‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 59 sur 77 · L'HISTOIRE DE BALAAM · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE DE BALAAM

mowmmmM XXn; XXUI; XXIV.

ApRàs trente-neuf années de pèlerinage dans le désert , pendant lesquelles il a été soumis à de nombreuses et rudes épreuves, mais où il a pu se convaincre aussi de la paternelle et gracieuse providence du Seigneur à son égard, Israël est enfin arrivé sur les confins de la terre promise, et a dressé ses tentes dans les vastes plaines comprises entre TÂmon et le Jourdain. Le roi d'Arad , puni de sa témérité , a été défait; Sihon, roi des Amorrhéens, et Hog, roi de

Basan , qui ont refusé les offres de paix qui leur avaient été faites , et qui se sont rendus coupables d'agression envers le peuple élu , se sont attiré une

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ruine entière. Les Iduméens, les Madianites, les Ammonites et les Moabites, qui descendaient d'Abraham ou de Lot , avaient été ^psif ^és et laissés paisibles possesseurs de leur pays. Derrière eux donc , les Hébreux n'ont plus aucun ennemi qu'ils puissent redouter. D'un autre côté, les jugemeiits de Dieu se sont accomplis : la génération ancienne, élevée au milieu de la corruption de l'Egypte , a péri ; et la nouvelle génération, formée, par la parole de Jéhovab, à l'école de l'affliction, se tient prête à entrer en possession de la terre de Canaan.

Mais avant de traverser le Jourdain et de s'emparer de l'héritage d'Abraham, il reste aux Israélites une dernière épreuve à subir. Un roi idolâtre emploiera contre eux un moyen extrême ; il recourra aux conjurations des devins et aux artifices d'une politique inGime. Ne pouvant réussir à fake maudîre^ttapeaple que JTébova yeut bépir, il ^ lui tendra d'autres.piéges, et cherchera, par la volupté/àémousser son courage et klui faire peindre ses inœiiirs. Mais à cette.dfi^le tentation, ^raeU soutenu par, ri^ternel, résistera ; et ain^i f les machinations di^bpliques de ses enneoiis n'fiupont servi ^u'à rendre plus visibles aux yeux^de tous son élection et ses hautes 'de^aées,^t;qu*à inspirer au pçuple, lui-même un çpurageç:nouveau, we confiance pfiis entière .dans la. fi4^^téimnjl^ab)e ct^d^ns l'amour infini de f on Di«u.

APélhor^ en^ les^bords^de l'Euphrate^ demeiuait

un devin feimeux. Un voyant célèbre, nn prophète de gi'ànde renommée, lefilâdeBéor/Baham. Balak, roi des Moabites, dont tés Israélites ont à dessein ménagé le pays, mais qui craint le voisinage d*nn peuple aussi nombreirx et aussi puissant, a entendu parler de l'effet prodigieux des prières et des discours de cet homme, qui entretient un commerce intime avec la divinité; et il espère pouvoir tirer paHi, contrôles Hébreux, des ressourcés de son art occulte. Israël se glorifle d'être le favori d'un Dieu puissant ; mais le roi de Moab espère que, par ses conjurations, Baiaam pourra hii enlever le secours de son Jéhovah, KaffaibHr, le démoraliser, et le lui livrer cottime une proie TaCile. Cette conflimce dans la vertu des conjurations, qui n'était autre chose que la dégénération de la foi en l'efficace de la prière , était générale à cette époque; elle était tout à fait' dans Tesprit et dans la manière de voir de l'antiquité païenne. En conséquence, Balak, se joignant aux lladianites, envoie , à deux reprises différentes , au prophète de Péthor, une dépùtation chargée de présents magnifiques, dans le but de déterminer Balaam à accéder à son voeu , et de l'engager à venir prononcer sur le camp des Israélites des paroles de malédiction destinées à leur faire perdre la feveur et l'appui de Jéhovîih. Une première fois, arrêté par une vision, Balaam refose les offres qui lui sont faites ; mais la vanité^ TambitiOn, l'avarice s'emparent de son cœur:

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il accepte la seconde invitation qui lui est adressée par une ambassade plus nombreuse et plus riche que la première, et se met en route. En chemin, il est arrêté par une rencontre extraordinaire , qui aurait dû le confirmer dans la conviction que le Dieu des cieux désapprouvait son dessein. Un ange se présente à lui ; rânesse qu'il monte s'en effraie ; il la bat ; celle-ci résiste , et finit par le tancer. L'ange , à son tour, reprend le prophète , et lui fait sentir sa folie. Cependant, la passion à laquelle Balaam a donné son cœur reprend le dessus , et lui fait franchir tous les obstacles. Il arrive chez Balak ; celui-ci le conduit sur une haute montagne, d'où il pouvait embrasser d'un coup-d'œil tout le camp des Israélites; et là, après les sacrifices d'usage, quatre fois de suite Balaam bénit Israël, malgré le déplaisir et la colère du roi, qui lui avait demandé *de le maudire. Voilà , en quelques mots , le résumé de l'histoire importante que nous avons à étudier, et qui donne lieu à l'examen des six questions suivantes :

La première : Faut-il voir en Balaam un vrai prophète, ou n'était-il qu'un magicien, un imposteur?

La seconde : Où Balaam avait-il puisé la connaissance de Dieu qu'il possédait?

La troisième ; Que faut-il penser de ses prophéties, et quelle autorité devons-nous leur attribuer?

La quatrième : La rencontre de l'ange, et le discours de l'ânesse, nous sont-ils donnés comme des

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faits réels, ou n'y doit-on voir que le produit de Timagination de Balaam ?

La cinquième : Qu'est devenu Balaam après avoii* été renvoyé par Balak?

La sixième : Quel est le but principal et le grand enseignement de toute cette histoire ?

V^ Queêiian : le caractère iporal de Balaam. Suivant la manière dont on envisage cet homme, Ton peut se former deux opinions de sa personne, et prononcer sur lui deux jugements différents. Si l'on ne faisait attention qu'à sa science religieuse et à ses discours, ou serait tenté de croire qu'il était un saint, un vrai serviteur de Dieu. Mais si on le juge d'après sa conduite, l'on affirmera, au contraire, qu'il était un homme sans piété, un vrai charlatan. En effet, Balaam semble être ces deux choses à la fois, et réuniren lui les plus étonnants contrastes. Etd'abord, il entretient avec Jéhovah des rapports particuliers ; il le consulte dans des circonstances graves ; il reçoit de lui des lumières et des directions : de là la réputation qu'il s'était faite dans toute la Mésopotamie, et jusque sur les bords de l'Arnon. Avant de se rendre aux prières instantes des rois de Moab et de Madian, il cherche à connaître la volonté du Seigneur, et ne veut prendre aucun parti sans avoir reçu la réponse de l'Etemel. A la seconde requête de Balak, il prononce ces paroles bien remarquables : c Quand > BaUA me donnerait sa maison pleine d'or el d'argent , je

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». wpaurtmpas iransgresier h cammandemml de VEkïïnH M pour faire aucune chose^ ni petite ni grflntff: > P^XII, 18).

Ses prophétisa sont dignes, hiwweus^, (éwotgo^nt de vues claires et justes sur Israiel ^t sur ses rapporta avec Jéhoirah^ II' ei^prinie ua vœu qui ^t Texpression des sentiments d'une âme pieucîç: % (htejt nmur^ 4t la nwri de$ju$t€$ et que mf^ fin sait simbhble à la Imr » (SiXIII, 10). U déclare positivement qpie ce qu'il anopupe, il Tannoncç de la^part de Jëhoyak, et sous 1» direction de s<m Esprit : c Na d^iihje pw pren- (ke gardôy vépond-il à B;adak, de dire (je pte V^t^md aura mis en rn^boi^ > (XXin, 12)? Enfin 9^daam, en quelques endroits de l'Ecriture, est expressément a^ppelé i^opA^» ^nXve autres dans 2 Pierre |I, 15, 16. Voilà tout autant de preiives <jle Eût, qui, ççmUeat indiquer que Bala^fSMn ^'étsât pas $ans piété, çt qu'il avait quelque crainte de l'Etemel,

Mais, si vous le considérez sons up autre po^ii^t de vue, vous changerez d'opinion à son éga^rd. {.'ambition et l'intérêt le dominent ; il sait qu'Israël est le peuple de Dieu; que le Seigneur s'cj^pose à ce qu'il entreprenne rien contre lui, qu'il lui a ipt^ni^it ^ le maudire ; et malgré cela il n'a pas la force de rqpoiisser la proposition de Palak » il se rend à seisinst^pcçs, il n'écoute ni le cri de sa consiciençe, ni |a voix de l'Etemel, ni les menaces de l'ange, ni l'étqpn^nte allocution de sqp «nesse ; et sau$ tenir aycun cptupte de toutes ces opppsitions, il entrç d^ns up fotal

l'histoire DB ffXLWm. 340

coflij^iiiis^avec im prince pa!en. A|ov(lez à cela que Balaam est poskivement appelé dmm dans FEcriture (1). Or, Fart de la divination était formellement interdit dans la loi de Moïse, et représenté coomie Fnne des pratiques qm> offensent au plus haut degré FEternel : € n nese trouvera ferêùrme parmi toi^ estil dit dans la loi de Holse^ qui fasse passer par h feu son fUsou sa fth; ni devin qui se mêle de demner^ ni pronosti" queur de temps, ni aucun homme qui fasse des prédictions^ ni qui fasse des prestiges ; car quiconque fait ces ^ses4à est en abomination à V Etemel; et c'est à cause de ces oftominaliotiTy que f Etemel ton Dieu ekasse ces nations-là dei^ant ioi » (S) . Il y a phis ; il paraîtrait, diaprés ce qui est dit au verset 1 du chapitre XXIV des Nombres, que J9alaam n*allapointy comme les autres fois, chercher des encAontemenu ; qu'il s'occupait habituellement de ces sortes de recherches, et que le moyenauquel 3 avait recours ordinairement, pour connaître la volonté de Dieu, était la considération de certains signes et de certains phénomènes, dont il thrait des pronostics. Voilà, on en conviendra, des considérations d'un gr&nd poids, et qui s'opposent à ce que nous regardions Balaam comme un fidèle.

Ne pouvant, d'après ce qui vient d'être dit, voir

(l)FoMm(Jos.XIII,22.)

(2) Deut. XVIU, 10 et 12, comp. avec 1 Sam. XV, 23. Ezéch. Mil, 23. 2 Rois XVII, 17.

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dans le Prophète de Péthor, ni un saint ni un impie, prendrons -nous un terme moyen , et dirons- nous qu'il était novice dans la foi » qu'il y avait chez lui les premiers éléments de la crainte* de FEtemel, mais que n'ayant pu dompter ses passions et arriver à une conversion radicale, le Seigneur l'a abandonné, et qu'il a fait une de ces chutes dont on ne se relève pas?(i) Cette opinion modérée, et qui semble concilier deux extrêmes difiGiciles à rapprocher, serait assez commode, si elle ne renversait pas la doctiîne de la grâce. Mais si vous l'adoptez , vous portez atteinte aux doctrines scripturaires de l'élection, de la persévérance des saints, de l'efficace de la grâce, de la justification et de la régénération; et vous êtes nécessaireméht obligé de croire, en contradiction avec les déclarations les plus formelles de l'Ecriture, que Dieu se repent des dons quil a faits , quil n'achève pas Vœuvrt qu*il a commencée, et qu*%l ne glorifie pas ceux quil a prédestinés (2). Avec ce système vous ébranlez la foi des fidèles, et vous jetez le trouble et la perturbation dans les âmes pieuses. Donc il ne reste d'autre alter-

(1) C'est là l*opiDioD du D' Hbngstbnberg, Oeschkhie Biieam's, p. il et 15. Philon, Ambroise, Augustin» Calvin, refusent à Balaam toute piété, toute crainte de Dieu, même avant ses rapports avec Balak, qui ont amené sa Un tragiqife. Tertullien, Jéromb, BuDDBUS, esûment qu'il était fidèle dans le principe, mais qu'il a donné un épouvantable exemple d'apostasie.

(â) Rom. XI, 29. PniLipr. I, 6. Rom. VHI, 29.

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