U VEAU D*OR
d'or massif? C'est une siippositi<m grataite. Les meilleurs commentatem*s sont d'accord que .le verset 4, très-difficile à expliquer, ne signifie autre chose, sinon que Âaron, après avoir fait sculpter un modèle en bois, le fit recouvrir de lames d'or fondues au feu (1). Mais quand le veau fabriqué aurait été de grandeur naturelle, quand il aurait élé d'or massif, pense-t-on que les Israélites eussent été embarrassés de trouver les matériaux nécessaires pour le fondre? Qu'on se rappelle seulement qu'ils étaient au nombre de près de trois millions d'âmes ; qu'il y avait par conséquent parmi eux au moins cent cinquante mille fenunes ou filles, qui portaient des pendants d'oreilles ; qu'en sortant d'Egypte ils avaient emporté avec eux un nombre considérable de yases d'or et d'argent et d'autres objets précieux (2) ; que, quand il fut question du tabernacle, non-seulement ils procurèrent de suite à Moïse tous les matériaux indispensables pour cette construction, mais que l'on fut obligé même de mettre des bornes à leur générosité (3) ; et que plus tard encore , même après ces libéralités excessives , les chefs de famille furent en état de faire à l'Etemel des offrandes très-considéra-
(i) Voir RaSEHMULLER, Schoiia in Exodum^ 1. c.
(2) ExoDB XII, 35, 36.
(5) Ibid. XXXV, 20-29, et XXXVI, 5, 6,7.
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bles (1). Assorëment un peuple qui se trouve dans de pareilles circonstances , n'est pas un peuple pauvre, et il ne doit pas lui en coûter beaucoup de recueillir assez de pièces de bijouterie ou d'orfèvrerie pour la* briquer un veau d'or.
Que si après cela quelque lecteur trouvait étrange qu'Âaron ait pu se procurer des ouvriers assez habiles pour fondre et sculpter la statue d'un veau , nous le renverrions à ce que Moïse rapporte de l'habileté consommée de Betsaléel et de Aoliab, les constructeurs du tabernacle (2). Mais ces hommes-là , à quelle école s'étaient-ils donc formés dans la prati* que de leur art? Quels maîtres avaient-ils pu avoir? L'école oii ils avaient étudié, c'est l'Egypte ; les maîtres qu'ils avaient eus, ce sont les Egyptiens, qm', dès l'antiquité la plus reculée, et surtout sous le règne de la dynastie contemporaine du séjour des enfants d'Israël en Egypte, avaient poussé aussi loin, plus loin que les Grecs, les sciences et les arts. Témoin ces statues , ces obélisques , ces pyramides , ces hiéroglyphes, ces momies avec les préparations chimiques que supposait l'art de les embaumer, et . tous ces trésors de luxe que des fouilles récentes ont fait découvrir dans ce pays. Or, pendant deux cent
(i)NOllBRBSVII.
(2) EXOOB XXV-XXXI.
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(julne ans qoeles Israélites ont séjotiitié en Egypte, àrépoqne la plus brill^te de cet empire (1)^ est-il incroyable que quelques-tans d'entre eux se soient adonnés à la culture des arts et aux procédés de l'industrie, quand Moïse lui-même, leur chef et leur législateur^ avait Hé tiuiruii, nous dit l'Ecriture , dam ioûle la fcience dt$ EgypUehi (2) ?
Mais le veau d'or fut plu6 tard brûlé et réduit en poudre par Moïse. Comment cela a-^t-il pu se foire, demande-t-on , puisque l'or n'est pas susceptible d*étre réduit en poudre? Voici la réponse qu'on peut faire : De deux choses l'une : ou le veau n'était pas d'or massif, c'était un simple veau de bois recouvert de lames d'or , comme nous l'avons dit plus haut ^ et alors rien n'a été plus facile que de le bràler au feu et d'en ikire boire ies cendres aux coupables Israélites; ou bien il était d'or plus ou moins épais, et la chimie possède, assuro-t'On, plus d'un moyen de dissoudre l'or et de le rendre potable (3). Or, qui niera que
(f ] Chaupollion [le Jeune) a reconnu que l'époque où là science et les arts ont été le plus cultivés en Egyt)te s'est écoulée sous la dynastie diospolitaine (la xviii* de Manéthon), qui est précisément celle qui fut contemporaine du séjour oti Egypte des enfants d'Israël. Ils y vinrent en effet, pour le plus tard, sous son sixième roi et en sortirent sous Ramsès V (Précis du $ytU hiéroglyp,, p. 292). Grbppo, Eisai sur le tytt. hUroglyp.^ p. 242.
(2) Actes VII, 22.
(3} Voici quelques-uns des moyens que l'oit emploie pour cela. On obtient la dissolution de l'or pa# vcTie sèeho ot par
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Messe, d'aillears si instratt dans les sciences de son temps, ou qîieiqiiehomnie du peuple (amiliansë avec
Yole humide. L'un des procédés suivis pour dissoudre l'or par la première de ces toîcs, admis par tous les chimistes et décrit par M. Berzélius dans son traité de chimie, consiste : A verser dans un niQtras deui parties diacide bydrochlorique et une partie d'acide azoii/que, et â plonger dans le produit ainsi ohtcnu de l'or à l'état solide. La présence de ce métal dans le liquide détermine aussitôt un dégagement d'oxyde d'azote. Tant que Tor n'est pas entièrement entré en combinaison ou que l'un des acides n'est pas décomposé, la réaction continue à s'effecluer. Son résultat est la formation de chlorure d'or ou la liquéfaction du métal.
Selon M. Orfila, 8 parties d'acide bydrochlorique à âS^" de concentration, et 2 parties d'acide azotique à M" ajoutés l'un à l'autre peuvent dissoudre, à l'aide d'une légère chaleur, 1 partie 9il0 d'or. Il se dégage pendant l'opération du gaz bioxyde d'azotQ, et il so forme du pe^clilorure d*or (OariLA, Traité de Chimie, v. Il, p. 273).
D'après le même chimiste, le chlore dissout dans l'eau provoque la dissolution de l'or, pourvu que l'or soit assez divisé.
IL Dumas professe encore que le chlore, soit A l'état liquide, soit à l'état gazeux, et les hydrosuifates suirgrés ou les polysul* ftires, peuvent dissoudre l'or. M. Dumas observe qu'avec ce dernier ordre de corps il se (orme un sulfure double d'or et de l'alcali.
Pour dissoudre l'or par voie sèche, il suffît de le placer dans une capsule soumise à une forte chaleur; lorsque colle-ci s'élèvera à H- 32» du pyromètre de Wegdwood , les molécules d'or so sépareront et le métal passera de l'état solide A l'état liquide.
Aux procédés ci-dessus mentionnés, nous joindrons quelques indications plus anciennes que nous avons trouvées dans les lettres du spirituel antagoniste de Voltaire ; l'incrédulité railleuse de ce dernier s'était fort égayée, comme on sait, au sujet de la fonte du veau d'or; on hii a répondu : Pour rendre l'or potable, il surfit d^ |H«ndre 3 parties de sel de tartre et 2 pafties de soliÂre, que Yot fait fbndre dans un creuset. On y met une partie d'or, qui s'y dissout parfaitement. La matière qui est produite par cette fusion, étant jetée dans l'eau, rend celle-ci rouge et chargée d'or et lui donne un goût désagréable approchant du magistre de soufre.
Un autre procédé pour calciner i'or consiste dans l'emploi du na^
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les procédés de la chimie égyptienne, n*ait pu , san^ trop de difBcultéy obtenir un pareil résultat?
L'or rendu potable au moyen du soufre ou du natron est détestable au goût. En réduisant en poudre le veau d'or, et en en faisant boire aux Hébreux les cendres déti*empées dans de Teau, Moïse aurait donc atteint un double but : celui d'anéantir jusqu'aux der* nières traces de l'idolâtrie d'Israël, et celui de rendre odieux et détestable à ses compatriotes le culte abominable auquel ils avaient eu la folie de se livrer. Les fêtes idolâtres célébrées à la suite des solennités païennes , se terminaient ordinairement par des fes« tins splendides , ou ni les viandes succulentes ni les vins délicats n'étaient épargnés. Quelle condamna-tion et en même temps quelle amère dérision de l'idolâtrie, que cette libation désagréable à laquelle Moïse obligeait le peuple, et par laquelle il lui faisait clore la fête en l'honneur du veau d'or (1) !
iron^ matière connue en Orient. Plasiean auteurs, tels que Diodore de Sicile et Agatarchides, nous apprennent que, dès les temps les plus anciens, les Egyptiens ont été très-habiles dans Fart de fondre, do purifler et de travailler les métaux {LeUre$ de quelqua Jmf$, 1. 1, p. 80).
(i) Voir les considérations frappantes et pleines d'esprit renf<^mées dans la LHtrg V, et dans le S* Extrait du PeiU Commentaire des Lettrée de quelquee Jwife. à M. de Voltaire, p. 77 et soiv., et 968 et suiv.
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