LE VEAU D'OR
■XODB XXXII.
Il y a dans Fhistoire du veau d'or cinq choses, qui sont de nature à exciter la surprise :
La première, que les Israélites aient pu concevoir la pensée de se faire une pareille image et de l'adorer ;
La seconde, qu'Aaron , leur futur grand-prêtre, le frère de Moïse, ait donné les mains à une œuvre aussi absurde et aussi criminelle ;
La troisième, qu'ils aient trouvé assez d'or pour confectionner un objet de cette nature ;
La quatrième, qu'au milieu du désert ils aient pu le jeter en fonte et le travailler ;
LB VBAU d'or. 405
La cinquième enfin , que Moïse ait découvert le moyen de le réduire en poudre et d'en faire boire Teau au peuple.
Quelques courtes réflexions suffiront pour lever ces difficultés, qui sont plus apparentes que réelles.
Et d'abord que les Israélites aient pu avoir Tidée de se faire un veau d'or, c'est ce qui ne doit pas trop étonner. Ils étaient nés, ils avaient été élevés en Egypte, la patrie des cultes idolâtres ; ils avaient vu dans ce pays les tristes pompes et les scandaleuses magnificences du paganisme ; ils s'étaient accoutumés à ces représentations vaines qui parlent aux sens, sans satisfaire le cœur ni l'esprit ; ils avaient plus d'une fois été les spectateurs des fêtes splendides que Ton célébrait en l'honneur d'Osiris , adoré sous l'image du bœuf Âpis (1). D'un autre côté, pendant leur séjour de deux cent quinze années dans la terre de l'esclavage, ils avaient reçu peu ou point de révélations de Jéhovah ; ils avaient vécu misérables, opprimés ; ils avaient pris les goûts et les habitudes de leurs maîtres ; ils n'étaient guère le peuple de Dieu que par élection et par profession ; mais, quant aux sentiments et à la vie, entre eux et les Egyptiens,
(1) RocHAiT, HieroMikùn^ P. 1, 1. n. Selon quelques interprètes, le veau d'or fondu dans le désert n'aurait point été un bœuf ApU^ mais un Anuhit^ divinité égyptienne, moi^é hommei moitié béte, avec un corps humain et une tête de cbien*
kOa LB VEAU D*OR.
qU'Bs venaîeiit de quitter, la différence n'ébat pas considérable. Il est yrai, les fléaui de Dieu sur renipire de Pharaon avaient dû les instruire ; le passage miraculeux de la mer Ronge était de nature à leur ouvrir les yeux ; la manière imposante dont ia loi leur avait été donnée au sommet de Sinaï, était bien propre à les frapper ; et tous les miracles dont depuîs lors ils avaient été les témoins et les objets, ne pouvaient pas ne pas les avoir rappelés k la pensée du Dieu de leurs pères. Hais ils étaient par nature légers, grossiers, charnels ; ils avaient reçu de toutes ces scènes grandes et imposantes des impressions vives ; mais ces impressicms s'étaient bientôt ^bcées, comme le prouve toute leur histoire. Ajoutez à cela que , depuis plus d'un mois, Hoise avait disparu (v. 1) ; ils ne savaient où il était resté , ils se croyaient abandonnés de lui , ils se vopicnt déjà seuls au milieu du désert, sans guide et sans législateur. Alors leurs souvenirs de l'Egypte leur reviennent à la mémoire ; la force de l'exemple reprend son empire sur ces âmes grossières, et, se regardant comme livrés à eux-mêmes, ils demandent un Dieu visible, sous les traits duquel ils puissent contempler le Dieu invisible qui lésa délivrés de l'Egypte (1).
(I) due les Israélites n'aient pas eu la pensée d'adorer le bœuf Àpïs sous l'image do veau d'or, mais plutôt qu'ils aient touIu rendre à ce simulacre les hommages qu'ils croyaieni dus à leur
LB VBAU D*UR. 407
Mais comment Aaron, le frère de Moïse» son représentant, son substitut, a-t-il pu, en son absence, concourir à un acte aussi criminel ? Aaron, à ce qu'il parait, était faible de caractère ; dès qu'il n'a plus Moïse à ses côtés, il est indécis et manque de fermeté. Les murmures du peuple l'intimident ; il craint les fureurs d'une multitude emportée. Nul doute qu'il n'ait essayé de calmer les Hébreux, de les ramener an devoir, de leur faire entendre la voix de la raison. Hais quand il s'aperçoit qu'il n'est pas écouté et que la passion l'emporte, alors il cède et commet une grave, une odieuse prévarication. Mais que ses regrets ont été amers et sa repentance touchante ! Il confesse sa faute» et avec tout le peuple il obtient miséricorde. Qui sait d'ailleurs tous les combats qu'il a eu à livrer et la violence qu'il s'est faite à lui-même, avant que de condescendre k une proposition qu'il aurait dû repousser! Que celui qui se sent à l'abri de toute faiblesse de ce genre jette le premier la pierre contre Ittil
On demande ensuite où les Israélites ont pu prendre tout l'or nécessaire pour faire un veau d'or. Vous re|)résonteé-vous que ce veau était de grandeur naturelle ? Rien ne le dit. Vous Jmaginez-vous qu'il était
libérateur, c'est ce qui àeinble résulter du cri qu'ils pdusseht â la vue du veau d'or : 0 Israël, voilà les dieux qui i'ùnt rèlité d'Egypte; et de la parole d'Aaron : Ce sera demain la iolennilé de Jéhovàh,