VI. La lèpre BBS HAISOIIS ET ]>BS VÊTEMENTS. Il ne
vi^it à la pensée de personne de s*ëtonner des sages et rninntieuses précautions prises contre la lèpre humaine par le législateur des Hébreux. cUne maladie
> Udeuse et cruelle , comme on Ta dit , particulière ^ à TEgypte (2), et où successivement et par degrés
> la peau , semée de taclies rouges et noires , se dur** B cit , se ride et se crevasse avec d'insupporl^les j» démangeaisons; où le nez s'enfle, les oreilles s'épais*
> sissent, le visage se déforme, la bouche exhale une 3 odeur infecte; où de plus les jointures des pieds et
> des mains tuméfiées se couvrent d'2d>cès et d'ul-
> cères incurables, les ligaments se détruisent et les M membres tombent les uns après les autres, jusqu'à
(i) Esprit de ia législ. motaîq., 1. 1, p. 329-332.
(2) Taciti {HUi. V, 3), et après lui MANiTHOV, prélre égyptien, oot prétendu, sans aucun fondement, que les Hébreux avaient importé avec eux la lèpre en Egypte, et même qu'ils n'ayaient été chassés de ce pays que parce qu'ils Favaient communiquée aux indigènes. Trois considérations suffisent pour détruire cette assertion : 1* L'Egypte est, au dire de tous les auteurs et voyageurs anciens et modernes, la patrie de la lèpre, qui y est endémique, par reflet dn climat et de la nourriture. ^ Jusqu'à son arrivée en ^ëlV^f ^ famille d'Abrabam ne la connaissait pas et en avait ton* jours été préservée. 3*» Aujourd'hui encore on retrouve en Egypte la lèpre décrite par Moïse ; dans tous les cas, le départ des Israélites n'aurait pu guérir un peuple qui en était infecté, puisque pour s'en débarrasser, ce peuple aurait dû partir lui-même (Etprii de la ié^. mosaïq^, t. il. p. 3i9<-322).
396 QUELQUES VOUITS PAETIGUUERS
ji ce que le tronc, n'offrant plus que le dernier d^pré
> de la corruption humaine, le mourant termine dans » les souffrances des jours passés dans la stupeur ou » dans Fangoisse ; une maladie enfin d'autant plus » redoutable qu'on peut longtemps la cacher, et que,
> se communiquant secrètement par la fréquentatic»! » des personnes saines avec les malades , elle passe
> du père au fils, jusqu'à la troisième et (Quatrième » génération ; un mal de cette nature ne pouvait
> manquer d'attirer l'attention de Moïse et de le p(M> » ter à prendre les plus sûrs moyens pour en arrêter » la contagion (1). » Aussi personne ne songe-t-il à s'élonner de la loi contre la lèpre corporelle.
Mais que faut-il entendre par la lèpre des maisons et par celle des vêtements ?
Et d'abord pour parler de la première , n'est-elle, comme quelques-uns l'ont prétendu, que l'exhalaison des miasmes de la lèpre humaine qui, s'attachant aux murs des maisons et s'y étendant, risque d'y devenir fatale à la santé de leurs habitants en même
temps que ruineuse pour les édifices eux-mêmes ? Ou bien se compose-l-elle , ainsi que d'autres l'ont soutenu , d'une multitude de petits vers imperceptibles qui passent des chairs des lépreux qu'ils rongent et dont ils se nourrissent, aux murs des maisons qu'ils
(1) LeUres de quelques Juifê^ oie., 1. 111, lettre V, S ^*
DBS LOIS M MOÏSB. 89Ï
endomiDagent et finissent par miner (1)? On bien enfin faut-il croire , avec le savant Michaëlis , que les taches rougeàtres et verdâtres dont parle Moïse ne sont autre chose que le salpêtre commun dans nos contrées (2)? De même aussi , pour ce qui regarde la lèpre des vêtements, doit-on se ranger à Topinion de ceux qui pensent qu'elle se composait des miasmes ou des vers de la lèpre humaine pénétrant dans une étofle quelconque et risquant d'en rendre Tusage contagieux ? Ou bien faut-il croire avec Michaëlis (3) qu'elle tenait à un vice de certaines étoffes , dont la trame avait été faite avec de mauvaises laines, et où la chaleur du corps ne tardait pas à faire éclore des vers 7 Toutes ces suppositions sont possibles ; mais il est assez difficile de se décider pour Tune ou pour l'autre d'entre elles. Nous serions assez tentés de nous ranger sur ce point à l'opinion de M. Cellérier fils, dont nous nous plaisons à citer ici les paroles : « Ce » ne sont encore que des hypothèses plus ou moins » probables et il nous faudrait des faits. Ceux-ci ne » pourront guère être découverts que dans l'archéo- » logie de l'Egypte , et dans son histoire naturelle. » Peut-être de plus heureuses recherches les feront- >elles rencontrer, mais, dans tous les cas, les dispo-
(i) Don Calmst, Dieu de la BibU^ à l'art. Lèpre.
(2)J|tf(M:llecAl,IV,T.S2il.
(3) Ibid.
898 QCELQOBS POINTS PARTIGCLIBBS
» sUkfBS de Moïse sur cettesîngcilîère lèpre des Tète- » ments et des étoffes ne deyront jamais être jugées » i8(dément. On ne pourra les comprendre et les ex- » cliquer <|u'à l'aide des institutions relatives à la l^re M véritable, et en général à la pureté légale. Il y a sans » doute qudque probabilité que la solution du proji blême se lie à certains faitsnaturels; que le mal eom- 9 battu par Moïse était le résultat d'un développement > pemideux d'insectes ou de végétaux microscopi- » ques, ou d'ime fermentation putride. Mais il est sur- B tout à croire que le principal motif de ces singulières 9 lois secondaires était d'affermir la loi principale, de 9 l'entourer toujours plus des idées de souillure lé- » gale , et de lui faire comme un rempart de crainte » religieuse et de précautions assidues » (1).
VIL DiFBffSE DE NE POINT ACCOUPLER BE BÊTES BE DI- VERSES ESPACES, BE NE POINT ENSEMENCER BE CHAMP AVfiC PLUSIEURS SORTES BE GRAINES, ET BE NE POINT PORTER BE
VÊTEMENTS b'vn TISSU MÊLE. Ce triple précopto , dont la premi^e partie concerne l'agriculture, la seconde le soin des bestiaux, la troisième la manière de se vêtir, se lit au chap. XIX du Lévit. v. 19. Les interprétations mystiques qui en ont été données sont innombrables. Nous les épargnerons à nos lecteurs , car nous leur supposons trop de bon sens pour croire
(i) EipHi d$ la léfgUl. moidff .» t. U, Dote N, p. 323, 32i.
MS LeiS DB M0Ï9C. S99
qu*il soit nécessaire de leur prouver que, si Hoise avait Youlu défendre k ses compatriotes de contracter des alliances avec les idolâtres, ou leur a]^rendre qu'ils devaient pwter les fruits purs et sans mélange de la justice, il n'aurait pas eu besoin de reeourir à des symboles de cette nature, mais qu'il leur aurait clairement exposé la vérité sur ce sujet. A notre avis, ces lois ont un sens prochidn, Kttéral, qui avait pour but le perfecti(Hmement de l'économie rwaie ou la formation d'habitudes de simplicité chez les Hébreux. M(Hse ne veut pas que l'on accouple des mimaux de diverses e^èces, parce que c'est troubler ou intervertir l'ordre de la nature, et que les bétes qui sont le fruit de ce croisement des races ne se propagent pas à leur tour. Il interdit en outre de semer dans un même champ des graines de différentes setrtes , d'abord parce que les plantes ainsi mêlées se nuisit presque toujours les unes aux autres ; ensuite, parce qu'elles épuisent inutilement la terre; après cela, parce qu'il devinât très-diiScile de purger de l'ivraie un champ ensemencé de cette sorte ; enfin , parce que cette recommandation obligeait l'agricnUeur à choisir soigneusement ses semences avant la saison des semailles; car, s'il négligeait de le iaire, la récolte mêlée qui en était le fruit était confisquée au profit des sacrificateurs (1). Enfin il avait défendu
(i) DsirrÉR. XXll, 9; comp. Matth. XIII, 2i-30.
400 QCBLQOBS POINTS PARTICULIERS
qiie les simples Israélites portassent des habits de lin et de laine, soit si nous en croyons Joseph, parce que ces sortes de vêtements étaient le privilège exclusif et la marque distinctive des sacrificateurs ; ou bien à cause de leur grand prix, qui les rendait peu propres à être portés par des hommes d'une fortune médiocre ; ou bien enfin parce que ces vêtements-là étaient en général ornés de différentes broderies d'animaux et de plantes représentant le culte sjoèbolique des divinités égyptiennes. Sur ce point , Michaêlis confesse sa parfaite ignorance et déclare qu'il ne comprend pas le but de celte dernière loi (1). Voilà sur les trois articles en question des interprétaticms qui nous paraissent claires , simples et naturelles. Le lecteur peut choisir entre elles ou suspendre son jugement. Mais, quelque opinion qu'on adopte sur la troisième partie du précepte en particulier (car le but des deux premières parties est plus évi« dent), il faut convenir que, quand ces lois n'auraient ^ qu'un sens propre et littéral', il aurait valu la peine de les donner aux Hébreux, et qu'il n'était point superflu d'intervenir dans la direction de leur agriculture, dans l'administration de leur économie rurale et dans leurs habitudes domestiques. Nous retrouvons ici ces vues bienveillantes, paternelles et
(1) J|foi:il«fAl,IV, T,S2âO.
DES LOIS DB MOÏSE. iOl
toutes pleines de tendresse et de prévoyance, que nous avons eu déjà Toccasion d'admirer dans d'autres parties de la législation mosaïque*
Maintenant, Tavouerons-nous avant de terminer? Malgré notre profonde répugnance naturelle pour le système des allégories , il nous est bien difficile de ne pas admettre que, tout en voulant procurer aux * Hébreux les avantages temporels dont nous avons parlé, Moïse n'ait eu en vue que ce résultat prochain et matériel. Le rapprochement de ces trois règles, leur juxta-position, leur relation étroite semble indiquer un but plus élevé, une intention religieuse, une direction morale. Tout en atteignant par la promulgation de chacun de ces préceptes un premier but utile, important, le législateur aurait visé , en les réunissant à dessein, à un résultat incomparablement plus noble et plus précieux. Et ce but aurait été de rappeler aux Hébreux, qu'en leur qualité de serviteurs de l'Eternel, d'enfants du Dieu qui aime l'ordre et qui est le type de la suprême harmonie, ils de- ^ vaient s'abstenir de tout ce qui trouble cet ordre, de tout ce qui détruit celte divine harmenîe. Ainsi, l'attelage d'un bœuf et d'un âne sous un même joug, blesse le coup-d'œil, contredit les premiers principes de la symétrie et devient fatal au plus faible des deux animaux ainsi appareillés (1); donc les Hé-
(i) Dbut. XXII, 40.
brcux devront y renoncer. Ainsi Faccouplement d*un cheval et d'un &ne n'est pas conseillé , il est mèaie interdit par la nature ; il en bouleverse les lois et donne naissance à un être qui est une sorte d'ano* malie dans la création ; Israël devra s'abstenir d\ avoir recours. Ainsi un champ, semé de diverses graines, ofireà Tœil un pèle -mêle, une bigarrure, une confusion qui, en même temps qn'ils offusquent le regard, sont singulièrement nuisibles aux résultats agricoles que Ton veut obtenir; les fils d'Abraham s'interdiront ces sortes de manges. Ainsi enfin, un habit tissu de divers fils ou de diverses couleurs annonce des prétentions, une recherche de soimême, des goûts de luxe qui sont incompatibles avec la simplicité de cœur et de vie que rstemel exige de ses enfants ; ceux-ci ne devront donc point en porter.
Il nous parait que dans cette manière de considérer la triple loi que nous venons d'étudier, il n'y a , aucune application de la méthode mystique ou du système des allégories; mais de la signification propre, nous nous élevons par d^és et sans efforts à une signification symbolique et morale d'une haute valeur. Sans admettre que la loi doit signifier tout ce qu'il est possible qu'elle signifie, rien ne nous empêche de croire que ces divers résultats ne fussent dsns l'intention du législateur. C'est faire preuve , selon nous, d'un génie sublime et d'une sagesse rare, que
D£S LOIS DE HOISB. 403
de réaliser plusieurs buts par un seul moyen (1).
La loi de Moïse, ainsi que nous l'avons montré ailleurs, a un sens propre toujours, un sens symbolique souvent, un sens typique quelquefois. Dans les passages que nous venons d'examiner, le sens propre et le sens symbolique Bpu9 parassent seuls admissibles.
Dans une dissertation spéciale sur la matière, le docte Bochart nous parait avoir admirablement réuni deux des sens que nous venons d'indiquer, le sens littéral et le sens spirituel, le sens prochain et le sens éloigné (2). Nous y renvoyons nos lecteurs.
(i) Comparez ce que nous avons dit plus haut du triple but do la loi sur la distinction des animaux purs et impurs, p. 389 et sui v., et les principes posés au cbap. XXIV sur Tesprit et lo but de la Ici céréroonj(^l!ë« Sur LÈviT. XIX, i9. Voy. MlçoAlîti^, ifof. RfchL IV, % 218, 220. Leitres de quelques Juifs, etc., t/lll, lettre ni, S 6. UoSBif MUIXER, Sehoiia in iocO'.
(2) Cur animalia helerogenea eofutate per legem Morii non lieuetH (Hieroxoïamt cap. 22).