LA PC5ITI0N DB L^INIQUITÉ
sanctifie une mesure qui en soi n'est pas justifiable. Cette loi, au reste , ajoute V^arburton, n^était point permanente, mais temporaire, transitoire; elle avait pour but de suppléer provisoirement à là doctrine de îa vie future. En réfutant Grotius, nous avons réftité Warburton ; car ce qui en soi est injuste, ne peut pas devenir juste par un traité ou par une alliance ; la circonstance , le lieu , Topportunité, n'ont jamais pu faire que le maf fttt bien, que l'injustice devint justice.
Le docteur Hengstenberg, suivant en ce point les traces du paï*aphraste chaldaïque Onltelos , de Jonathan, de Gerhard, de Steudel et d'autres, pense que les menaces que nous lisons dans f Exode sont oondfidonnelles, et qu^I y faut seus-entendre ou ajouter ces mots : Si té» fils persévérerU dan» le» péché» de leurs parent» (i). Cette explication est naturelle, très-naturetie ; ajoutons qu'elle l'est trop, qu'elle pèche par nn excès de simplicité. Si elle était reçue, elle créerait une tautologie sans exemple , dont le sens revien- (irait à ceci : que Dieu punit les pères et les enfants ; les përeâ , s^ils sont infidèles à ses lois ; \ei enfetnts , s'fls ne sont pas plus fidèles que leurs parents. Et jùsqiies à quand fait-il ressentir aux enfants rebelles les effets de son juste courroux? Jusqu'à la troisième
(1) Heinuuehung der Schuld der Vœler an den Kindem, Beitr»ge, etc., 2 Ui. Band, p. 545-551.
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et à la cpiatrièmo génération^ c'e$t-a-Klif e pend;uttt un temps a^se^ long , mais pourtant limité. Sl^is quand les hommes se révoltent coutre TEteirnel et uji^prisept ses lois , Dieu les punitril seplenient jjosqu'à la troisièmie et à la quatrième généra^ou ? Sa justice ne doit*» elle p^s les poursuivre et les atteindre jusqu'à la vingtième, jusqu'à la centième génératioq , et môme jusqu'à la fin du, monde, partout ^t toujours? Comprendrait-on ensuite que , pour porter les pères à l'obéissance envers le Seigneur , ou leur proposât pour motif la considération que leurs fiA3 seront châtiés s'ils marcbçnt sur leurs traces ? Mais cela est Urop évident , et cela ne pourrait être , dans aucun c^y une raison qui &ït de nature à d^^oumer les parents de 1^ vo^ de l'impiété ou de l'iniquité ; car il ne dépend pas d'eu:2^ que leurs enfants pèchent ou nç pèchent pas , soient videur ou vertueux. Ajoutons que ce n'est point dans un certain sens en leur qualité d'hoqinnes que les enfants nous sont représentés dans cette menace, comme devant souffrir des suites des péchés de leurs parents, mais en leur qualité de descendants, de successeurs , d'héritiers. Or, c'est précisément cette considération , qu'en s'éloignant de Pieu les pères ne se font pas seulement du mal à eux-mêmes , mais qu'ils préparent en outre à leurs en&nts un sort malheureux, que le Seigneur a voulu présenter aux premiers pour les engager à veiller sur eux-mêmes et sur leurs familles , de peur
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d'attirer sur ces dernières les plus terribles jugements. Disons enfin que rien n'autorise à introduire dans le texte des passages qui se lisent en tète de cet article et d'autres analogues , la clause et la restriction que nous avons citées plus haut. La menace, en effet y est générale , souvent répétée , et nulle part Moïse n'a fait mention de l'exception que l'on voudrait admettre. Or, il serait étonnant que, si Tintention du législateur avait été d'annoncer que les enfants ne seraient punis que dans le cas où ils suivraient l'exemple de leurs pères, il n'en eût fait mention dans aucune de ces déclarations, ni dans d'autres qui ont des rapports avec elles. D'où nous concluons que l'explication proposée est inadmissible, et qu'elle est en contradiction avec le contexte qui ne permet pas de douter que ce ne soit en leur qualité d'enfants et non en leur qualité d'hommes que les descendants des infidèles sont appelés à souffrir.
Il y a, selon nous, une manière plus rationnelle à la fois et plus scripturaire de résoudre la difficulté; c'est de restreindre les châtiments dénoncés aux enfants des impies, aux maux temporels, aux suites naturelles du péché, aux punitions nationales, et aux désordres moraux, en tant qu'ils ont leur source dans une éducation irréligieuse ou dans des exemples démoralisants (1). Quel était, en effet, le but de
(f) MiCHAKLis a entendu ia menace du Décalogue des maux
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la menace? C'était de faire comprendre aux chefs de familles de quelle importance était, non-seulement pour eux-mêmes, mais encore pour les leurs, les principes qu'ils professaient et la vie qu'ils menaient. Pieux, ils attiraient sur leur postérité la bénédiction de Dieu ; impies, ils pouvaient, même après leur mort, plonger leurs familles dans les plus affreux malheurs. Mais ces malheurs quels sont-ils ? Est-ce la perte du salut ; est-ce la perdition étemelle? Nullement ; à cet égard la Parole de Dieu est positive : c L'âme qui péchera sera celle qui mourra; le
> fils ne portera point l'iniquité du père, et le père M ne portera point l'iniquité du fils ; la justice du » juste viendra sur le juste, et la méchanceté du
> méchant tombera sur le méchant » (Ezéch. XVIII, 20 et suiv.). Est-ce ensuite de peines positives qu'il s'agit ici ; de châtiments infligés exprès? Pas davantage ; mais de peines naturelles, conséquences ordinaires des lois de la nature, et que, sans un miracle, ^la Providence n'aurait pu empêcher. Est-il question, enfin,'de peines personnelles, méritées et supportées par les individus? Pas absolument; mais principalement de catastrophes nationales, de châtiments exercés sur les peuples, comme peuples ;
temporels; Ma. reeht. t. V, $ 229. Flatt Ta appliquée aax suites naturelleB du péché (Magasin, St. m, p. Ii6).
iMO LA PCN1TI0N DE L*INIQU1TÉ
àtlrlos Sociétés, cottihle sociétés. lîést certains vices, cèrtalbs désordres, qui peuvent plonger dans la nlfSère des familles entières, pendant la durée de plusieurs génératiotas. Ainsi lés maladies, fruit du libertinage ; ainsi la misère, résultat de rincondaite ; ainsi le dérèglement, effet du mauvais exemple. Il y a eu pour Israël des circonstances où son irréligion, ses révoltes, ses péchés ont attiré sur lui de redoutables fleàux. Le Seigneur le lui avait annoncé à Tavànce et il a été Gdèle à sa menace. A son commandement, Tennemi a paru; ila fondu sur la Judée comme tin vautour Sur sa proie ; il a dévasté, ptllé, . incendié ; il a massacré Tenfant et Tâdulte , U a
/ confondu dans sa fureur l'innocent et le coupable ;
\ il a réduit en esclavage de nombreux captifs, et longtemps après la mort des pères coupables, les'enfants innocents ont subi les tristes conséquences de Fimpiété de ceux qui leur avaient donné le jour. On pourrait aller plus loin encore et dire que, auvent, trop souvent, des parents mondains focmenl des enfants mondains, que des parents impies élè- Vëiit dès enfhnts im^iies, que des parents vicieux p'rbduisent des enfaiits vicieux; et quand ces detnîers meurent dans Fimpénîtence, libres, et par conséquent responsables, il est permis pourtant d'imputer une bonne partie de leurs misères aux auteurs de leurs jours, qui, comme cause seconde, ont contribué à leur perdition. Mais, dans ce cas, les enfants ne
mS PÉBBS SUR LES BNFANTS. 3H
^oot^pas^punis 4 cause, maisjKir i^i^ des péchés de leurs, pères.
Au restç, il y a. ici un mystère, dont le voile ne pourra Jamais étre.pleineme^t soulevé daiis. cette vie. Ce que Fou peut dire» ce que l'histoire epseigne» ce ^que toute Thistoire du peuple hébreu confirjme, ce .que celle jde Thumauité entière, mçt en évidence, c'est ique les. Êuites. des. parents ont souvent les plus graves conséquences^ pour, l'avenir ,de leurs enfant r c'est que le bonheur des enfauts d^s. çe^, monde et lenr salut dans l'éternité . se lient Mi:(imejaiej[^t à la piété et à la fidélité de leurs parents ; comme aussi leurs misères temiporelles, et leurs souffrances dans une autre économie, à la légèreté ou. 9 l'irréligion de ceux que Dieu avait chargés <les soins de leur éducation. Pensée solennelle qul.doit rein]j>lir de ]a, plus vive sollicitude le cœur de .tous les.pères et de toutes les mères ! C'est elle, nous n'en doutons |)as, que l'Etemel a voulu graver et perpétuer dans sa Parole, quand il y a écrit de son doigt cette menace terrible : « Qu'il est un Dieu fort et jaloux, punissant l'iniquité » des pères sur les enfants, jusqu'à la troisième et à la B quatrième génération de ceux qui le haïssent. »
Ainsi, physiquement et socialement presque toujours, et moralement quelquefois, la Providence divine justifie la Parole du Décalogue ; physiquement, par la transmission héréditaire de vices honteux ou de maladies repoussantes ; socialement, par des ré-
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volutions épouvantables, dont le contre-coup atteint et frappe les générations futures qui n*en avaient point provoqué les causes et qui en ont pourtant subi les effets ; moralement, par les affreux résultats sur la moralité et le sort des enfants, d'une éducation négligée ou d'exemples scandaleux. Il y a là un ordre divin que Dieu ne saurait rompre, un enchaînement de causes et d'effets qu'il ne peut anéantir, une loi de son royaume à laquelle le Saint des saints ne vent pas se soustraire, mais dont il se sert quelquefois pour faire éclater les merveilles de sa grâce. Xa loi règne, la justice a son cours ; mais la miséricorde plane sur elles, et le pardon intervient souvent là où l'offense avait abondé.
c Malheur au monde à cause des scandales, car il » est nécessaire qu'il arrive des scandales ; toutefois, » malheur à l'homme par qui le scandale arrive » (Matth. XVin,7).
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