LA TOUR DE BABEL
les hommes de Babel , pour les forcer à s*éloigner, pour les répandre à TOrient et à l'Occident, au septentrion et au midi, ne suffisait-il pas d'une querelle survenue entre eux? Et que d'occasions pareilles ne devaient pas se présenter d'elles-mêmes au milieu d'une société que l'ambition et la vaine gloire semblaient presque uniquement diriger ! Un différend né au sujet de la construction de la tour monstrueuse, des vues divergentes sur sa destinaticm, des préten* tions de chef ou de parti quant à la direction générale de l'œuvre , il y avait assez , pensions-nous , de l'une ou l'autre de ces causes pour diviser des hommes passionnés et fiers, et pour les obliger à s'isoler. Le premier effet de la séparation devait être,. selon nous, d'altérer la langue primitive, et de la partager en différents dialectes. Nous nous disions, en effet, qu'une langue qui n'est pas écrite, et qui, pauvre d'ailleurs, n'est pas astreinte à des règles fixes, devait se modifier plus vite qu'une langue à qui sa Ut* téralure donne une forme régulière et qu'elle préserve de l'abâtardissement. Nous ajoutions à ces considérations l'influence exercée sur l'esprit et sur le langage par un climat et des objets nouveaux , par l'orgueil national , par le besoin de se distinguer et par d'autres causes encore ; et il nous semblait, par toutes ces raisons, que , pour comprendre le fait de la confusion des langues , il n'était pas nécessaire d'admettre d'autre miracle que celui de l'interven-