L HISTOIRE D£ BALAAM
VOUS faites disparaitre cette grande et salutaire leçon, qui est peut-être la principale moralité du récit.Cal vin Ta admirablement compris , quand il ^ écrit ces paroles spirituelles et pleines d'un sens profond : < Dieu » aurait pu de suite châtier Balaam par la parole de » l'ange ; mais comme la censure n'eût pas été aussi » sévère, sans une grave ignominie, il lui donne pour » précepteur une béte. La voix de l'ange ne vint » qu'après ; le prophète avait été si indocile , qu'il > méritait d'être traité selon son mérite ; il devait » n'entendre la voix de Dieu qu'après avoir profité à » l'école de l'ânesse » (1).
Mais qu'est devenu Balaam après avoir quitté Balak? C'est une cinquième question que nous avons promis d'examiner. U y a, à cet égard, dans le récit de Moïse, une lacune qu'il n'est pas facile de combler et dont nous avons à nous occuper maintenant. Au verset 25 du chapitre XXTV des Nombres, nous lisons que, repoussé avec colère par Balak, dont il avait trompé l'attente, < Balaam se leva pour retourner :^ en son pays. » Et, au chapitre XXXI, verset 8, 16 (comp. avec Josué XIII, 22), il nous est dit que, trouvé au milieu des Madianites, auxquels il avait donné l'abominable conseil de séduire les Israélites par la volupté, Balaam fût massacré par ceux-ci, et
(1) Càlviii. Comment, in Numeroê^ et in 2 Pet. H, 15, 16.
34S L'aiSTOUB IIB BALàAll.
reçut aiMi le jwie châtîment qu'il méritait. Entre œ dépwt de Balaam .pour son .pays et la circoiKUaooe de sa préseuce au milieu des Madianites, an vmmeoi où les Israélites Urèrent vemgeaiice de ieiurs crimes. Ton a cru voir une espèce de contradiction que Ton a cfaerdié à lever de diverses manières. Pour résoudre ceitte difficulté. Ton a su|>t>osé généralement qu'en se séparant de Balak, Balaam avait repris le cheadin de «on pays, et était retourné k Péthor ; que là, tourai€)até par Tidée qu'il ayait manqué le but de son voyage en Noah, et perdu le gain qu'il espérait reti^ rer des malédictions qu'il s'était proposé de prononcer contre Israël , mais qiie l'Etemel avait malgré Jui changées en bénédictions, il avait imi^îîné un autre moyen d'arriver à ses fias ; qu'en coioM^équence, a«i lieu do se rendre auprès de Balak , qui l'aurait mal reçu , après toutes les déceptions qu'il lui avait eaus^ et la mauvaise humeur avec laquelle il l'avaic cbassé , il était allé trouver les Madianites , et leur avait conseillé , comme moyen in£adllible de perdre leQ Israélites , en les détachant du service de leur Dieu , de les inviter à leurs fôies idolâtres et voluptueuses, et de les faire tomber ainsi dans l'apostasie et l'impureté ; et enfin qu'étant resté au milieu d'eux pour y recueillir l'odieux salaire de son conseil diabolique , il avait été surpris par les Israélites et passé au fil de l'épée avec les complices et futurs rémunérateurs de son iniquité. Cette hypothèse est
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shkiple et n'a rien que de très-naturel, le docteur Ëfen^stenberg , totitëfôis , eu a proposé une autre à lârqtfélle nous seriôAs disposé à donner là prélférënce. Eh voici le l^ésumé : Au lieu de répreild're dfrectemènt lediefmin'dela Mésopotamie (ï), Balààto voulant s'a'ttrrer tes bonnes grâces de Moïse et de ses cotn'patriotes, et obtenir d'eux ce qu'il était désolé de n'avoir pas ^eçu de la knaîn des ttoabites et des Madîanites, se serait k*endu dans le canlp d'Israël (2) ; là il aurait cfcèrché , ^ar le récit de ce qui était arrivé au sommet 'àe Baifaal-Péhôr , à se faire un hlérite des bénédilctfon^ qu'il avait été contraint de ^^ï^ônoncer sur Isra^ , et à gagner ainsi les bonnes grâces de llloîse et peut-être une récompense de la paît dés àhciens du peuple ; mais Moise, n'ayant pas eu de peine à discerner que le cœur de icet hottame fa'était pas droit devant Dîéu, l'auraitreçu Ahoidement.étàlot^s BâlaaM, dans $btt dépit d'avoir échoué dans toutes se^ ténta-
(i) De ée qu'il est dit ()uo Balaam se leva pour retourner eo son pays, le D' HBif0STKifWR« soutient que l'on ne saurait inférer qu'il y est retourné e^ectivement. 11 a pu en prendre le chemin, puis ehanger d'àris et s'arrêtek- en route. Dans cette hypothèse, l'écrivain sacré parlerait de l'intention qu'il a eue d'abord» des conjectures que l'on a pu former au moment de son départ , mais non du dessein qu'il a eOectivertient accompli [Geschiehie BUeam'f, p. 212 etsuiv).
(2] Sefon le éalcul de Josèphé, la distance entre la montagne de Babal Péhor et le camp des Israélites ne devait être que de 60 stades à peu près, c'est-à-dire, trois lieues de France environ. Hess. Geèchiehtè fkôsti. Il th. p. 188.
3U l'histoirb db balaaii.
ti ves , et voulant en même temps se venger sur les Israélites de ce que son amour insatiable de Ter et de la gloire mondaine n'avait pu être satisfait , serait allé trouver immédiatement les Madianites , qui auraient accueilli avec empressement le détestable conseil qu'ils ne mirent qu.e trop à exécution pour leur ruine et celle du prophète prévaricateur. Cette hypo* thèse a un double avantage : celui d'abord de rendre raison, ainsi que la précédente, de la présence de Balaam au milieu des Madianites , à Tépoque du massacre dont il nous est parlé dans les Nombres ; celui ensuite d'expliquer comment Moïse et les anciens d'Israël ont pu avoir connaissance de l'histoire de Balaam , de son départ de la Mésopotamie , des événements extraordinaires survenus pendant la durée de son voyage en Moab , de toutes les circonstances qui ont précédé, accompagné et suivi ses prédictions au sommet de Bahal, de Pisga et de Péhor, et comment ensuite le récit détaillé de toute cette histoire a pu trouver place dans le Pentateuque. Dans un pareil sujet , Ton n'a pas d'autres ressources que les. conjectures; mais parmi les conjectures, celle-ci nous a paru assez plausible pour mériter d'être rapportée, et nous la livrons telle qu'elle au jugement et à la sagacité de nos lecteurs.
Il nous reste maintenant à déterminer le sens moral de cette histoire , et à indiquer le but pour lequel Moïse a cru devoir la consigner dans les archives des
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révélations du peuple hébreu. Nous l'avons déjà insinué» et d'ailleurs tout lecteur judicieux a pu le pressentir : rien ne pouvait mieux que ce récit justifier la foi des Israélites en la protection divine et dans les sublimes destinées de leur nation. Qu'ont-ils à craûidre et que pourraient-ils redouter? Non-seulement les armes matérielles de leurs ennemis sont venues se briser contre la puissance de Jéhovah, qui leur servait de muraille et de bouclier, mais les malédictions même dont ceux-ci auraient voulu les accabler, se sont changées malgré eux en bénédiction, par la volonté de Dieu. Courage pour le présent, confiance quant à l'avenir, assurance ferme , espérances joyeuses, telles sont les dispositions que l'histoire de Balaam était de nature à inspirer au peuple d'Israël. C'est là le but premier, le but prochain du'récit de Hoise.
Mais cette histoire nous concerne aussi personnellement, et sans développer ici toutes les leçons que l'on en peut tirer, nous dirons que nous y pouvons considérer la double image du théologien orthodoxe mais mort, et du prédicateur éloquent mais prévaricateur.
Balaam , avec toute sa science des choses divines, avec son aptitude pour la théologie , avec ses études suivies et persévérantes , avec ses habitudes de contemplation et de prière , avec sa réputation étendue de prophète inspiré , avec ses discours admirables,
M6 i^'âlStOIRÈ 0B BAlAHM.
artec ses j^rédlcddos frappmtte, efiK àveb totft eielâ, et malgré tooft ces dons émikieYfts , tin hoiiittic sans fbî, sstM )>iété, sa»8 attnoiir de IMéiii, sâltas drsJnte do Seigneur. Qnel sérîeak enseigheriienfll cplel terHble arenîBsenKfnt 1
Type aussi du minisfare mondain et j^bévàricateur, il nous apprend par son ttiste ^exempte et par sa tragique fin, JQSqn'où penvêM ^MràHœr le goût deis plaisirs du siècle , la recherche de la gloire périssoMe, Famour des richesses vaines , les compltiisaiices crimiffiéiles potlr la grandeur et la ptâséaiA^e , lès compromit arec la conscience , les idoles 'du cœur. O mou Dieu, que je ne m'ëgftre pas comme Balaam, que je ne me sédutee pas ciomttie le ph>pfaète d^ Pétbor ! Que je t'écoute quand tu parles. Que je né parle pas quand tu me rinterdis ; qilie je m'arrête quand tu places ton ange sur mon chemin ; que j'aille où tu yeux et jamais où tu ne veux pas ; que mes yeux soient toujours ouverts pour voir ton sentier, mes oreilles toujours attentives pour entendre ta Vchi , et mon cœtar toujours docile pour faire ta volonté, quelque sacrifice qu'il m'en puisse coûter^
Le père des études hébraïques en AUemagtie , le célèbre Gesenltts, a dit en parlant de Thistoire de Balaam, « qu'elle était tin chef-d'œuvre de poésie i> épique^ digiie des plus grands génies de tous leè siè- 9 cleft.» Que he doi^elle donc pas être pour noiis qui, par là gt^ce de Dieu, y voyons plus qu'une poésie, et
L HISTOIRB DE BALAAM. 347
qui devons y contempler deux grandes et sérieuses réalités, la fidélité immuable de Dieu envers son peuple, sa justice inflexible envers les méchants?
Nous ne terminerons point sans rendre un juste tribut d'hommages à un auteur dont les travaux sur cette partie de l'histoire sainte nous ont été de la plus grande utilité. Quoique sur plusieurs points assez importants, comme par exemple le caractère de Balaam et la vision de Fâncsse , nous n'ayons pu partager les vues du docteur Heiigstenberg , nous ne faisons aucime difficulté de reconnaître publiquement que, si, dans l'article qui précède, nos lecteurs ont pu trouver quelque lumière satisËiisante et quelques éclaircissements désirables, ils le doivent à l'ouvrage, étonnant par les recherches qu'il suppose et prodigieux par la science qu'il renferme, du savant et chrétien professeur de Berlin (1).
(1) Getchiehie BUéàm't und sHne We%$sagungen , von E. W. HE1VGSTB5BEB6 , D' uudProf. der tbeol. zu Berliu. — Berlin 1S42, in-8 ée 290 pages.
<Wê>
LA LOI CEREHONIELLE ET LE TÂBERNACLK.
ODB XXV— XL. liéviTiQfni, paiHm.
Làx loi cérémonielle donnée au peuple d'Israël par le ministère de Moïse n'est point un vain appareil sans signification et sans but. L'on se tromperait grossièrement, si Ton n*y voyait que la pompe d'un culte propre tout au plus à éblouir les yeux d'un peuple enfant, et à le contenir dans le respect par la majesté et l'éclat des observances religieuses. Le tabernacle n'est pas uniquement le palais terrestre du roi du ciel ; les prêtres ne sont pas les courtisans de ce monarque magnifique ; les ustensiles du temple ne sont pas les meubles précieux et les riches décorations de ses appartements royaux ; les sacrifices ne sont
LA LOI CéRiHONlELLB KT LB TABBRRACLB. S49
pas de simples marques de res{>ect et de reconnaissance ; les purifications et les ablutions ne représentent pas les convenances de l'étiquette adoptées à la cour du Roi des rots. Cette manière d'envisager le culte mosaïque est étroite et mesquine ; elle demeure à la superficie des choses et ne pénètre pas dans Tesprit véritable de cette institution ; elle en méconnaît le caractère essentiellement religieux et moral ; elle contredit les intentions avouées du législateur, et se met en opposition directe avec les déclarations les plus expresses du Nouveau-Testament.
Sans doute, il faut en convenir, le culte lévitique, dans sa forme extérieure , dans son apparence visible , participe de la nature de toute religion symbolique, et offre, sous ce rapport, plus d'un trait de ressemblance avec les religions de l'antiquité. Le peuple juif, autant , plus peutrètre , que les autres nations du monde ancien, était incapable de' s'élever à ridée pure , de considérer la vérité abstraite , de saisir le dogme religieux, sans le secours des signes figuratifs et l'appui des pratiques religieuses. Pour arriver à Dieu, il lui fallait la création ; comme marche-pied pour monter au ciel , il lui fallait la terre. Dans ce sens, le Seigneur s'est accommodé à sa faiblesse, et lui a donné la religion, si ce n'est la meilleure, du moins la plus appropriée à ses besoins. Mais quelle différence entre les symboles du paganisme et ceux du mosaisme ! La la nature est prise comme ob*
3fiO La loi cÉRKMOMiBrxe
jet da' ooke et de r^oration ; lesferees de la cFéitkm sont di^oisées ; Dien est confondu avec le monde ndaible ; son unité, sa personnalité disparaissent et se perdentidaB^ la doctrine du destin; Fétre qui a godscjenee de luâHOBème , qni est ind^endant et qui se détermine d'après les règles étemdles de la vérité et de la jusdoe, est saorifié aux lois ayeoglesd^mie nécessité fatale et désolante; Or» làoàil n-y:a en Dieu ni indiTiduriité ni ccmscience , comment y aoraitHl dans rhûsune liberté et mondité? Aussi le culte paien exprime-t-il, partout et tonjonrs, dans ses symboles, des rapports physiques, matériel, grossiers, entre rbomme et la nature : il ne finit pas Irop s'^i étonner, puisque, d'après lui, la nature, c'est r^ètre, c'est la vie de Dieu lui«-aiàme« De plus , ce culte manqne dliarmonie, parce que les idées même qu^il a charge d'exprimer sqpi t privées 4'i^té» Ni dans sa religion, ni dans ^s symboles , le principe moral ne ressort, ne domine ^ pour le représ^ater, il fiatudrait le posséder; or, comme il lui manque, il ne saurait le produire.
Il en est tout autrement de la religion de T Ancien- Testament. L'unité et la spiritualité de Dieu sont deux doctrines qui loi servait de base. Le Créateur da monde., le Brotecteur d'Israël , Jéhovah^ est un Dieu personnel; la création est un acte libre de sa toutepuissance; elle n'existe que par loi , mais elle n'est pas lui.; elle est un reflet de sa divkie majesté, mais
Bf U TABBEN,;^€LB. SH
ne) 2^uiie exisleitce înd^p^nd^lïlt^dii ipoodç» il aaw9i uqç Yolo^i^^ lil^r^f SiHiUe, qi»'iL4,çé¥él66 à Jb»ra«I, Le but de cette réyélation est d'amener son p^pl^ à avoir con^fffnnjpo s^ifw luj; m^js cette cçimiwiQion avec Ipi n'est po^il^l^ (p^ ps^ I9 ^iltt^té. Dipnitilé et paiii, sfw^té Qt bofibeiir, sKmt, dans le système (le Mo'jçe, de^^ termes inséparables : ils résultent toute la morale du J9d9)is9^6 » commç Tunîtéet la spiritu»lité de Di^ ej^pi^çnt SQimnair^ement tovUe aa théologie. Or Yoip^ l^s Ç'H^ds priaoipes que le oUtesym? bolique de Tançienne alliance met partout en relief. JéhQvab est HP Dieu personnel, libre et: samt ; il n'y a de coivmiuqioii possible avec lui que par la sain«> tet4, c'est*àHlire , par le dévouement à. ses 1(ms cla»< rendent riévélées dans sa parole. Le péché lui est en abonÛQatîon, U l'a maudit» il. le punira: tel est TaiMrégé de Ifi doctrine et delà loi cérémonielle'da Pen* tateujqve. Ce que la doctrine enseigne, les symboles le %urent ; ce que la parole de Jéhovah révèle, les céréa)onie$ le montrent aux. yeux. Le symbole est un corps, la cérémonie est une enveloppe qui recouvre^ w^ idée spirituelle , une vérité religieuse , non pour les cacher ou les absorba, mais pour les ren-* dre phi^saisissables, plus saillantes, plus impressive$^ Qaqs leurs détails oopme dans leur ensemble ^ les lois lévitiques proclament, au moyen de figures, ce que le Décalogne déclare expressément par la pa-
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rôle, à savoir que, pour s'approcher de Dieu, le pécheur doit se réconcilier avec le Saint des saints, rompre avec le péché , et purifier son cœur et ses œuvres*.
C'est dire que le culte lévitique est tout à la fois symbolique et typique. Le symbole et le type ont des points de contact communs : ils sont destinés* l'un et l'autre à donner un corps ou une forme visible à des idées spirituelles , invisibles. Tous deux répondent à un besoin profond, intime, irrécusable de la nature humaine, placée à un degré inférieur de culture intellectuelle et de développement moral. Le premier , aussi bien que le second , a pour mission de venir en aide à la faiblesse du sens moral de l'homme ; ils veulent l'un et l'autre éclairer son esprit et réveiller sa conscience ; ils ne sont pas permanents, éternels comme les vérités qu'ils caractérisent, mais ils sont nécessaires, indispensables dans de certaines circonstances, relativement à certains individus, et pour atteindre un certain but. Toutefois, le symbole n'est pas le type et le type n'est pas le symbole. Le symbole instruit daDS le présent, le type révèle l'avenir. Le symbole se propose l'enseignement immédiat des hommes auxquels il est donné; le type est destiné à convaincre ceux qui , en leur qualité de successeurs des premiers, l'ont reçu d'eux à titre d'héritage. Le symbole a un but essentiellement moral, il tend à produire la sanctification ; le type a un
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but presque exclusivement religieux , il tend surtout h produire la conviction ; et si en religion il était permis de séparer la science de la vie, nous dirions que son caractère spécial tient plus de l'apologétique que de la morale proprement dite. Un ou deux exemples achèveront d'éclaircir notre pensée.
Les sacrifices lévitiques présentent le double caractère du type et du symbole. Comme symboles, ils prêchent que Dieu est saint et que l'homme est pécheur ; que VEternel veut la sainteté et qu'il maudit le péché ; que sans une expiation il n'y a pas de réconciliation, et que sans la pureté du cœur et de la vie il n'y a pas moyen d'avoir communion avec le Seigneur. Comme types, ils préfigurent la mort expiatoire du Rédempteur, le sacrifice volontaire, parfait et d'un prix infini de l'Homme-Dieu , de l'agneau de Dieu, qui aôtéle péché du monde. lien est de même de l'institution du souverain sacrificateur juif (1). Comme symbole, ce saint personnage enseignait que,
(1) Eo sa qualité de juge du peuple, le grand-prétre juif portait comme insignes sur le pectoral, deux mots dontia signification a longtemps paru énîgmatique. Urim signifie lumière; rtimmtm signifie, selon les uns, drotl ou vérité, selon les autres, perfection. ïJHm et Tummim seraient donc Téquivalent de lumière parfaite^ connaiêsanee complète, et devraient servir à indiquer que, dans ses fonctions judiciaires, le grand sacrificateur avait besoin d'être éclairé d'en haut d'une manière spéciale, et à figurer en même temps qu'il pouvait compter à cet égard sur le secours du Seigneur (Voy . iNOMB. XXVn, 21. 1 San. XXV, 6; comp. ËXODB XXVUI, 30, et kxV, 16-21).
95^ LA LOI CR|IKmONlELLE
pour s'approcher ^e Ken , \\ faut Iw ^{ti^. diévoué excluçiveoieat ; qu'il n'accepte die sacrifices et de prières qfxe de ceux qui ont les xûsçlùb et le cœur purs ; qu'une élection, une vocation, une consécration spécialejs sont nécessaires po.ur le servir. Coxnine type, il préfigurait le sacerdoce du FUs de Dieu, qui a été tout à la fois victime et $acrifi.catçur.
Il résulte de ce que uoua venons de dire, que, si dans la loi çérâmonielle tout est, tout doit être syn^boliquQ, tout n'est P^s, tout ne peut pas être typique, ïln effet, chaque, partie de l'institution mosaïque, chaque cérémonie de son culte, chaque détail de son rituel devwt avoir pour objet une vérité religieusç ou niiorale, devait servir à inculquer quelque grand principe ou à réyeiljler quelque pieux sentiment- A^^^^^^'^^ ^^ ^^ ^^^ indigne de la sâigesçe de Dieu de l'ordonner; l'on ne concevra^ n^ème.pas de sa part un hors-d'œuvrç de cette nia^tui^e. Créer, imposer de;? pratiques religieuses pour étonnçr , pour intimider ou pour éblouir, n'est pas un but qu'ait pu se proposer le Dieu de la révélation. S'il a donné à son peuple une religion chargée de cérévionies, ç*a été pour rinstruîre et le sanctifier, et parce qu'une autre religion que celle*-là n'eût pas rempli le but qu'il se proposait d'atteindre. Par 1^ même rajson, il n'a pas dû, il n'Si pas pu prescrire à Israël dw actes qui fussent sans signification pour l^i, dont il lui eût été Impossible de comprendre lé but, et (^ui ne
(tm&f^ devesnis întel)igi^ç;s que plp^^e^r^t si^les plus Uxd p^^r les Qc|èl|^ de récç^omie év^iE^éliqiie. Aipsi^^ danç VécQnQ/af\e de la V;û, çiçn B>st pweii^eM» exclusivement typique; mais tout est u^tWi^te-' ment , uéç^l^lireiBenl sysabdjk]ue ; le (^^pe eM quelquefoift» est soiiv^t jo\Qt a« syml>pl^ , w^i^ js^iQAis il ne le remplace ui Be Texdlvit. )) y a 4es symbqles S9BS typies; vi^is il n'y 2^ j^n^ais d^ types saps symboles. En d'autres terioyes, pour sa cjpoû^ autorisa à cbejfdfec ^a type, dfins un détail q^ek^onque de lia loi de 9foïse, il fa^t è\ve cert^îfi quaj'w ^ a d^owr vert et épuise If^ signifiçatipn symboliq^ ; attendu que le type est toujpurs euté sqr le syna^p^oA^, tiaiMius-. quç le symbol/^ pe Test j^if^s sur 1^ <y{^« A^s^nt d'ifistriMÎf^ la postérité, le Seigneur a yovà^k endiguer la génération pré($f^;ite à Ijiquélle i) s'adr^sait ;
airavtt (te ibunw aux âges êhups des é.^idenoe6 de la dignité de Ja «évélatiou, il a dû chereher à fpffiier et à perfectioaner le peuple aioquel il aiml destiné ^ approprié sa révélation. Ç'e;^ pour avoir méeonnu ce graad pmneipe cpie. les parUsauM enthousiastes de la doct^^oe. des types ont fait tomber oell0K;t dans le dîficréElH;. ^s oui eherohé partoul des all^ories qui ei36seqt lappart à des événements futurs, et qui pré? figurassent les faits de Féoonomie nouvelle , mais satts. avom suffi saament étudié k symbole el en avoir dégagé, par uae voie rationnelle et scripturaîre, ridée spîptuelle ou renseignement montai.
366 LA LOI CÊRÉMONIBLLE
Que si Ton nous demandait les raisons sur lesquelles nous fondons la spiritualité de la loi cérémonielle, nous les résumerions dans les propositions suivantes :
Le déoalogue est l'abrégé de la loi morale ; il en renferme en quelque sorte la quintessence. Comme tel il était placé dans l'arche, et conservé comme le centre auquel aboutissaient toutes les parties de l'institution mosaïque. Or les préceptes du décalc^e sont de leur nature des prescriptions spirituelles et morales, qui ordonnent l'adoration de Dieu et l'amour du prochain , et dont les cérémonies de la loi avaient pour but unique de renforcer l'obligation sainte et de rendre la pratique plus facile. La loi lévitique n'était là que pour produire l'obéisssfnce ; elle était moyen, et non pas but.
Quelques-uns de ces commandements, il est vrai, sont négatifs , mais plusieurs aussi sont positifs. Le plus grand nombre se bornaient à interdire l'acte , mais il y en a un parmi eux qui est relatif à la convoitise, et qui défend les mauvais désirs et les sentiments impurs ; d'où l'on peut conclure que la loi exige le culte du cœur, l'obéissance du cœur, la pureté du cœur, et que c'était pour arriver à cette fin que la loi cérémonielle a été instituée.
Dans son sens intime , la loi n'est pas seulement une loi civile et purement extérieure , elle est surtout un témoignage {kaliidàuth)^ un témoignage du
BT LE TABERNACLE. 357
Dieu saint et juste contre le péché. D'un autre côté, le couvercle de Tarche {kapporeih) symbolisait la miséricorde divine couvrant le péché et le pardonnant. Entre ces deux termes extrêmes, le péché anathématisé par la loi morale, et la miséricorde révélée par la loi cérémonielle, est comprise toute la religion du peuple de Dieu. Le Seigneur lui répétait sans cesse et partout, que, si sa justice punit le péché, sa miséricorde en oifre le pardon au pécheur pénitent. Or, ce sont là, l'on en conviendra, des idées essentiellement morales.
Le sommaire de la loi : c Tu aimeras le Seigneur, » ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme » et de toutes tes forces, et ton prochain comme toi- » méme,i se lit dans Deutér. YI, 8,etX, 12, et dans Lévit. XIX, 18. Ailleurs l'on trouve ces paroles trèssignificatives : c Et maintenant, ô Israël, qu'est-ce » que l'Eternel ton Dieu demande de toi, sinon que » tu craignes l'Etemel ton Dieu, que tu marches » dans ses voies et que tu serves l'Etemel ton Dieu M de tout ton cœur et de toute ton âme ^ ( Deutér. XI, 15, comp. XI, 1 ; XIII, 22 ; XXX, 15, 20.) Ces déclarations prouvent incontestablement que, aux yeux du législateur suprême, la substance et la fin de la loi étaient l'amour, la crainte, la confiance et l'obéissance.
Les punitions dénoncées et les récompenses promises par la loi de Moï^e sont divines et non hu-
B68 LA LOI CÉtIÉMONIBLLB
iMUBôE^ » moitiés H non ciTileti \ dduti là M (|tti les l'eftfetite^ doit ètt^ spirituelle et ttota puretiieùt; iextétk»te et ^réùiûnblle.
JéBéfi^Christ et ses tfpôti<es 6e isbttt fbrmelleriieût expliqués sut ce pôiiiti ilk but récotlilti à là loi de Atotse le earàôcère de spiritualité dotit novA téiioiis de parier t f ésus^hrist, qUàîld il e dédàl^é çu^titi »eu/ ttiM du lin Mfi/ froit dé iHtrè n'en serait )[^bs retranché (Màtthi y« i7) ; saint Pâul , i(|taand il a proclamé ce gi^nd principe, que la loi est Mim, qu'elle est ^Wtuellejusu et bonne (^om. VII, 14 et 12). Ceei s'applîqtte uniquem'ent à la partie luorble, et (iar Conséquent permanente et étemelle de là loi ; mltis une institution ifàl renferme de pareilles pi^sériptiouë peut -elle n'être qti'un Vaiii âsisembfoge de céi-émenies sans but et sens réalité?
La loi du Lévitiquë renferme une foule de rèigles, dont là tendance et la siguifiioatioti sbut uniquement religieuses et morales, ainsi, par exemple, les detbirs mver» les étrangers, leè vettres et les orphelins (Exod. XXII, 91-23 ; compé avec LéVit; XIX, Sli XX, 53, 34)) aitt&i^ les précautions k prendre à l'égard du bœuf et de l'àne du prochain (Ekod. XXin V 4, 6 ) ^ ainsi , le respect dû aux vieillards (Lév. XIX^ 32); ainsi eUcore^ cette solennelle ittjonction : Soyez saints ^ car je suis saint, (ibid* V.) Quelle place occuperaient de pareille ordonnantes dans le code d'une religîati purement extérieure?
BT LE TABERIfACLE. 359
Enfin, et pour ne pas prolonger rénuméVation de
ces preuves, Dieu a lui-même interprété la loi cérémonielle dans un sens spirituel, quand il a dit : Voufi circoncirez le prépuce de voire cûM4r(Deu^ér. X, 16); et quand il a représenté la violation de ses coinmandements, comme la marque certaine de Tétat d'un cœur incirconcis ( Lév. XXVi, 4-1 ).
Or, l'unité étant le caractère de toutes les œuvres de Dieu, si la loi morale de T Ancien-Testament a une tendance spirituelle, la loi cérémonielle qui l'accompagne ne saurait avoir un eiffet dirTerent. Elles forment un tout harmonique que l'on ne saurait roi;npre. La seconde est un auxiliaire qui aide à l'accomplissement de la première; la première rénlferiâie en soi l'explication de la secondé, toutes deux^ se prêtent un mutuel secours et se soutiennent réciproquement. . .
Donc^ la loi cérémonielle, symbolique dans sa forme, est spirituelle dans son but. Elle est, elle aussi, un enseignement, une doctrine ; mais un enseignenient qui tombe sous le sens ; mais une doctrine exprimée par des signes. Ce sont les rapports primitifs, naturels, nécess.aires entre l'homme et Dieu, manifestés par des cérémonies qui en hxent la aâti^re, l'esprit et le but. Le peuple juif, comme toutes les nations de l'antiquité, réclàinait ce moae de révélation ; il lui était indispensable ; il était lin auxiliaire à sa foi et à sa piété, et si l'on niait ce ca-
360 LA LOI CÉRBMONIELLE
ractère spirituel de la loi mosaïque, on la ravalerait au-dessous des religions du paganisme, dont les plus sensibles et les plus grossières dans leurs symboles eurent toutes pour but, à un degré plus ou moins élevé, renseignement religieux. A cette considération générale sur la nécessité et le but de la loi cérémonielle, Ton peut en ajouter d'autres, non moins frappantes.
Ainsi la loi cérémonielle se proposait de réveiller dans Thomme la conscience du pécbé, et de lui inspirer le besoin de la rédemption. Dans ce sens elle était un joug pesant, qui faisait soupirer le pécbeur après la délivrance (Act. XV, 10); elle était un maître sévère, dont les rudes châtiments étaient destinés à presser l'âme travaillée et chargée de se réfugier vers Christ (Gai. V, 1 ).
De plus, ses nombreuses pratiques, les détails multipliés de son culte, qui enlaçaient la vie comme dans un vaste réseau , et qui pesaient , de tout leur poids, sur chaque instant de l'existence, étaient bien propres à mettre un frein aux caprices d'un peuple grossier, intraitable, toujours prêt à la révolte, à imposer des bornes à sa sensualité, et à le retenir dans la crainte du Seigneur. Une discipline moins sévère n'eût pas produit cet effet; des cérémonies moins nombreuses n'eussent pas fait également son éducation.
Il s'agissait aussi d'attacher Israël à sa religion , et
BT LE TABERNACLE 861
d'assurer tout à la fois la durée de cette nation et la perpétuité de son culte. Or , c'est à quoi répondait parfaitement cette multitude d'observances. Car, comme Ta fort judicieusement observé Tauteur de l'Esprit des lois : c Une religion chargée de beau-
> coup de pratiques attache plus à elle qu'une autre » qui Test moins , et l'on tient beaucoup aux choses
> dont on est continuellement occupé » (1).
Il fallait enfin unir étroitement entre eux les Hé* breux , et les tenir séparés des peuples étrangers. A cet égard la loi cérémonielle servait de mur de séparation entre le peuple d'Israël et les nations idolâtres, et les empêchait de former des relations (2). Ces observances singulières, ces pratiques différentes, ces usages diamétralement opposés étaient tout autant de barrières qui empêchaient le mélange et la confusion. A un moment donné , ces barrières devaient tomber et permettre à l'Eglise d'entrer en lutte ouverte avec le paganisme. En soi , le culte mosaïque était, comme l'a fort bien caractérisé un apôtre, un ensemble de faibles et miiérables rudiments (Gai. IV, 9) ; mais il avait une bonté relative , et cette bonté relative il nous faut savoir l'apprécier.
De ces réflexions générales sur la nature et le but
(1) Lettres de quelques Juifs , etc., t. I, p. 167.
(2) Ephés. m U.
ses LA toi CÉhÊMÔNlELLE
de la loi cérémonielle , nous passons à rexanieh du tàbeinacie eb particulier , et avant àe nous occuper de ^a signification , disons un mot des expressions dont l'Ecriture se sert pour le désigner. Elle l'appelle prëtïlièremèbt la tenu du témoignage ( ohd hahèdaulh ) , (IVo'mb.I]^, 1 5) , c'est-à-dire le lieu oii Jéhovah téijpoigne (le sa présence , se révèle par sa loi , manifeste sa majesté saîdté ; et comme le mot témoignage Résigne principalement le Décalogue, ou la loi des dix com-
a tente du témoi"
gnage, rappelle surtout le sanctuaire où le Dieii saint et juste proteste contre le péché de Thpmme (1). Le témoigniage de bien contre l'iniquité des pécheurs se trouve dépose dans l'arche ; mais ce témoignage est couvert par le dessus de l'arche où le propitiatoire {kàpporeih) , qui symbolisé l'expiation et qui en est le type. Le témoignage ailrait rendu la cominunioi; des pécheurs avec Dieu impossible, puisqu'il leur dénonçait la malédiction ; mais le couvercle de l'arche ou la kàpporeih, qui planait sur la loi du témoigiiage et qui la recouvrait , proclamait la miséricorde et le pardon, et donnait au pécheur la confiance nécessaire pour s'approcher de Dieu.
L'Ëcriture appelle ensuite le tabernacle la tente de
(1) Voy. Dbutêr. XXXt, te, 27. et 19. EiODB XXV, 16 et suiv ; XXVI, 34. LÊviT. XVI, 13.
ET LB TABERNACLE. Sëâ
là rertcùnUfe ou de la réunion {oheî môed) (Exode XXVtl, âl) ; c*est-a-dire ïe lieu où Jëhovah s'âpptochait à'Israêl, et où îisràèlàson lour s'approchait dé Jéhovah. La ][>Iiipart de nos versiohs onl rendu ces niots par le tabernacle à^asèi'gifiàtiony par où il faut eùteïidre noïi pas seulement qu'il était le lieu où les eufants d'Israël se réunissaieut, mais celui où Dieu leur donnait rendezvous , et où ils venaient à leur tour tronveir le Seigneur. (Èxode XXÎX , 45, 46) .
Enfin, le tabernacle est appelé le sanctuaire {kodeich et mikdàsch). (Èxode XXVIli, 43; XXV, 8.) Dieu est saint , le peuple de Dieu doit être isaint ; par consé- ^ent le lieu où le Diett saiht vient rencontrer le peuple 'qui lui est consacré, doit être un lieu saitlt, d'où toute s^ouillut-e est éloignée et d'où procède toute pureté. Or, comme dans le système mosaïque l'idée de sainteté et l'idée de salut sont insépalrables , le sanctuaire est l'endroit où, par la communion avec le sajlnt d'Israël , l'hoiiime pécheur parvient au Salut et àtt bonheur.
Mais quelle est proprement la signification symbolique du tabernacle ? Qu'est-ce que Dieu avait vouhi enseigner à Israël par le moyen de cette ih^Utntioti? Si UbuS en croyons PhUoti, le tabernacle était Une image dé l'Univers, mais de l'univers physique, malérîiel : le chandelier, c'est le soleil ; les sept lam|)es sont \e^ së^t planète^. Dans cette itiauièrë de saiàir la sîgnificatioU du tabernacle , la sainteté et la ispiritua-
364 LA LOI CÉRÉMONIBLLE
lité de Dieu disparaissent; le Dieu de la' nature ^ l'auteur de la création est seul mis en relief; et dans ses conséquences directes ce système pourrait servir à justifier le culte du soleil et des astres. Josèphe et la plupart des Pères ont suivi Philon , quant à l'idée générale émise par lui , en se permettant toutefois de différer de son opinion dans l'explication des détails du tabernacle.
Les rabbins juifs, s'appuyant sur Exode XXV, 40, et XXVI , 36 , prétendaient que le tabernacle était la représentation visible du monde invisible ; que tout ce qui se passait sur la terre d'une manière réelle dans le tabernacle, avait lieu dans le ciel d'une manière spirituelle , et qu'ainsi le tabernacle n'était autre chose que le ciel sous une forme sensible , sous une figure matérielle.
Suivant Luther, le tabernacle est une image de l'homme tout entier : il figure son esprit, son âme, son corps et ses membres. Le saint des saints , c'est l'esprit ; le lieu saint, c'est l'âme ; le parvis , c'est le corps avec ses membres. Dans le saint des saints , il n'y avait point de lumière , parce que Dieu y habitait dans l'arche : c'est la figure de l'âme qui marche par la foi et qui croit ce qu'elle ne voit point. Dans le lieu saint se trouvaient le chandelier et les sept lampes» qui symbolisent l'intelligence et le savoir au moyen desquels l'homme connaît les choses corporelles et sensibles. Le parvis était en plein air et ouvert à cha-
ET I.B TABBF.NACLB. 365
cun, pour représenter le corps, qui est visible et tangible, tandis que Tesprit et Fàme sont cachés dans le sanctuaire (1).
Coccéius et son école ont avancé et soutenu une autre interprétation* Ce théologien a vu dans le tabenlhcle le type de TEglise de Christ. Selon lui , le parvis représente l'Eglise extérieure ou visible, le royaume de Dieu sur la terre; le tabernacle lui-même est le type de FEglise invisible, du royaume de Dieu en esprit. Ainsi le lieu saint figure TEglise militante, et le Heu très-saint, l'Eglise triomphante : la première dans Fétat de grâce, la seconde dans l'état de gloire. Cette explication est purement typique, et lorsqu'on la poursuit dans les détails, elle conduit à une foule d'allégories forcées et sans bases.
Le docteur Bsehr , dans un ouvrage qui a produit une grande sensation, dans le monde théologique de l'Allemagne (2), a repris la théorie de Philon, en la spiritualisant toutefois , et en cherchant à la faire harmoniser avec le système chrétien. Il voit dans le tabernacle une image visible de la création. Le lieu saint et le lieu très-saint sont une image du ciel ; le parvis est une image de la terre. Mais aucun passage de l'Ecri-
(1) Fbiedrich, dans un ouvrage qui a paru en 1841, sous le titre de Synbolik der mosaïêehen SiifiikiUle, a reproduit et pria sous sa protection i'eiplication de Luther.
(2) SymàoHk des motaUchen Cuiiut, 1837-1839.
36^ LA LOJ Cél^ÊaiONlBLLB
twre Qç pçijLt servif à appuyer cette opinioi^, qui d'solleurs ne se t^auve pojbçit en. rapport avec l'esprit général de la législation mosaïque. Or, si 1^ pefi^ du législîtteur dçsHéhreu^t ayait été de ^Quner^ ^u qiayen du taberpacl^e, i^nerepréseptatipu sensible dp U créalion I oouçoit-oa que cette inteiif iom ne fôt expr^qiée nuUe part, et que , ni directement ni iqdîrecteixient , Tflçriiure i^e nous eut mi^ sur la trace de tirouv^r une pareille solution ?
De tou^e manière , il vaut mieux j^doptei? i^ie explica^tion qui, quoique ancienne, a réuni pouriam les sufi^ges des meilleurs théologiens nokoderaes. Jt.e tar bernacle est le syml^le di^ royaume 4e Di^; au mie lieu d'Israël ; il £|gure la présence d^u Saint des sîaiuts au milieu d^ Qébreux, et leSt rapports ^ p^ple éki avec le Seigi^ur qi4 a traité s^ljfmçs ^yeç li|î^ Il eut d'abord la forme d'une tente, p^rce que le Seigneur, dans son inQpie condescendance, voulue se conformer» fonv le lieu visjUble d^ i^n habîtatk>o>» à la condition, des Hébreux, voyageant dans le désert et vivaujii soiis des tentes. Fins tard, il eut c^e d'un temple, loF9<p}'Isra^ , ayant obtenu la possesfiÎDn de C^m^v , fut en état d'éiriger un sanct«aàre au Dieu fort. Mais , sous l'une comme sous l'autre forme , au désert comme en Judée, l'arche sainte fut toujours et invariableçient, le signe de la présencç de Dieu au milieu de son peuple, le lieu où le Seigneur rendait ses oracles et manife^t^jt Sï^gloare, et où Isrâél> a son
ET LÇ TABRRNA,Ç|.R. ^1
tour, était sûr de le trouve;* çt de reeev^nr sa l)éné • diction. C'est ce ^e prouvent ^ eux sçq^ les ufims mêmes par lesquels TEçriture dçs^e lie tajt>.çmaçle, et que nous avons expliqués plus haut. Elle Vf ppeUe une tente ^ une nuiisony unç hàf^tqliotk. Qr, quel ei^t le but d'une tenu^ si ce n'est d.^ fournir un ^j^ri? (^uel est celui d'une maison et d'une habiujuion^ ^\ oe. n'e^t de servir de deni^eure ? L'Ecriture ^oiQjfOfi çncore le tabernacle tente^ du téniotgn^gt, tphte de tansembli^e^ sançtuaire. Qr, pourquoi tmte du témqigwmfi^ $1 cç n'esjt parce que ^Eter^el^ s'y révélait ? Poi^quoi tenu d^ Vassemhl4e, si ce u'est piaucce que ]pieu y convoquaÂI son peuple? Pojurquoi spmptxmre^ si ce u'est parce quç J[éhovah y nos^ifestait sa, gloire magniflque ?
Par alliance, Jêboyah est Revenu le Qieiir d'kraêl ; p^r alliauçe a^ussi Isiraël est devenu $pn, peuplç. Qr, c*çst ce saint rapport , cette $piri,tuçil^ communion entre Jéhoval^ et I^raql, entre Israël et Jébova^l^ que le tabernacle avait mission de manifester par 4^s syno^eç^ L'Ecritore çst positj^ve sur çe wi^t , et l'ftp §'étp»uç. que uialgré. tant dç déclar^tÎQUS npiubi:çuses et évid.entç^, Viwagina,tipu ait faîi; ta^t d.e frais pour trouver au taberna^cle uue. sigoifiç^tipo symjboliqpe. et typique d^ifférpute 4ç cel,le qyjç l'Ççriture avoue hautement. tt$ me feront un sanctuaire et j'habiterai au milieu d'eux, lisons-nous dans l'Exode au chap. XXV, v. 8. J'habiterai au milieu des enfants D'isRÀtx* et je serai leur Dieu, est-il dit encbref au V. 45
368 LA LOI CÉttÉMONIBLLB
du chap. XXIX deTExode; et le Seigneur ajoute, V. 46 : £( ils sauront que je suis VElemd leur Dieu y qui les ai tirés du pays éC Egypte pour habiter au milieu d'eux (1).
Voilà le sens symbolique du tabernacle ; voici son sens typique. Voilà ce qu'il enseignait dans le passé; voici ce' qu'il préGgurait dans Tavenir. Le tabernacle qui symboliquement était l'expression visible des rapports spirituels de Dieu avec Israël, et d'Israël avec Dieu, annonçait typiquement ces relations bien plus intimes, que le Seigneur devait former en Christ avec l'Eglise de la nouvelle alliance ; il préfigurait l'apparition de Christ sur la terre et son habitation au milieu des hommes. Ce second point vue est aussi facile à établir que le premier ; le type que nous proposons est aussi scripturaire que le s^bole que nous venons d'exposer ; le second sert de base au premier, et tous deux ont pour fondement la Parole divine. Ainsi, au chap. I, v. 14 de l'Evangile selon saint Jean, nous lisons ces paroles , qui font incon* testablement allusion à ce rapport typique entre l'Incarnation de Christ et la manifestation de Dieu dans le tabernacle : c La Parole est devenue chair et elle a habité (proprement elle a dressé sa tente ou son tabernacle)
(i) Pour d'autreg preuves, voy. Chrittologie du D' Hbngstbn- B8RG, 3* part., p* 207; <i^ part., p. 447 et 76.
j^ parmi mus. » Le mot grec {eskinôsm)^ qae nos ver* sioDS oDt rendu par elle a habité^ n'est employé que quatre fois dans le Nouveau-Testament , et tottjoui*s pour exprimer l'habitation de Dieu dans le taberna* cle. Ces passages sont Âpoc. VII, 15; XII, 12; XIII, 6 ; XXI, 5. C'est dans le même sens que saint Paul a dit (Col. II, 9) c en lu» HABITE corporeUemerU toule laplëni'iude de la diviniié. »
Christ demeure dans l'Eglise de la nouvelle alliance et dans chacun de ses membres , comme Jéhovah habitait autrefois dans le tabernacle d'Israël. Voilà pourquoi il a promis à ses disciples d'être avec EUX jusqu'à la fin du monde (Mat th. XXVIII, 20). Voilà pourquoi l'Eglise est appelée la maison du Dieu vivant (1 Tim. III, 15).Voilà pourquoi les fidèles eux-mêmes sout figurément nommés le temple de Dieu (2 Cor. VI, 16, etEph. II, 21, 22 ; comp. 1 Cor. V, 19 ; III, 9. Eph. III, 17), suivant la promesse (Lév. XXVI,11, 12) :je mellrai mon tabernacle au milieu de vous ^ je marcherai au MILIEU DE vous, eije serai votre Dieu et vous serez monpeuple. Voilà pourquoi, au ch. XXI, v. 3/le l'Apocalypse, nous lisons ces paroles remarquables : Voici le tabernacle DE Dieu avec les hommes, et il y habitera avec eux ; ils seront son peuple et Dieu sera lui-même leur Dieu el il sera avec eux. Voilà pourquoi enfin Jésus a prononcé ces mots, qui sont inintelligibles si Ton n'admet pas une analogie essentielle entre le temple de Jérusalem, l'apparition de Christ en chair et l'Eglise du NoU'^
S70 LA LOI CÉRiMONtBLLB
veau-Testament : Abattez ce temple, ei dans irùi$ jaun je le relèverai (Jean II, 19)*
Quoique le tabernacle formât un tout harmonique, il était divisé cependant en deux compartiments indispensables. Lie lieu très-saint était la place occupée par Dieu , le lieu saint celle réservée au peuple. Mais s'il s'était approché souvent du lieu qui servait d'habitation à TEtemel, le peuple, au degré de culture morale qu'il possédait, aurait peu à peu perdu le respect pour les choses saintes ; et, d'un autre côté, le temps n'était pas encore venu pour lui d'avoir commerce direct et immédiat avec le Seigneur. De la la nécessité pour lui d'avoir des prêtres ou des médiateurs, qui tinssent sa place, et qui , en son nom , s'approchassent de Dieu dans le lieu très-saint. De là par conséquent aussi la nécessité d'un lieu réel où le peuple pût demeurer , à côté du lieu idéal où il lui était interdit d'entrer. Le troisième compartiment était le parvis , qui n'était autre chose qu'une vaste cour entourant le tabernacle. Ainsi, d'après l'idée qui sert de base au tabernacle, Jéhovah, qui manifeste sa présence dans le saint des saints , ne se révèle à son peuple que par^ le moyen des sacrificateurs ; et le peuple, h son tour, ne s'approche de Dieu dans le sanctuaire que par l'oi^ane de ses représentants , qui entrent pour lui dans le lieu saint. Les ustensiles que renfermait le saint des saints figuraient les rapports de Dieu avec le peuple, ceux qui se trouvaient dans le lieu saint
et le partis expriniaient les rapports du peuple avec Dieu : là étaient les ustensiles dont les prêtres se servaient comme mandataires du peuple, ici ceux qui supposaient ou permettaient de la part du peuple hii-^mème une certaine activité.
Après ces réflexions générales sur la nature et le but du tabernacle, nous passons à Texamen et à l'explication de ses ustensiles en particulier.
Commençons par reconnaître qu'il nous est {impossible de voir aucune allégorie, ni dans les matériaux qui ont servi à la construction du tabernacle, ni <lans les couleurs et les métaux qui y ont été employés. Ainsi le bois de $iuim ou d'occocta, dont on fit souvent usage pour cet objet, n*est pas, ne saurait être à nos yeux, ainsi que le prétend le docteur Baehr, le symbole de la vie; on y eut recours simplement parce qu'on l'avait sous la main et qu'il était presque le seul qu'il fât possible de trouver dans le désert. Ainsi encore nous ne pouvons croire que les quatre couleurs qui ont été destinées à l'ornement du tabîernacle, l'hyacinthe ou le bleu , le pourpre ou l'écarlate, le cramoisi ou le rouge tirant sur le rose, et le blanc, soient, suivant le même docteur, le symbole des perfections divines ; elles furent choisies , selon nous, parce qu'elles sont les plus éclatantes et que, sous ce rapport, elles pouvaient le mieux embellir le sanctuaire du saint des saints et lui donner un éclat assorti à sa grande destination. Il en fut de
372 LA LOI GBRÉMOMELLE
même pour les métaux : Ton prit les plus précieux et les plus riches, parce qu'ils étaient les plus dignes de la demeure du Roi de gloire.
L'unique meuble du saint des saints était Tarcbe ; mais Tarche se composait de plusieurs parties et renfermait divers objets. L'arche proprement dite était une espèce de coffre, qui n'avait en soi aucune signification, et dont la seule importance consistait dans son contenu. Elle était destinée à renfermer les tables de la loi, ou le témoignage (hèdouth). Ce témoignage n'était pas seulement en général la manifestation de la sainte volonté de Dieu ; mais il était surtout, ainsi que nous l'avons déjà insinué (1), une protestation du saint des saints contre le péché de l'homme. Qu'on lise seulement la déclaration suivante, et l'on s'en convaincra : c Prenez ce livre de la loi et meUez4e à côté de V arche de Valliance de V Eternel votre Dieu^ et il sera là pour témoin contre toi; car je connais la réhdlian et ton cou roide (Deutér.XXXI, 26, 27). La loi, en effet, manifeste le péché de l'homme, révèle la justice de Dieu et dénonce la condamnation aux pécheurs (Rom. m, 20; IV, 15; V, 20. GaK III, 10, 19, 22). An-dessus de l'arche était un couvercle ( kapporeih ) , qui n'était pas seulement destiné à servir à l'arche de couverture matérielle, mais encore et surtout à
figurer l'expiation. Aussi saint Paul Tappelle-t-il (Rom< m, 23 et Hébr, IX, 5) le propitiatoire {ilastêrion)^ parce que c'était là que se consommait la réconciliation du peuple avec Dieu, le grand jour des expiations (Lévit. XVI, 14). En elfet, de même que le propitiatoire couvrait matériellement les tables de la loi, renfermées dans Tarche, de même la miséricorde divine, figurée par le couvercle de Tarche, couvre spirituellement les péchés de l'homme manifestés par la loi (1). Il y avait donc dans l'arche le double symbole de la grâce et de la loi , de la miséricorde et de la justice, de la réconciliation et du péché ; mais de la loi glorifiée par la grâce, mais de la justice accomplie par la miséricorde , mais du péché eflacé par la réconciliation. La loi tout entière était couverte par le propitiatoire pour montrer que là où le péché de V homme a abondé , la grâce de Dieu a surabondé par dessus (Rom. V, 20).
Aux deux extrémités du couvercle de l'arche ou de la kapporethy étaient placés les deux chérubins (2), espèces de figures emblématiques composées de quatre créatures, le taureau, le lion, l'aigle et l'homme. Le taureau, chez les anciens, était l'emblème de la vertu
(1) Le Terbe kaphar, d'où kapporelh, la couverture ou le propitiatoire, signifie proprement couvrir, effacer, expier le p^ché (Voy. Bjbbb, p. 381 et suiv. Exode XXV, 16 et suiv ; XXVI , 34. Ltvir. XVI, 43.
(2) Ez6€BiBL 1, 5, 13, 15, 19 et9uiv; X, 17. Apoc. IV, 6-9.
314 LA LOI CiEÉMONlBLLE
génératrice ou productive ; le lion, eelui de la force et de la majesté; l'aigle, celui de la pénétration et de Fëlévation de la pensée ; rbomme, celui de la puissance de rintelligence. Les chérubins étaient donc des créatures idéales, réunissant en elles-mêmes toutes les forces vitales de l'univers, représentant la création dans ses plus puissantes manifestations, et ei^primant tout à la fois les attributs glorieux de la force créatrice, de la majesté, de la toute^résence, de la toute-science et de la sagesse de Dieu. C'est pom* cela qu'ils sont appelés les vivants par excellence; à ce titre aussi ils entouraient continuellement le trône de Dieu; et c'est au milieu d'eux surtout que Jébovah siégeait et se révélait sur le propitiatoire.Le Dieu d'Israël est le Dieu de l'univers, le Tout-Puissant; il a tout créé et tout lui rend hommage ; les plus parfaites des créatures ne sont qu'un reflet de sa divine majesté ; tout ce qu'il y a de plus excellent dans les êtres sortis de ses mains, l'ensemble des forces créatrices, lui rend hon^mage et lui sert de trône. Voilà pourquoi aussi la face des chérubins devait être inclinée sur le propitiatoire et adorer la mystérieuse alliance de l'amour et de la sainteté , de la miséricorde et de la justice symbolisée par l'arche. Ce sont là, dit saint Pierre,
des mystères dans lesquels les anges désir enl de voirjtu^ qu*au fond (1 Pierre 1,12).
Grâce, sainteté, toute^'puissance , majesté, sont
donc les attributs divins que devait révéler, comme
BT LE TABBRUACLB. 376
symbole ei comme type, Tarche placée dans le saint des saints.
Dn lien très*saint, nous passons au lieu saint. Les ustensiles de ce second compartiment du tabernacle étaient de trois sortes : le chandelier placé tout près du saint des saints ; la table des pains de proposi* tiou, à l'entrée du tabernacle ; et l'autel des parfums, entre deux.
Ici nops n'ayons plus , comme dans le lieu trèssamt , des symboles qui représentent ce que Dieu est par rapport à l'homme, mais ce que l'homme doit être par rapport à Dieu ; non plus ce que Jéhovah faisait pour Israël , mais ce qu'Israël devait faire pour JéhoTah.
Le chandelier avec ses sept lampes , l'huile qu'elles renfermaient et la lumière qu'elles projetaient, étaient destinés à représenter iîEglise, qui n'a de vie qu'au* tant que l'Esprit de Dieu, toujours figuré dans l'Ecriture sous l'image de l'huile, l'anime et la remplit, et qui, par la vertu de cet esprit, a reçu mission de faire luire devant tous la lumière de ses bonnes œuvres (Matth. V, 14 et 16. Luc XII,35. Phtl. U, 15. Apoc. I, 20, comp. avec Exode XXV, 57 ). Le nombre sept est celui du serment et par conséquent de l'alliance. L'or dont était Êiit le chandelier marquait la magnificence de l'Eglise de Dieu ; les fleurs et les fruits qui en étaient l'ornement, exprimaient sa prospérité crpîssanteet toujours renouvelée.
376 LA LOI CÂBÉMONIELLB
L'autel des parfums offrait Timage de la prière. Le peuple de Talliance , en effet , est un peuple de sacrificateurs, qui offre continuellement à Dieu le sacrifice de la prière et de l'action de grâce, et ses prières montent vers lui et lui sont agréables comme le plus doux des parfums. (Voy. Apoc. V, 8, et VIII, 3, 5, comp. avec Lévit. XVI, 13, et Ps. CXLI, 2).
L'explication du symbole de la table des pains de proposition n'est pas aussi facile à donner ; les opinions sont très-partagées sur sa signification véritable. On ne doute pas que le pain de la face dont il est parlé Exode XXV, 30, ne signifie le pain eûcposé dewmt Dieu, présenté à V Eternel j^^v le peuple (comp. Lév. XXIV, 8.) On ne doute pas non plus que le nombre de douze, qui était le nombre des pains offerts, ne correspondit à celui des douze tribus du peuple d'Israël . Mais le point sur lequel il y a div^ergence d'opinions, c'est sur le sens du symbole de l'offrande du pain et du vin qu'Israël devait continuellement présenter à l'Eternel. Selon les uns, les pains de propositions auraient été un sacrifice perpétuel d'action de grâce offert à Dieu en reconnaissance du pain quotidien qu'il dispense tous les jours à ses créatures pour le soutien de leur existence; ils étaient destinés à rappeler à Israël que l'Etemel est la source unique et l'auteur suprême de tous les biens. Selon d'autres, ils auraient été appelés pains de la face, parce que les sacrificateurs, qui seuls avaient le droit d'en manger, voyaient la face
BT LB TABERNACLE. S77
de Dieu , se réjouissaient en sa présence, et recevaient de lui la nourriture spirituelle et céleste dont il est le dispensateur. Dans ce sens, les pains de proposition devraient être considérés comme un symbole de Christ qui est le vrai pain de vie. Si Ton en croit le docteur Hengstenbei^ , les pains et le vin de la table de proposition figuraient la nourriture spirituelle non pas que Dieu distribue à l'Eglise, mais que l'Eglise offre à son roi. Cette nourriture spirituelle, la seule qui lui soit agréable, est celle des bonnes œuvres, que l'Eglise a pour vocation de présenter continuellement à Dieu , et à l'accomplissement desquelles son devoir l'appelle à s'appliquer tous les jours. De ces trois interprétations, la première et la dernière nous paraissent seules admissibles ; et si nous devions nous prononcer, nous nous déciderions pour la première. Les samfices journaliers, consistant en fruits, gâteaux et autres produits de la terre, ne rendaient point superflue cette oblation ; car celleci élait permanente et représentait les dons de l'Eglise en corps, tandis que ceux-là étaient individudê et n'étaient offerts qn' occasionnellemeni. L'onction , l'esprit de prière, la reconnaissance, sont donc trois traits saillants du caractère de l'Eglise, que mettaient en évidence les ustensiles du lieu saint.
En sortant du lieu saint, nous trouvons la cour ou le parvis avec ses deux ustensiles, la cuve d'airain et l'autel des sacrifices. Le Seigneur a pris soin lui-
378 LA LOI CiAÉHONIBLLE
Blême d'iiidiquer l'usage de cette cuve (Exode XXX, 19, 20), l(Mrsqu'iI a dit : c Aaron et ses fils y layeront > leurs maios et leurs pieds; quauH ils entreront au » tabernacle d'ass^natioD, ils se layatmt d'eau afin p qu'ils ne meurent pas quand ils approcheront de » r^uitel pour faire le service, afita de faire fumer » l'olTrande &ite par feu à rEtemél. » Ainsi les pieds et les mains devaient être lavés dans la cuve d'airain : les pieds parce qu'ils entraient dans le sanctuaire, les mains parce qu'elles touchaient aux choses sacrées. C'était donc là le symbole de la pureté intérieure et extérieure, spirituelle et morale du cœur et de la vie, dont doivent être revêtus tous les membres de l'Eglise en général , et les serviteurs de Dieu en parliçqlîer(JeanXlII,8).
L'autel des holocaustes était moins ioq^ortant en soi qu'à cause des sacrifices qui y étaient ofTertSé De ces sacrifices, les uns étaient sanglsudts (<Atataï), les autres non sanglants (proipforai , i&m). Il y avait des hcdocatistes, des sacrifices d'action de grâce ou de prospérité, des sacrifices d'expiation et des sacrifices pour le péché. L'idée qui leur est commune à toos et qui leur sert de base est celle d'expiation. Le sacrifice a pour but de rapprocher l'homme de Dieu ou de le réconcilier avec lui (hikrA). Le tacrifice s'aqpqiette à cause de cela faw&on, c'est-à-dire, ce qui rapproche de Dieu , ce qui unit à lui. Les sacrificateurs ou les prêtres sont par cela même appelés médiateurs {cokéi ) ,
£T LB TABBftNACLB. 310
parce qm leurs fnelîoiis ont pour objet de mettre le peuple en contact , en conuminion avec le Seigneur. Dans l'offrande, ce ctu'il y a d'ûmportam , c'est moins la vk^ioie en soi on l'acte par lequel on l'égorge, que son sang qui coule, qui se répand, et au moyen duquel se (ait l'expiation. Toute personne pouvait ^joi^er la victime ; le prêtre seul avait le droit de toucher au sang (i). S<m intervenlion principale dans le sacrifice commençait après la mort de la victime et consistait surtout dans l'aspersion du sang. La raison de cette pratique se trouve indiquée dans Lév» XYU^ 1 1 , on l'on peut dire qu'est exposé le grand principe de la théorie du sacrifice selon la loi de Moïse. Voici les termes mêmes de ce remarquable passage , dont tous les mots doivent être pe* ses : <Garr&me de la dmir est dans le sang; hussi » vous ai-je cu*douné qu'il soit mis sur Tautel pour » faire propitiation pour vos âmes , car c'est le sang > qui fait propitiation pour Tàme. » C'est dans le même sens que saint Paul a dit : c Qne sans efiu- B sion de sang il ne se fait pas de rémission des pé- » chés P (Hébr. IX, 32). Il résulte de l'examen attentif de ces déclarations les conséquences suivantes : l"* que ce qu'il y a d'essentiel dans le sacrifice, c'est noti la mort de la victime, mais son sang ; 2^ que
(1) LÉvn. I, 5, il ; m, â, s, iS; IV, 15, 24, S».
380 LA LOT CÉRÉUONIELLB
dans le sang gtt la vertu propitiatoire ou expiatoire du sacrifice ; 3"* que ce qui donne au sang cette vertu, c'est non sa substance matérielle, mais le principe de vie qui est censé y résider et auquel iLsert de véhicule ; 4^ que la réconciliation s'opère de la part de Dieu, et non de la part de l'homme ; 5^ que l'acte qui expie le péché et réconcilie le pécheur, consiste dans une vie réputée innocente, sacrifiée pour une vie coupable, dans une âme donnée pour une autre àme^ dans un être qui est immolé pour un autre être ; 6^ enfin , que le sang de la victime répandu sur l'autel met le pécheur qui l'offre en rapport avec Dieu, et que Dieu opère en lui, parla communication de ses grâces , la sanctification de sa vie. Si Ton compare la doctrine exposée dans l'épitre de l'apôtre saint Paul aux Hébreux avec la théorie que nous venons d'éta* blir, on verra qu'elles s'accordent parfaitement.
Les sacrifices juifs témoignaient donc de ces deux faits, que l'homme est pécheur, et qu'il a besoin de réconciliation : voilà pour le symbole ; et ils préfiguraient en même temps la grande , innocente et pure victime^ qui a donné sa vie pour racheter les vies perdues de ses créatures coupables et malheureuses ; voilà le type.
En relisant ces lignes, nous ne pouvons nous dissimuler que nous n'avons guère fait autre chose qu'effleurer la matière. Mais notre excuse se trouve dans le but même que nous nous souunes proposé.
Nous n'avions ni un commentaire à faire, ni un ouvrage à composer sur la symbolique du culte mosaïque, mais simplement quelques considérations générales à prés(mter sur le but de la loi cérémonielle et sur la signification du tabernacle. Un travail de la nature de celui dont nous venons de parler reste encore à faire ; et si quelqu'un voulait Tentreprendre, il rendrait un immense service à notre littérature théologique, qui ne possède point encore d'ouvrage solide et complet sur ce sujet. Les sources où Ton pourrait puiser pour écrire un livre pareil sont nombreuses et abondantes. Sans parler d'anciens écrits, l'Allemagne moderne fournirait de précieux documents. Qu'on nous permette, en terminant , d'indiquer ici quelques-uns des principaux ouvrages que l'on peut consulter avec fruit, et où il reste encore de riches mines à explorer et à exploiter :
Symbolik des moMiischen CuUu$ von Karl Christian AVilhelm Félix B^eHR, doct. der théolog. Erster Band. 1837. Zweyter Band. 1839.
Symbolik der mosaischm Stiftshùlie. Von Ferdinand Friedrich. Leipsig. 1841.
Die angehliche jEusserlichkeii der Ge$elzgd>ung ; und Bas CerefMmialgeseiz , von E. W. Hengstenberg , in den Beitraegen; Zweyter Band. 1839. Berlin, p. 594-652.
Dos Ceremonialgesetz des A. T.von F. G. Lisco, doct. derTh. Berlin. 1842.
«182 LA LOI CÉRÂMONÎBLLB BT LB TABBENACLB.
Une exceUente revue de& deux premiers écrits a paru dans le premiw cahier de Tannée 1843 du journal intitulé : Thêoiogische Séudien und Kritihen ^ publié par les docteurs Ullh ann et Umbreit, de Tuniversité d'Heidelberg.
mim mm partkuuirs bis lois h mise (i).
I. JLa loi du talion (2). Ce n'est point ici une loi morale » loais une loi civile et juridique. Elle ne r^le point les rapports de rhomme avec Thoimne , mais ceux du citoyen à l'égard du citoyen. Dans la vie pri- Tée, rendre offense pour offense, mal pour ma}, ce serait dxireté, ce serait barbarie. Devant le juge, en présence d'un tribunal, il n'en est pas de même; ce n'est plus alors le particulier qui tire vengeance et qui punit, mais c'est la loi qui , prenant en main sa
(1) Nous réunissons sous ce titre quelques articles ou trop courts ou trop peu importants pou» former chacun un cblipifre à part. Quoique différents l'un de l'autre, ils n'en ont pas moins ce trait commun, qu'ils font partie de la législation mosaïque.
(3) EtODE XXI, !^S$. LiETli. XX1¥., 19, 20 Biirr. XJX, 21.
cause, frappe Toffenseur. Toutefois, il faut convenir que la loi du talion trahit une époque de civilisation reculée et de mœurs grossières. Le peuple d'Israël sortait à peine de la barbarie. L'usage du talion, antérieur à Moïse, se trouve chez presque tous les peuples anciens. Il faisait partie de la législation donnée par Solon aux Athéniens. On le lit dans les lois des douze tables. Les Instituts de Justinien paiement en font mention (Liv. IV, c. 4, §7). Moïse n'a pu l'éviter ; l'état moral des Hébreux le rendait nécessaire; il leur en a fait l'application, mais en l'adoucissant, en le restreignant et en en réglant l'exécution. Considérée en soi , la loi du talion présente de graves inconvénients; les deux principaux sont, d'une part, que, ne tenant aucun compte des intentions, elle n'apprécie le mal que dans ses effets; de l'autre, qu'elle est peu propre à produire la douceur et la mansuétude. Mais lorsque, ne l'envisageant plus en elle-même , on l'étudié d'une manière relative à regard du peuple auquel elle avait été donnée, il faut convenir qu'elle pouvait avoir pour résultat de comprimer les passions et de prévenir les excès ; de donner satisfaction à l'offensé et de réduire au silence l'offenseur ; dans tous les cas , elle proclame hautement le double principe de l'inflexibilité de la justice divine et de la parfaite égalit4des hommes devant la loi. Michaëlis a traité au long cette grande question de droit juridique ; nous y renvoyons ceux de nos
DBS LOIS DE MOÏS£. 38S
lecteurs qui désireraient sur ce point de plus amples détails (1).
II. Offraiibe élevée et tovrnoyée. Ces expressions se rencontrent fréquemment dans le livre de l'Exode, dans celui du Lévitique et dans les Nombres (2). Il est assez difficile de déterminer la signification propre de chacune d'elles et leur différence exacte. Il nous manque pour cela des notions précises sur le rituel des sacrifices. Tout ce qu'on peut savoir à cet égard est conjectural et se déduit de la comparaison des sacrifices juifs avec ceux de l'antiquité païenne.
L'offrande élevée (leroumah) était probablement celle, qu'avant de déposer à terre ou sur l'autel , le prêtre élevait et tenait un moment suspendue en l'air , en signe de consécration. L'offrande ioumayée^ ou mieux encore agitée en différents sens {tenauphah)^ était celle que le sacrificateur, en étendant la main, agitait à droite et à gauche, en haut et en bas , pour marquer qu'elle était donnée, sacrifiée et complètement aban« donnée à Dieu (3).