‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 54 sur 77 · LA MANNE · texte numérisé non relu

LA MANNE

libres pour voyager ; mais partout, au contraire, des défilés étroits et de profonds sillons. M. Léon de Laborde, qui, après Coutelle et Ruppel, est Fun des derniers guidait visité cette péninsule , et qui , au moyen de dessins fidèles et de travaux topographiques répétés et consciencieux, en a dressé et publié le plan et la configuration (1) , nous assure que ce pays est si triste et si misérable, que le plus long de tous les ravins qu'il a examinés ne suffirait pas à un campement de cent mille hommes, et que la presqu'île dans toute son étendue, en tirant une ligne de Suez à TAkabah, ne nourrit pas aujourd'hui une population nomade de plus de cinq mille âmes. D'où il faut conclure, que si les Hébreux, sous la conduite de Moïse, y ont séjourné onze mois et dix-neuf jours, et ont erré dans le désert au nord, un peu moins rocheux, il est vrai, mais plus triste encore et plus désolé (2) , pendant

(t) Comment, gioffr., p. Gl- et suiv.

(2) Un témoin oculaire (Brbidbnbach, Àpttd Adriehomium. Pharan, n^" 1) nous dépeint le désert de SinaiàKadèsBamé «comme » une plaine immense, sans horizon, sans route frayée et sans » eaux ; il n'est question ni d'y labourer* ni d*y semer. C'est un y> pays sauvage, aride, sans facilité aucune, inhabitable. Point de » villages, pas même des maisons ou des huttes ; ni hommes, dI » bétail ; rarement des arbres ou des plantes ou des oiseaux ; ce D n'est partout que précipices, rochers menaçants, plaines de sa- » ble, qui, échauffées par le soleil, ne peuvent être traversées 9 qu'au péril de la vie. » Philoic (Vie de MfMe , 1. 1, p. 490) tient le même langage : a Vous découvrez de toutes parts des rocs à pic, 1» des chaînes et des montagnes de sable ; point de terres cultivées ; yt point d'arbres ni sauvageons ni autres; du bétail, il n'en paraît

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trente-neuf ans , ils n'ont pu y vivre et s'y soutenir que par un miracle continuel de la Providence.

Comment, en effet, en eût-il été autrement? Lorsque les descendants de Jacob, sous la conduite de Moïse, quittèrent les environs de Rhamésés, pour se mettre en marche, ils comptaient six cent mille hommes qui étaient en état de porter les armes (1) ; ce qui fait supposer une population totale d'au moins deux millions cinq cent mille âmes. Mais à ce nombre déjà énorme il faut ajouter beaucoup de gens, qui s'étaient joiifts aux Israélites pour partager les chances de leur émigration (2), leurs domestiques, leurs troupeaux de gros et de menu bétail, un bagage immense, et tout l'attirail que traîne après elle la prodigieuse caravane d'un peuple pasteur (3). Or, si la Providence ne fût pas intervenue.

» pas; mais en échange vous trouvez en quantité des insectes ve- » nimeux, des scorpions, des serpents. » Moïse lui-même parle-t-il autrement d'une contrée où il avait souffert pendant quarante ans? ne l'appelle-t-il pas un grand et affreux détert (Dect. I, t9), plein de serperUs, même de ierpenU brûtanls et de morpions; déierl aride et où t7 n'y a point d'eau (Dkut. VIII, 15) ; lieu hideux où Fon n'entendait que hurlements de désolation (Deut. XXXII, 10). Quand on se place en face de ces réalités, Ton comprend jusqu'à un certain point les plaintes répétées, les murmures fréquents, les regrets profonds de tout un peuple accoutumé aus douces et fertiles plaines de TEgypte, à ses légumes et à ses fruits succulents, à son délicieux Nil abondant en poissons, et à toutes les richesses d'un sol privilégié.

(1) Exode XU, 37.

(2) Ibid. 38.

(3) Lorsque la famille de Jacob alla s'établir en Egypte, elle se

et Ile fèt pad inter tenue d'une ctfanièfe ëxtrat<#di* naire, iraiftsantô, conftifnfeHe, pouirai^oii ècfmprenflre qu'un peuple abssî Hombretfx Ha pti vivre si longlenf» svr un sol qui a peine afuj0<ir(f hui à

co^OÀMt de âohitf nte et dix persoitAes (Gtei^sB iLVl, à6). An bout de deux cent quinze ans, c'est-à-dire à Tépoque de la sortie d'Egypte, ce nombre s'éUit élevé au chiffré de 2 à 3 milliotis. Ce remArqnaMe âccroiftsemerit 9>xpti(fiie , d^uno j^t, pàt rézfrém^ fécondité des femmes en Egypte (â|iistotk, HiH. animai,^ I. VII, cb. y, Pline, liv. Vif, ch. m) ; de l'autre, par la bénédiction que Dieu avait promise â Abrabam, quand il lui avait annoncé que si postérité deviendrait aussi nombreuse que les étoiles des cieux et ((ùe le' ^ble dé la iher. f ouéefois^, si qui^lqu'un dé àos lecteur«i conservait quelque doute sur la possibilité d'une pareiU^ progression, nous l'engageons à voir dans le Comment, géogr, de M. Léon de Là#ori»b« p. 63; un calcjul ^ès-curléux éxtr&fit dtt LUUréri-ncher Anzei^ du 4 octobre 1796, et d'où il résulte qu'eo prenant pour base les lois ordinaires dé l'accroissement de là population en Ofient, ob> obtient un nombre total de S^^âSOhoriitaiea ftgéflde vingt ans, c'est-à-dire, dans le fait, une population totale beaucoup plus considérable qu'il ne faut pour arriver au chiffre dont on a besoin pour expliquer la multiplication du peuple hébreu. Mais comme dans ce calcul le nombre d'années adopté copime ayant été celui du séjour des Israélites en Egypte esf plus élevé que celui qui s'est écoulé réellement entre leur arrivée et leur sortie, la compensation se retrouve et l'équilibre se rétablit, c'est-à-dire que sans même admettre de miracle, l'accroissement de la famille de Jacob a dû suivre la progression indiquée par la Genèse.

Un calcul plus simple, mais tout aussi concluant, se trouve paiement (fans le Commentaire du D' Lisco sur l' Ancien-Testament, p. 97. En voici le résumé : Des 70 personnes qui émigrèrent en Egypte, toutes étaient en âge d'avoir des enfanta» excepté Jacob. Chacun des douze fils de ce patriarche avait bien quatre fils, puisqu'ensemble, ils en comptaient 58, dont 56 seulement descendirent en Egypte (CENèseXLVl, là). Jacob, Lévi et les trois fils de Lévi, doivent être soustraits du chiffre de 70, parce que la tribu de Lévi formait une tribu à part; restent donc 63 personnes en état d'avoir des enfants. Si maintenant l'on admet que chacune d'elles, depuis

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ftMiriirr à là sabsistatieé dé qudciuès fnïsérables ifibilsf, qtii y végètent et y dépémsèiït, pititâf (jù'eHed ne ^y conG^etvent et ne s'y propfàgëift? Pr^bàiblement qu'eri quittant FEgyptë, les Israéjfkëd avaient emporté avec eo^ des/ ptoviâîons^ dé blé ott d^àtitres dënréeS ; mais, n'ayâtnt eii àucmi moyetf dé }«à i^oûvelër, elles ôiit dû bientôt être épnîséës^et (Ml^ tdfat arti plus penldaitt tes premiers jours de

rflge de âO à 30 ans^ n'a engendré que quatre ûls, ce qui n'est pa4 excessif si Ton se rappelle que la poiygamie régnait dans la famille de Jacob, Tob ôbtièndhi la proportion suivante :

A leur arrlTée en Egypte 63 hémmeji.

30 ans plus tard S5S

eo id 1,00^

90 id 4»03a

lao id 16,128

150 id 64,51t

180 id 958,048

a^ irf t08t,tM'

Les hèmiDés des troiisi derniers nottvbrËiR vivaient à Tépoc^e dé la soi^ d^Egjpte ; les perscones du premier des trois derniers avaient de 60 à 90 ans ; ceDes db ravant-demler, de 36 à 60 ans; celles du dernier de î 4 36 ans. Do ce dernier nombre, on tiers seulement dépassait Tâge de 80 ans.

11 ne fsiut donc en compter que 3U,06i

Ndûs prenons en entier ravanl-demier nombre. à58,0i8 Du premier des trois derniers nous ne prenons que la moitié à cause des morts ou de ceux qui étaientincapables de service militaire. . . . asi,S56

Total 634,368

Dont, d'après Moïse (Nomb I, 46), il ne restait que ë03,'550

n y a dbnc en plw$ 30,818' qiié Tob

peut expliquer par ceux qui étaient alors dans leur enfance.

Or 603,550 hommes en état de porter les armes donnent une fib^l^ïofi tot'âl^ de 2,5ô6\00b ânrés; poù^ le moins.

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leur marche. Sans doute aussi qu'ils possédaient de nombreux troupeaux ; mais, s'ils avaient voulu s'entretenir aux dépens de leur bétail et en manger la chair, ces bestiaux, qui étaient leur principale richesse, eussent bientôt disparu ; il n'eût pas iallu une année pour qu'il n'en restât plus aucune trace. Donc des secours nombreux, répétés, journaliers, surnaturels, ont été nécessaires à trois millions d'hoomies, dans un désert où il n'ont pu subsister que par un déploiement extraordinaire de la puissance et de la bonté de Dieu. C'est ainsi que nous arrivons à la question du double miracle qui fait le sujet de cet article. Ce préambule a été long ; mais il était indispensable. Avant de faire ressortir la réalité des phénomènes miraculeux auxquels la Bible assigne comme cause seconde l'entretien et la conservation des Israélites dans le désert, il n'était pas inutile de faire voir que la nature des lieux les rendait nécessaires ; et que, quand l'Ecriture ne les aurait pas rapportés, il aurait fallu, en quelque sorte, les imaginer et les inventer. Il est impossible, en effet, sans des miracles et des miracles répétés, de rendre compte du séjour, pendant quarante ans, de trois millions d'hommes au sein de la plus affreuse des solitudes. Il semble que le Seigneur ne les eût conduits là que pour mieux taire éclater sa gloire envers eux, aux yeux du monde entier.

Ces miracles, toutefois, ont été contestés, et Ton

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s'esi obstiné à ne voir dans le don de la manne accordé aux Israélites, qu'un phénomène naturel, très-commun en Arabie, et dans d'autres contrées de TOrient. On ne peut nier, en efiet, que la manne ne soit le produit naturel de certains arbres, et qu'on ne la trouve non-seulement en Orient , mais encore en Europe. Ainsi, on a la manne de Briançon en Dauphiné, qui se recueille sur le larix ou mélèze ; la manne de Calabre, qui découle du frêne ; la manne de Perse, qui suinte de l'épine douce ; la manne d'Arabie, qui est le produit sucré du tamarix ; enfin, la manne du Sinaï, qu'aujourd'hui encore les moines du pays enlèvent des branches du tarfa ou tamarix niannit'era. Il n'en a pas fallu davantage pour fournir, à quelques commentateurs rationalistes, le texte d'admirables dissertadons sur les qualités de la manne naturelle, et sur ses rapports frappants avec celle décrite par Moise. L'on a interrogé tous les voyageurs anciens et modernes, qui ont parcouru l'Arabie, l'Arménie ou la Perse; l'on a compulsé leurs ouvrages, cité leurs descriptions de la manne, et l'on a cru avoir fait merveille, en s'efforçant de réduire à la mesure d'un fait tout simple, d'un phénomène tout ordinaire, révénement miraculeux de l'Exode. Parmi les auteurs qui sont entrés dans cette voie, Rosenmuller s'est surtout évertué, et il a fait, il faut en convenir, des prodiges d'érudition. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient se faire une idée de ses

étofwiamcis vfickercki^ sur ce siajet, à im SfAplm (prem. Paît. p. 504*507), et à s^s AfUiçmiés Si^çMfiJV, 1,316(1).

Mais u>ntQ c^tl^ spience, si laborieHSç^^nt ^cqutfe, lomb^ idev^ot les copsidératioDs swvw^, que nous empruntons au Çpmmem. Sf^- de M. L. (le LaboiTJte, lep les abrégeant et en y ajpjuiant quelques réflexions nonv<^les. M mann/$ de Moïs^ Q*es4 pas h n^anne que Ton trouve aujourd'hui encore dans r.QrJent ; car ;

1® La manne de Dieu tom- La manne actuelle de Sînaî

bail du ciel (Nomb. XI, 9. Ps. découle des branches du

LXXVUl, 24). Tarfa.

2'* Elle iom>)a pour Ja pre- Elle ne se ^roi^ye que sur

mière fois au désert de àSin, et une très-petite 'étendue de

tx>ur la dernière dans la plai- pays, encre 4a côte et les plus

ne de iériço. Elle p'était ja- haui$ sommets, mais tombée avant et aussi complètement depuis lors (2).

• 3** L'apparitioo «le la manne ^ien de plus fiH>miniUQ que

(t) Voy. aussi i. Bujltqrit {g^nrciÇatio de Jlfnn^é)-^ WAp<pip|uvs (Tractai, de MannA); Faber [Hist. Mann(9); Ehrbnbisrg (SffmboUf phyticœ insecta),

(9) D411S pn {ippeodicp 4^ so^ hJ9^>ire de ^ajadip [Djie f^ftehichu Hileanu und seine FFeiffa^un^fn), intitulé : McUenlendus ausujel de la Manne {Hiuverstœndniiiè in Bezug auf da$ Manna)^ le D' HBiresjBiff fCBp poujtf^t une opipipo bien différence; il ayanpe e( cberphe 9 prouver que la manne n'a été accordée aux Israélites qu'aussi longtebapfl qu'ils ont demeuré dans la presqu'île de Sioal, et qu'<iUe ne les a pas accompagnés plus loip. Mais nous devons dire que ses raisons ne nous ont pas convaincu, et qu'il restera toujours le passage dQ 4osu^ Y» il* ^4* IH>ur contredire c^^ iisse^Upp.

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ctonim le» lâraélUes la pre* ce pèiénomène naturel qui ne inière foi6 qu'ils la virent (i). frappe personne.

k' Elle tpmboit la nuit, et Le suintement du tamarin le matin eUe couvrait la terre qui ne commence qu'après le comme une rosée. lever du soleil, continue pen-

dant la journée.

5f Elle ne tombait p<»s le 11 coule tous les jours sans jour du ^abbat, m^isl^ veille exception, depuis le mois de elle tombait en double quan- juin jusqu'au mois d'août. liié.

6*" Elle a nourri les Israéli- Il ne se manii'esie que pentes sans interruption, pendant dant une très-courte saison <]uarante ans. de Tannée, et quelquefois cinq

années s'écoulent sans qu'on en puisse recueillir.

7"* Elle se conservait du La manne du tarfa se convendredi au samedi, et se gâ- serve mieux que 1o miel d'une tai^ dp )pn.d; au ip^ridi. année à l'autre.

8*^ Elle avait la forme du Les gouttes qui découlent millet ou des grains de co- des branches de l'arbre sont ri(^nd|re. liqfAÎdjes et tte çpnfi^e^f. ^us-

sitôt avec le sable sur lequel elles tombent.

9® Ppur 1^ iiianger, Ifss 0é- La ipanne ^ Sin^î esf iqn" breux la broyaient sous la jours plus ou moins mojle; meule ou dans des mortiers, ordinairement elle a la liquidité du sirop, elie n'est jamais plus dure que de )a p^t^.

10^ Les vers s'y mettaient Elle n'engendre jamais des dès le second jour. vers, mais se sèche et se dîir-

Gjt.

il"* Elle a nourri pendant Tous les lamarix de la

(1) De là le nom de manne; proprement qu'eU-ce que c«to? Selon d'aiitres, ee mol signiQarait «Vi^ ^n dom (de Dieu). Daesi'uofit Tautra cas, il est évident aue, jusqu'au jour où la uianne toinba dans leur camp, les Israélites n'en avaient vu ni en Egypte, ni dans Iç dé^pt, iii §ili/t3urs.

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