LA PUNITION OB L*IN1QU1TÉ
réussi dans les moyens qu'ils ont tentés pour lever la difficulté dont il s'agit.
Ainsi, Grotius (1) n'a pas craint d'avancer qu'en menaçant les HébreuiL de punir les actes de leur impiété dans la personne de leurs descendants , TEternel avait usé de son droit de maître. Le pouvoir de Dieu est illimité , sa souveraineté est absolue ; êtres destitués de raison et créatures raisonnables^ corps et âmes, choses et vies, tout lui appartient, et il en dispose comme bon lui semble : donc il peut punir qui il lui plait , quand il lui plait , comme il lui plait , sans que nous ayons jamais le droit de contrôler les actes de sa suprême justice. Ainsi a raisonné le théologien hollandais. Mais le lecteur s'est déjà aperçu , sans que nous ayons besoin de le lui fiaire remarquer, que Grotius a confondu ici deux choses bien distinctes : l'indépendance de Dieu relativement aux lois humaines, et sa liberté quant aux lois mêmes de son être. Que Dieu soit libre , qui en doute? qu'il soit indépendant de nos idées de justice et des formes de nos jugements, qui le pourrait nier? Mais de ce qu'il n'a pas besoin de nous consulter pour agir, de ce qu'il ne reconnaît d'autre autorité que la sienne, de ce qu'il ne relève que de lui-même , résulte^t-il qu'il puisse , qu'il doive agir sans s'astreindre à au*
(1) De jure belli U paeU, vol. Il, p. 593.
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eune règle , et en n'obéissant qu'à la loi de l'arbitraire et du caprice? Il ne nous doit rien, cela est incontestable ; mais, en échange, il se doit beaucoup à lui-même. Or, ce qu'il se doit, c'est d'être juste, c'està-dire , de conformer toujours tous les actes de son gouvernement aux règles éternelles de la justice ; ce qu'il se doit, c'est de punir le coupable, de ne punir que le coupable, et de ne jamais faire tomber sur l'innocent la peine qui n'est due qu'à celui qui l'a encourue et méritée. Le plus haut degré de la liberté consiste dans le plus strict attachement, dans lapins complète soumission à la loi de la vérité, à la règle de l'ordre.
Warburton , qui s'est étendu fort au long sur la question qui nous occupe (1), en a proposé une solution différente de celle de Grotius, quoique par son principe elle rentre dans celle du théologien que nous venons de combattre. Selon lui, il est injuste de punir les enfants des fautes de leurs parents ; mais cet acte, qui en soi serait une injustice, perd le caractère odieux qui lui est propre par le fait qu'il repose sur une loi qui forme elle-même une partie intégrante d'un contrat traité par le Seigneur avec le peuple hébreu, et accepté par celui-ci. Ainsi , c'est l'alliance qui a consacré , c'est le traité qui a sanctionné ou
(1) JlfûMon divine de MoiHy t. III, p. 135etsuiv.