, Préci$ W tlknoffrapkie, etc. Itilrod., p. xx.

M L*Alt€«EN-*ClBL.

plas que sur d'autres, contredire Técrivain inspire. Plus la science est vraie , plus elle est humble. Le scepticisme ignorant tranche seul des questions qu'il n*a ni la capacité ni peutrétre la volonté d'approfondir.

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