‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 60 sur 77 · L^HISTOIRE DE BALAAM · texte numérisé non relu

L^HISTOIRE DE BALAAM

native que d'admettre que , dès le début de sa carrière , Balaam s'est laissé séduire par son imagination, que la connaissance de Dieu n*a jamais été pour lui qu'un objet de spéculation, ou un moyen de s'attirer des honneurs ou des richesses ; la foi n'avait pas pénétré dans son cœur, la crainte de l'Etemel n'avait pas régénéré son âme. Est-ce à dire pour cela que nous le considérions comme un méchant, comme un impie? Nullement. Il se faisait illusion à lui-même, il se séduisait grossièrement, il marchait suivant que son cœur le menait. Doué de grandes qualités , trèsavancé pour son époque dans la science des choses religieuses , il servait à l'accomplissement des desseins de Dieu. Le Seigneur l'employait comme un instrument de ses volontés. Il était un de ces hommes qui travaillent à la construction du tabernacle, mais qui ne sont pas eux-mêmes des pierres vives dans l'édifice de Dieu ; qui proclament les merveilles du Seigneur, mais comme la trompette que l'on embouche et qui n'a pas conscience des sons qu'elle rend; de ces hommes, enfin, que l'Eternel élève d'abord, mais qu'il brise ensuite (1). Des Êicultés émi-

(i) Si Ton nous objectait ici que nous faisons de Balaam un automate, une machine, que l'Esprit de Dieu poussait, agitait à son gré, nous répondrions : Selon nous, Balaam n'était point un fidèle, un enfant de Dieu, une âme régénérée. Cependant il avait des dispositions religieuses, un esprit exercé à la méditation des choses saintes ; il était susceptible d'émotions pieuses et d'un cer-

824 L*HiST01RB DE BALAAM.

ginaire de la Mésopotamie , il habitait les rives de FEuphrate. La Mésopotamie avait été la patrie de Laban ; Abraham et Jacob y avaient tour à tour séjourné ; la connaissance du vrai Dieu , les premières traditions de la race humaine s'y étaient conservées plus longtemps et moins altérées qu'ailleurs. En ne tenant compte que de cette première source d'instruction, on pourrait déjà, jusqu'à un certain point, en dériver une partie de la science religieuse de Balaam. Nouveau Job quant à la connaissance, nouveau Melchisédec quant au monothéisme, il aurait recueilli au moyen d'un travail propre, et gardé dans ses souvenirs , ce qu'il avait trouvé de plus pur dans la religion naturelle des peuples qui l'entouraient. Mais nous le sentons , cette première raison est insuffisante pour expliquer tout son savoir dans les choses de Dieu. Jéhovah n'est pas seulement pour Balaam , le Dieu unique par opposition au polythéisme des nations païennes ; il est encore , il est surtout à ses yeux le Dieu d'Israël, son peuple chéri et de prédilection. L'alliance traitée avec Abraham, les promesses faites aux patriarches, les délivrances signalées accordées aux Hébreux, ne lui sont point inconnues (1). Il fait même allusion, dans ses discours, à certains passages de la Genèse qui paraissent

(1) Cb. XXIU, 9, 10, 22, 24.

l'hjstoiub de balaam. 325

lui avoir été familiers (1). Or sur le sol du paganisme, comment aurait-il pu avoir connaissaDce de ces choses ? Les pouvait-il savoir autrement que Jethro, autrement que Rahab qui les avaient apprises, le premier de la bouche de son gendre , le second par le retentissement que les exploits des Israélites avaient eu dans les pays circonvoisins (2). Et en effet, depuis quarante ans que le peuple hébreu errait dans le désert , devrait-on s'étonner si , avec le récit des miracles de TEgypteet de Sinaï, des idées justes sur le Dieu qu'il adorait s'étaient répandues en plus d'un lieu, et étaient ainsi parvenues jusqu'à l'esprit de Balaam? Devin par profession, exploitant un héritage de famille (3), il s'était peut-être occupé pendant longtemps de divination et de pronostics , non sans succès, avec quelque proût, mais en faisant peut-être de tristes et douloureuses expériences sur la vanité de son art. Tout à coup il apprend les choses merveiU

(i) Comparez entre autres Nomb. XXIH, 10, avec Genèse Xlll, le. Nomb. XXHl, 24, et XXIV, 9, avec Gbit. XLIX, 9. Nomb. XXIV, 17, avec Gen. XLIX, 10.

(2) Exode XVUI, 1 et siiiv. JoscÈ II, 9.

(3) Ceci est une conjecture, mais qui n'est pas sans quelque vraisemblance, comme sembleraient l'indiquer la signification de son nom et celle de celui de son père; Balaam signiHe, selon toute probabilité, cWtct qui engloulU te peuple (de bélah ham), et Béhor , anéanlistement (de bahar]. Ces noms leur auraient- ils peut-être été donnés, parce qu'ils s'étaient fait redouter comme devins et magiciens? Il est permis de le supposer.

326 l'histoirb de balaaii.

leu&es que Dieu à fâiteâ ëti fâvettr du j[>euple d'Israël. Il est ctirieui de s'en inslruire à fond ; il veut, par ce mdyen, receyoir de nouveaux dons du ciel et s'avancer dans là science des choses saintes. Dans ce but, il cherche Jëhovah, il l'appelle sou Dieu; Dieu lui ré* pond ; dans plus d'une occaSidn Ses prédictions se trouvent vérifiées par l'événement; Par ce moyen sa réputation s'accrott, son crédit augmente ; mais l'orgueil et l'amour de l'or l'emportent sur l'amour de la vérité, et toute cette science n'aboutit qu'à sa mine. C'est, comme nous l'avons dit, un Simon le magicien anticipé, qtd, voyant les signes et les miracles que le Seigneur opéi:*ait , a Voulu en profiter dans son intérêt personnel ; mais son cœur n'étant pas drdit devattt Dien, l'a égaré dans des voies de perdition. C'est ainsi (|uè nous nous expliquons l'origine de la science de 6alaam , ses progrès et le triste dénouement ou elle a abouti ; et nous aimons à croire (|ue îeà bases sur lesquelles nous avons fondé cette opinion ne sont point purement hypothétiques.

Nous sommes maintenant en état de répondre à la trohxème question ^ que nous avons ainsi posée : Les prédictions de Balaam sont-elles le produit d'un enthousiasme naturel , ou faut-il les envisager comme le fruit de l'inspiration divine? En d'autres termes, quelle autorité doivent-elles avoir à nos yeux? Le jugement que nous avons porté sur le caractère du prophète de Péthor, et la manière dont nous avons

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cherché à rendre raison de âes coiihatssancès en k*eligibn; ont pu faire pressentir ûotte opinion sûr ce tt'oisiéiné article. Il est évident que, ai Ësllâatii, qbôiqtie îrregénéréi à pu deiehîr, à été réellemebt l'organe dé révélations surnaturelle^, les firophéties que nous àvoh^ de lui doivent être considérées par iibiis cbtnmë Tiden^re de rEsprit-Sàirit, et, par cônséqiièni, côtbme Ikisalii partie de Tenseinble des inspirations prophétiques. A tlne époque oii le ministère des prophètes n'ëidstait pas encore, pourquoi douter que Dieu n'ait pu se servir d'un homme cbmine Bàlaam pour annoncer de graves et solennelles vérités? Cette supposition se trouve fortifiée par lès cdnsidërations suivantes : 1^ Les prophéties de Bàlàanl oùt été admises dans le Uvre des révélations ; elles font ][)artie d'tin ouvrage historique , (|ui renferme les archives prindiiives dé la religiofa enseignée par ïiiëix aux hommes ; ëlleS se lient intiihetnetit aux deéiinéeii du peuplé d'Israël, et tint pour but de fortifiei* sa foi eh son élection, coninië peuple de Dieu ; et rien dans totit le récit ne nôtls oblige à lei^ regarder coihtne les élociibratioiis poétiques d'un mage païen.

2^ Nbn-Seulèment cela, mais, de pliis, la ftible dit expressément qu'il y a eu dans les discours de Bisilaam une intervention divine, une coopération de l'Esprit du Seigneur. Balàam liii-mème te déclare positivement : Ne doisrje pas prendre garde de dire Hé 'gùe VEUrHèl aûfù MU m ma bowM? (XXIII, 12). La t^ai-ole

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de Dieu confirme ce témoignage, car, dans le même chapitre, verset 5, nous lisons eu propres termes cette affirmation : Et V Eternel mit la pœrole dans la bouche de Balaam; et au chapitre XXIV, verset 2, cette autre non moins positive et très-significative, au moment même où Balaam va ouvrir la bouche pour prophétiser : Et V Esprit de Dieu fut sur lui. S'il fallait d'antres ai^umenls scripturaires , nous citerions encore un mot de Moïse , qui se lit au chapitre XXIII du Deutéronome, verset 5 : Jfais r Etemel im Dieu m voulut point écouter Balaam^ et V Etemel ton Dieu convertit la ma^ lédiction en l^nédiction^ parce que ton Dieu t^aime. Que conclure de ce passage, sinon que Balaam fut obligé, malgré lui, de bénir Israël, et que la bénédiction qu'il prononça sur lui, lui ftit inspirée par l'Eternel? C'est même là la principale raison pom* laquelle Moïse nous a conservé cette histoire. En rappelant aux Hébreux, les machinations avortées d'un roi païen, et les efforts inutiles d'un prophète prévaricateur, il a voulu leur prouver combien était grand l'amour de Dieu envers eux , et la protection constante qu'il leur accordait dans les circonstances de leur vie les plus difficiles. Or, si Balaam n'a fait que s'abandonner à son esprit propre, et n'a pas béni Israël de par le Seigneur, malgré lui et sous l'influence de l'Esprit de Dieu, le récit est sans effet, l'argument porte à faux. Moïse a manqué son but.

3^ Il y a dans les discours de Balaam des vues sur

L'HISTOIRB D£ balaam. 3S9

Favenir qu'il n*a pu obtenir, des prédictions d'événements qu'il n'a pu révéler qu'au moyen d'une inspiration divine. Si V Esprit de Dieu tC était pas sur lui, comment a-t-il pu annoncer qu'Israël serait emmené captif par les Assyriens pCXIV, 22) ; que les Assyriens seraient, à leur tour, chassés par d'autres peuples, qui leur enlèveraient leur domination sur l'ouest de l'Asie; que la nation qui les assujettirait arriverait de Chypre (1), portée sur des vaisseaux (v. 24), comme ce lut le cas des Grecs, des Romains, et surtout d'Alexandre? Si V Esprit de Dieu n'était pas sur lui y comment, de lui-même, a-t-il pu s'élever à l'idée d'une royauté en Israël, et la prédire d'une manière si claire et si positive, à une époque où rien n'en pouvait faire supposer l'établissement (v. 17)? Enfin, si V Esprit de Dieu tC était pas sur lui , comment a-t-il pu parler avec tant d'assurance, non comme un homme qui se livre à des conjectures, mais comme un prophète qui ne doute point, qui sait, qui voit; comment a-t-il pu parler, disons-nous, des victoires de David sur les Moabites (v. 17 comp. avec 2 Sam. VIII, 2, et Ps. LX, 10), sur les Iduméens (v. 18 comp. avec 2 Sam. YIII, 14; 1 Chron. XVIII, 12, 13), et sur tous les peuples voisins ennemis de la théocratie juive (v. 20, 25, comp. avec 2 Sam. YIII, 11, 12) ; et cela.

(1) KiUim, Voy. Gesknius.

39S LHlSTOniB DB

àimÉ nn temps où Israël était en pHx dveb tbùteâ ces nations, qu'il devait respecter et coifaîiie alliée^ et comme descendant d'Âbraluàm? A(i point de tue de rhypothëse qui refhse à Balaam tonte inspirsition, ces prédictions sont inexplicables ; et qusknd Tuiie ou Tantre d'entre elles serait postéHeure à BalàMiti, ce que persbnbe ne prouvera jàlinais (î) , leur existence dans le Pentatettque, après la confirniation soleiitiélle que leur a donnée Thistoire, serait encore ub mirafcle et la t)reuve incontestable de leur origine divine.

4® Pour démontrer l'authenticité et la vérité des prophétie^ de Balaam, noua en appelons enfin à leur forme et à leur style. Le ton en est élevé , ghive ; elles sont remplies d'images nobles et variées ; elles ont iiii caractère de dignité, de majesté, quelquefois même de sublimité qu'il est impossible de méconnaître : c'est le langage des Patriarches, c'est Celui de Moïse lui-même prenant cœigé dés Israéliteë. Oh dirait le Maître des cieux et de la terre , qili [iarle du haut de la montagne et qui fixe à l'horizoh son regard pénétnint et scrutateur. Aul pieds de Balaam cotde l'Amon , plus loin le Jourdain qui se jéite dans la iher Morte ; au-delà db fleuve sont les hidntagnes de

(1) Le D* HBifosTBifBKRG a discuté à fond la question des preoYes de rautbenticité et de l'antiquité de Thistoiro de Balaam, p. 253- 280. Il ne pouvait point entrer dans notre plan d*entamer ici cette discussion.

L*&1ST01RE DB BALAiH. Sél

CàSààfàÀ ; deVaiit ies yelix èé déploieht , àÛ fond dé la plaine , leià tiotnbretises tentes d'Isi*aël , el ce camp formidahle , calme et paisible toutefois ; à droite et à gauche, devant et derrière, il découvre toutes les nations que le peuple ëlti doit un jour s'asservir: Alôrs^ l'Esprit du Seigneur plane sur le voyant, ouvre riûétt spirituel de son âtne, déchire devaiit liii les voiles de l'avenir, et s'empare de toutes ses facultés. Mattrisé par l'inspiration qui le domine, Balaain cède atiit puissantes émotions qui le remplissent, et de la plénitude des pensées et des sentituents Ijûi ragitènt , il bénit dans le présent , il bénit pdur l'avenir ; il célèbre lëâ expldits d'Israël dans le passé et prédit ses glorieuses destinées. Si le langage prophétique a sonaccedtpropre , sa couleur particulière , son scëad évident , les quatre discours de Balaam lui appartiennent ihcohtestablelnent par leur clarté, leur beauté, leur énergie et leut* touchante vérité.

Nous ne nous proposons ni de les tk*anscrirë , ili de les analyser, car nous n'écrivons ((oint iin ou^ vrage de critique ni d'etégèse. Le sens, d'ailleurs, eli est si facile, qu'il n'a besoiil , pour être saisi , qiië de courtes explications. Nous ebgageods seulement nài lecteurs à lire de suite ces quatre prophéties , dont chacune renchérit sur la précédente, et dont les idées et les images s'élèvent à mesure que le regard du prophète plonge plus profondément dsitis l'atenir et que son esprit contemple de plus sublimes vérttéS.

333 l'histoire de balaaii.

La première est renfermée dans le chap. XXIKI » depuis le vers. 7 jusqu'au vers. 10, et n'a rien d'obscur.

La seconde se lit dans le même chapitre , depuis le vers. 18 jusqu'au vers. 24, et ne présente non plus aucune difficulté.

La troisième est rapportée au chap. XXIV, v. 3-9 ; le sens général en est également clair, nous n'y ferons que deux remarques de détail. Vœil ouvert^ dont il est parlé au vers. 3, c'est Tœil de l'âme que l'esprit divin illumine, et auquel il révèle les secrets de l'avenir. D'autres ont traduit : qui a Vml fermé , et entendent par là l'attitude que prenait le prophète, lorsqu'avant de recevoir les inspirations d'en haut il fermait les yeux pour ne point être distrait par les objets du monde extérieur et pour mieux recueillir les enseignements de l'Esprit divin. L'une et l'autre interprétation ont pour' elles des arguments et des autorités à peu près équivalentes. Quant au mot agtig^ qui se trouve au vers. 7, au lieu de le prendre comme ^ nom propre , il vaut mieux le regarder comme nom générique ou commun, et l'entendre non pas seulement du roi Agag , prince amalécite que vainquit Saûl ( 1 Sam. XV, 9-33), mais de tous les rois de cette nation contre laquelle David aussi a combattu et que les Israélites ont fini par soumettre entièrement : le nom d'agag était en effet un nom commun à tous les princes amalécites (vers. 8).

t'HISTOlftB DE BALAAM. 333

La quatrième prédictioD de Balaam est la plus importante et aussi la plus difficile. Outre les prophéties concernant les Moabites , les Iduméens , les Amalécites , les Kéniens (1) et les Assyriens, dont nous avons parlé plus haut, et qui ont eu leur parfait accomplissement dans l'histoire , elle renferme un passage que Ton a souvent regardé comme se rapportant au Messie , et qu'il vaut la peine de considérer avec quelque attention. Ce passage se lit au vers. 7. Le voici textuellement :

Je le vois, mais non pas maintenant; Je le regarde, mais non pas de près.

Une étoile est procédée de Jacob, Et un sceptre s'est élevé d'Israël.

Il écrasera les chefs de Moab, Et détruira tous les fils du tumulte.

Commençonspar convenir que cette prédiction s*est réalisée dans la Vie de David , et que sa signification propre se trouve dans l'application qu'on en peut faire aux victoires que ce prince remporta successivement sur les Moabites, les Iduméens, les Ama-

( 1) Le Kaïn dont il est parlé au v. 22 est mis pour lu Kénien ou les Kénîeos, et désigne le même peuple que celui dont il est fait mention au V. 21. Quant aux enfants de Selh, nommés au v. 17, Vbrs- CHUiB, et après lui le D' IlBïfGSTKN berg, y ont yu non pas un nom propre, mais un nom appellatif. et l'appliquent aux Moabites, Ammonites, etc., au caractère d(*squelsil convient trè^bien ; en conséquence ils ont traduit les fiU du iwnuUe,

â34 L*H)STQ)RB DB BAtAAM.

lécjtç§, e\ç. (1). ftecppn^is^ps ^al^ment que raingument tiré de la ^raclitipa ^ ici peu do valeur, et que, p^fce que Qnkelo^ , Ta^^enr (lu Solmr» Bar Gochab et d'autf eç Topt étendu du Messie , uousne pouTx>ns eu (jjéduire une preiuYp ep Saveur de sqn caractère i^^sî^uigue. Confessons enfin que, quoique entre cette étoile, qui procède de Jacob, et Tétoile qui candiijsit les m$)ges à Jérn^alem, il y ait une grande ana- ][çjgie et qu'eptre pe sceptre qui s'élèyed'J[sraêlet celui de la prophétie de Jacpt) (Genèse XLIX, IQ) il y ait une ressemblance frappante, nous ne sommes cependant pas autorisés à en conclure que Balaam a voulu prédire la naissance du Christ et la royauté spirituelle du Messie. Mais après cela demandonsnous si réclat qu'a jeté le règne de David, si la gloire que ses triomphes ont fait rejaillir sur Israël, épuisant ^e sçiuç vaste et profidud fie la prophétie. La rpyfiuté isi^aél^te a-t^elïe doi^c ^tteipt ]e ppint ciiUninant de sa grandeur penda^it que David était as^ sur le trône ? P['y a-^-il rien eu s^vaut lui, n*y a-t-il rien eu depuis lui à quoi ^ prpphé^e n*ait pu f^^^e allusion 7 David n'est-il pas Tancètre et le type du Messie, et le Messie, comme anti-type de David , ne complète-t-il pas, ne réalise-t-il pas l'idée de la royauté des Hébreux, dans $on sens le plus vrai et le plus étendu ?

(1) Voy. plus haut p. 3^.

L^HlSTOtRB DB l^tA^M. 9$5

Sans \^ l)Ifis§îe, la royauté (çra^te 6$( un troue i^^ tète; donc, en \\sa^\^^ la prophétie ^q Balaaqi, il es% impoç^ible €|c s'arrêter ^ I)ayid ; mais il ^ut népessairement arriver jusqu'à celpi qui a été la véritable étoile ^fi cj^l de TEgUse, rprieqt d'en haut, |^ splf^il de justice, dopt la luo^ière a écl^i^é )e n^onde, et qui, chef (Je }a faimille des éfiis et rqi fie Vuuiyers , Ueut à^ns sa maiq ppissante et miséricordieuse \e sceptre spi)YÇfain, §pfi9 le pouvoir dfique| ^ ^um^^tra toqs lf|S fi|s de Mo^ , ç\ avf{c l^qu^^ i] |)r|sera tq^s les ei^ffiini;» de ^ croix. Pqi)r i^ous résuipe^ , up^^ peijisous que le ps($ss^e , renfermé ds^qs le vers. 7 d\l chap. XXiy 0ps fi(9fnl>rcs, q'est pas i^e^^îau^que dai^s sa sjgf^fipatiou prpcl^aiaq , majs qu'il f*est paf* exteq^oq de ^qs et d^us ^on ^pplipatiou direc^ , quoîqfi'élo^ée.

Abordpqs n^^fntens^ut \a gp/tafiriéme qufftim^ que nous s^vpns à résondre et qfi^ qous avons indiquée à peu près e^ cesi termes : ha^ rencontre de Ts^n^e q( 1^. discpurs de Tapeuse npus sont-ils (i|pnpé^ cpfnmq deç fai(ç iréejls, extr^prdii^dres ci n^iraculeux , ou q'y doit-pn TAir. qQ^vn^ vision ou le prip^lttit d^ 1-îfUagjJU^tion dfi Balaam î Tf o^ ppÎQ^ons sont \ç\ eu prér seucfi^Lçs uns ^putiewfiut le s^us litt^ra^, fi^ pçnsçnj quç. ^'^pp^tion de Tange et le di\çcours de l'^i^^se sont de^ ff^t» gui se sput passés dw^ le mpnde px^érieur. ; T^gQ ^ T^^U^YP^t paru, V^^? ^ yé|*itablement parlé, et Balaam a enteudu le ^^s d^ psHI^eç

336 l'histoire D£ balaam.

qu'elle a proférées. D'autres estiment qu'il faut voir dans cette scène une simple vision : Balaam était dans un état d'extase lorsqu'il a vu l'ange et qu'il a ouï le langage de la bète qui lui servait de monture. Selon eux» aucun de ces phénomènes ne s'est produit dans le monde des réalités ; ils n'ont eu lieu qu'en image et dans la pensée de Balaam ; il y a eu vision et par conséquent miracle, maisnonpas fait visible, i^lpable, extérieur. Des troisièmes sont allés plus loin encore : rejetant tout miracle intérieur aussi bien qu'extérieur y ne voulant ni d'une vision , ni d'une réalité, ils se sont efibrcés de prouver que tout ce drame s'est joué dans l'esprit de Balaam , et qu'il n'a eu d'autre auteur et d'autre acteur que son imagination. Cette dernière opinion , nous avons à peine besoin de le dire, est l'opinion rationaliste ; elle se réfute d'elle-même, et nous estimons que ce serait perdre notre temps et faire injure au bon sens de nos lecteurs que de nous arrêter à la combattre. Qui ne voit en effet, au premier coup-d'œîl , qu'un pareil mode d'interprétation est contraire à la lettre et à l'esprit de l'Ecriture, et que par son moyen l'on peut réduire tous les miracles de l'Ancien et du Nouveau Testament à n'être plus que des événenents naturels et tout à fait ordinaires ? Restent donc à examiner les deux premières interprétations, dont l'une admet le miracle purement et simplement, et l'autre le transforme en une vision.

l'histoibk db baLaam. 33?

Voici les raisons que proposent à l'appui de leur hypothèse les partisans de la seconde des deux manières de voir que nous avons à apprécier.

1® C'est par le moyen des visions et des songes que Dieu se révélait ordinairement aux prophètes dans l'Ancien-Testament. Le Seigneur le dit expressément au chap. XII du livre des Nombres, au vers. 6 : 5't7 y a qudque propliéle parmi vauSy mai , qui suis V Etemel , jo me ferai connaiire à lui en vision et je lui parlerai en songe. Balaam appartenait incontestablement aux prophètes ( 2 Pierre II, 15, 16 ) ; donc, l'événement rapporté Nomb. XXII, 21-35, est une vision et pas autre chose.

2® Non-seulement la Parole de Dieu nous enseigne en général que c'est par le moyeu des songes et des visions que Dieu se révèle aux prophètes; mais Balaam se dépeint lui-même comme un homme qui, pour ouïr les paroles du Tout-Puissant, fermeles yeux, et qui, lorsqu'il est tombé dans l'état d'extase prophétique, les ouvre et annonce ce qu'il a vu (XXIV, 3, 4, 15, 16). De plus, c'est pendant la nuit qu'il cousuite de préférence l'Etemel , parce que c'est durant la nuit qu'il reçoit du ciel des visions prophétiques (XXII , 8-19). De ce fait l'on se croit autorisé à conclure que c'est en vision et non en réalité que s'est passé l'événement extraordinaire rapporté par Moïse.

S"" Le miracle du langage de l'ftnesse, s'il était réel, serait inutile, sans but comme sans signification. Car

3^8 L*fllST01BB D6 BALAAM.

ce qui importait, ce n'est pas que Tâne^ parlât ellemèofie, mais que Balaam entendît ce que le Çeigaei^* voulait lui dire par son moyen,

4® Si Uânesse a effectivement fait, entendre dps sons articulés» comment expliquer que Bal^iam nç psiraisse pas avoir été frappé d'un événement aussj extraordinaire, et qu'aucun des hommes de sa sui(e n!en ai^ témoigné de Tétonnement?

^"^ Enfin , si Ton admet que Tânessç de Balaaqi a tenu un véritable discours , vous renversez les ba|*rières infranchissables et éternelles que le Créateur lui-même a élevées entre le règne animal et \a^ race humaine; et si vous croyez que les animaux peuvent parler ou qu'ils ont parlé dans certains cas, que devient la prérogative admirable accordée exclus^ive* ment à l'homme par le Créateur, de penser, de ps^*- 1er, par opposition à la bête qui nç pense ni ne pa^ |e point? (Gen. I. )

A ces arguments, les défensem*s du sens lit^çr^l opposent les considérations suivantes. 1® I^e récit de la rencontre de l'ange et de la conversation de l'ânesse avec Balaam se trouve non-seulement faille par^e d'un livre historique , mais encore se lier à on incident où tout , jusqu'au plus petit détail , porte le caractère de la réalité. Transporter ce fait du moqde matériel où il nous est dit qu'il s'est passé, daiu^ le monde moral, où rien ne fait sup^ser qu'il a eu li^, c'est procéder d'une manière arbitraiii^e et caprî-

l'histoire db balaam. 339

oiense que rien ne justifie. 3^ Si vous n'admettez pas là réalité du miracle eiLtérienr , comment déterminerez-Tons le point précis où commence la vision et cehri où elle finit T Avec cette interprétation , il n-y a pins moyen de distinguer dans le récit de Moïse ce qui est intérieur de ce qui est extérieur , ce qui est moral de ce qui est physique. 3^ En rapportant le fait , l'écrivain sacré s'est servi de ces expressions : AlùTi VEimmd fU parler Vàne$$e ; (il y a proprement dans l'hébreu, aion V Etemel ouvrit la bouche de Vânesse. XXII, 28 ). Or, cette circonstance ne permet pas de croire antre chose , sinon que le discours de Tànesse a été un (ait extraordinaire, produit immédiatement par la puissance de Jéhovah. V L'apAtf e saint Pierre nV^t pas moins précis à cet égard , et a écrit sur ce sujet ces parties remarquables : cjSoJaam, fUs de Béor^ aima > le tdaire d*iniqu%té^ mais il fut repris dé son injustice; » ccst une ÔMmse muette^ parlant d*vne voix humaine {h » oyOpidictti fciivij (pOe]fÇ«(i.evov) , réprima la folie de ce pro^ 9 phiie.M Comment, après cela douter de la réalité extérieure du miracle rapporté par Moïse?

Si, ap^sTexposé des raisons pour et contre l'adoptien du sens littéral et dans une question si délicate, il nous était permis d'émettre une opinion , nous dirions aux partisans de la vision : Vous reconnaissez que dans l'un et l'autre cas il y a eu miracle, dams celui de la vision comme dans celui du fait extérieur. Il n'y a donc ici qu'une différence de forme, et non pas

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