‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 7 sur 77 · XI · texte numérisé non relu

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\jïnth peut avoir été le but des constructeurs de là tour de Babel , lorsqu'ils ont conçu le plan et commencé l'exécution de ce colossal édifice? Aux termes mêmes de TEcriture, ils voulaient, d'une part, se faire un nom , se rendre célèbres , établir peut-être le siège d'un puissant empire ; de l'autre, former un \mni de ralliement, élever un signal gigantesque qui dominât la plaine , et qui , dans les excursions nomades qu'ils étaient obligés de faire pour paître leurs troupeaux , leur permit toujours de se rejoindre et de se rassembler. L'opinion de Thistorien Josèphe, qui pense que dans l'érection de la tour de

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Babel , les descendants de Noé avaient songé a se ménager un lieu de refuge dans le cas d'un déluge nouveau 9 et celle de quelques savants qui supposent qu'ils avaient l'intention de s'en servir pour le culte des faux dieux et de la faire tourner au profit fie l'idolâtrie ; ces deux hypothèses ont quelque vraisemblance, mais le texte sacré ne les justifie point ; le langage de Moïse est explicite, il n'admet que Les deux interprétations que nous avons données plus haut. Peut-être permet- il de supposer les deux autres.

Mais là ne git pas la difficulté; elle ne consiste ni dans l'authenticité du fait que l'histoire de Babylone, que le témoignage d'Hérodote, que les récits des voyageurs , que l'existence des pyramides confirment suffisamment, ni dans l'explication de ce monument antique, qui était tout à fait dans l'esprit, dans le goût, et dans les mœurs des hommes de cette époque. Il y a quelque chose de plus important ; il y a des difficultés qui ne sont pas aussi faciles à résoudre. Il s'agit de savoir non-seulement pourquoi Dieu a fait avorter ce projet , mais encore , mais surtout quels moyens il a employés pour cela, et quelles ont été les suites de cette intervention providentielle.

Quant à indiquer les raisons pour lesquelles Dieu ordonna l'interruption des travaux de Babel , repris plus tard |)ar Nemrod , Sémiramis et Nébucadnésar, el qui firent de Babylone non la métropole du

ET LA CONFUSION DBS LANGDBS. 97

monde , mais la capitale d'un gi*and empire , c'est ce qu'il ne nous parait pas absolument impossible de faire. L'Eternel , à ce qu'il est permis de supposer, n'avait point été consulté dans cette vaste entreprise. Des pensées orgueilleuses, des projets ambitieux, la vaine gloire , l'avaient seuls inspirée. Peu soucieux d'obtenir pour leur fondation la bénédiction de l'Eternel , se déûant de sa providence, oublieux des grands enseignements qu'il leur avait donnés par le déluge, les architectes de Babel n'avaient été préoccupés que d'une idée,celle de se rallier autour d'une grande cité, de s'agrandir, de se fortifier, de se rendre puissants et invincibles , mais sans s'inquiéter de savoir si leurs vues s'accordaient avec les vues, si leurs plans réalisaient les plans de l'éternelle sagesse. La fable des géants, qui, en entassant montagnes sur montagnes, avaient formé le dessein d'escalader le ciêi, peut jeter quelque jour sur les intentions secrètesdes incrédules et audacieux auteurs de Babel. Or, c'est précisément cette union de la force matérielle , cette alliance de la puissance mondaine, cette immense confédération de l'humanité impie et vaine, que Dieu voulait briser et dissiper. Elle contrariait ses volontés , elle empêchait l'exécution de ses décrets adorables envers la race humaine. Le moment n'était pas venu de se rassembler et de s'unir ; il fallait, au contraire, se séparer et se disperser, t Le Seigneur avait déterminé les < temps précis et les bornes de l'habitation des peu-

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€ pies ; > il les avait faits « pour se répandre sur toute c rétendue de la terre > (1) ; la sur&ce entière du globe devait être peuplée. Sur les divers territoires et sous les différents climats qui lui avaient été assignés pour demeure , chaque nation était destinée à prendre un caractère propre, à se former sa langue, à se choisir sa constitution politique , à développer ses tendances morales, à exprimer, en un mot* le sceau spécial de son individualité, jusqu'au moment où , par la volonté suprême et non par la volonté humaine , par une rénovation intérieure et non par des moyens factices, par l'amour et non par des motifs charnels , en Christ et non en Babel, Dieu réu^ nirait tous les hommes , pour n'en former qu'une seule famille sous l'empire du Fils unique et éteiTiei du Père. (2) Jusque-là, il importait que l'humanité, divisée en autant de fractions que de contrées , et diflërant de langage et de mœurs, non^seulement ne pût s'agglomérer ni s'associer , mais encore fût contrainte de se partager, peur demeurer dans l'enceinte des limites fixées a chacune des familles des peuples. Mais quel mo)en le Seigneur a-t«>îl employé pour obtenir cette séparation, cette dispersion, contre laquelle semblaient lutter les instincts naturels de l'homme? U l'a opérée par une intervention provi-

(1) Actes XVII, 26.

(â) Ephès. 1, 10.

ET LA CONt^CSlON DE^ LAHgCJBS. M

déùtiellë , miraculeuse , qtti aotiâ est râppictièè dahs le V. T du th. XI de la Genèse, mais sur le seus dblâquelle on s'explique différemment , suivant là dîffiérehce dés poiiits de vue religieux.

D'après Topiiliôn généralement admise , Dîëû, par une action directe , immédiate de sa puissàtice i^tiî* Tesprit des hommes qui vivaient après le délUj^é , aurait détruit l'unité de lajangue primitive parlée jusqu'alors, et aurait créé autant de dialectes que de peuplades, qui devaient aller habiter les différentes parties du monde. Cette interprétation littérale est respectable ; elle est adoptée par des autorités chirétiennes d'un grand poids ; elle suppose un mirâdë qui, au fait, n'est pas plus diflScile à admettre que celui du doh des langues accordé aux Apôtres le jour de la première Pentecôte. Nous nous étions permis toutefois une autre solution de la difficulté. Vbici comment nous avions raisonné :

En se plaçant au point de vue de la Pï*ovidënce divine , Von est conduit à se demander quel résultât elle voulait obtenir. Il s'agissait de provoquer la for^^ mation des différents peuples de la t^re par la dispersi<» de la famille bumaiae, et d'opérer la disper>sion die la famille humaine par la multiplication des langues. Mais, pour créer ou multiplier les langues, était-^il donc nécessaire de détruire instantanément , par une révolution dans l'esprit humain , la forme propre et unique du langage primitif? Pour séparer

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