‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 70 sur 77 · LE BOUC HAZAZEL · texte numérisé non relu

LE BOUC HAZAZEL

Il signifie le bouc envoyé ^ ou mieux renwyé^ ehasié (hez, azal). En admettant cette interprétation. Ton traduirait le passage comme suit : c Mais le bouc sur lequel A sera tombé le sort pour être hazazel , c'est-à-dire, n pour devenir le boue émissaire ou bannie sera présenté

> vivant devant l'Eternel pour faire propitiation sur

> lui, et on l'enverra au désert en qualité de bouc con-- » gédié. m Remarquons à ce sujet que ftez, en hébreu , ne signifie jamais boue^ mais toujours cA^e, et que la préposition que l'on a rendue dans nos versions par pour peut difficilement être traduite par comme ou en qualité de.

c. Bochart a proposé, de cette difficile question, une solution différente qui a été adoptée par Ro'senmuller (1) et par d'autres commentateurs. H a fait dériver le mot Hazazel d'une racine arabe qui signifie séparer, écarter, et l'a traduit par lieu écarté^ solitude (2), D'après cette hypothèse, le sens de notre verset serait : < Mais le bouc sur lequel sera tombé » le sort pour les lieux écartés, sera présenté vivant

> devant l'Eternel pour faire propitiation sur lui, et

> on l'enverra au désert, dans des lieux solitaires. »

d. Pour nous rapprocher des modernes, Ewald (3) a pensé que Hazazel était une personnification du

(i) Scholia in toco.

(2) Ed grec, ÀnachMêeù; en latin, receuus,

(3) Kteine Gramm., SSS 333.

LB BOVC HAZAZBL. Ail

péché et qu'il signifiait proprement, ce qui est mis à part, ce dont on doit se garder, ce qui est impur et souillé. La racine hébraïque (ftazal) (1) donne bien pour premier sens : il a éloigné, il a écarté ; et au passif, il a été renvoyé, séparé, banni. Donc, en suivant la grammaire, et en ne consultant que la langue, cette explication pourrait être soutenue ; mais , si on l'applique au contexte des versets 10 et 26, elle semble inadmissible. Car, dans quel sens pourrait-on dire que le bouc était envoyé à Hazazel, c'est-à-dire au péché 1 Que serait-ce qu'un bouc envoyé au péché?

e. Tholuck (2) , dont la pensée a été approuvée et défendue par Bsehr (3), explique Hazazel par la même racine que Ewald, et le traduit ainsi : pour l'entier enlèvement ou pour le complet éloignement. Notre passage reviendrait alors pour le sens aux termes suivants : c Mais le bouc sur lequel sera tombé le » sort, pour être complètement éloigné, sera présenté vi- M vaut devant l'Eternel, pour faire propitiation sur lui, » et on l'enverra au désert pour être entièrement écarté, i^

f. Enfin et pour ne pas prolonger cet exposé des diverses interprétations du mot Bazazel , Gesenius, et après lui Hengstenberg l'ont pris pour un nom ap-

(1) D'où Ha%aul pour Hasalexel, suivant les formes du redoublement delà seconde et troisième radicales.

(2) BeU. xum BrUf an die Hebr., S. 80.

(3) SymMa, etc., p. 668.

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pellatif du Démon ou de Satan (1). II y a toutefois entre ces deux théologiens cette différence que Gesenius a vu dans notre texte une acccmmiodation aux idées païennes et une sorte de sacrifice superstitieux fait au mauvais esprit (2), tandis que Hengstenberg le considère du point de vue chrétien, et y trouve le symbole de la victoire de FEglise sur Satan son ennemi, dont elle se raille et dont elle triomphe devant Dieu, dans un sentiment d& joie produit par Tassurance du pardon de ses péchés, expiés et effacés par le sang du Rédempteur. Le docteur Hengstenberg traduirait donc le verset 10 du chapitre 16 du Lévitique par ces mots : < Mais le beac 1 sur lequel sera tombé le sort pour Satan sera pré- M sente vivant devant TEtemel pour (hire propitta- » tion pour lui, et on Fenverra au désert pour M Satan, m

Les raisons qu'avance le professeur de Berlin, pour soutenir son opinion qu'Hazazel est une personne et non pas une chose, nous ont paru assez concluantes. Les voici en abrégé : 1 "" Cette expression , pour Hazazel,

(1) De la racine Haxal^ proprement : l'être séparé, banni, qui doit être retranché de la société humaine, et qui mérite do n'avoir d'autre habitation que les plus Jifl^euses solitudes.

(2) Cette opinion avait déjà été émise anciennement par des Rabbins, tels que Mbnbchqm {in Levitieum), et Eliezer [in Capi^ tuUs), qui ont vu dans Hazazel Tun des quatre chers des démons, qui sont, disent-ils : Sammaôl , Azazel, Azael et Machazéel. —

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(lahazazel), est opposée à cette autre pour Jefaovah (lajovah) ; or, si JefaoTah est une personne, il faut de toute nécessité que Hazazel soit aussi un individu ; sans cela le parallélisme serait incomplet. 2^ Si Bazazel n'est pas Satan, on ne Terrait pas pourvoi t'on tire an sort entre les deux boucs, et pôwfquoi c*est Dieu et non pas le souverain sacrificateur qlii doit décider la question de savoir lequel des deux doit être sacrifié, et lequel des deu^ doit être envoyé ant désert. 3^ L'étymologte du itiot Hazazel, qw ne se rencontre qu'une fois dans TEcritore, n'a de ^s« tesse qu^autant que Ton [urend ce mot comme qualificatif de Satan. Dans toutes les autres hypothèses on est obligé de se demander, pourquoi ce mot a dû être créé tout exprès pour cette circonstance partkutière et unique. 4^ Le chapitre III du prophète Zacha^rie présente un ccHumentaire frappant du iait raconté dans le chapitre XVI du Lévitique. Or, dans Zacharie comme dans Moise, il y a trois personnages en scène : Le Seigneur, Satan et le grsmd Sacrificateur. 5^ Les passages parallèles du Nouveau-Testament, aussi bien que de l'Ancien (Matth. XII, 43 ; Luc VIII, 27, et Apoc. XVIII, 2), semblent indiquer, ainsi que le feit le Lévitique, que Satan choisit de préférence

Aux yeux de Gesbuics, fiazazel est une sorte d*amuletie vivante , une espèce de porte-bonheur ou d'éloigne-malheur {akxikakos^ avêrruneui).

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pour sa demeure les lieux déserts, arides, désolés. 6^ Enfin, il y a une analogie frappante entre la cérémonie décrite dans le chapitre que nous interprétons, et un rite égyptien, antique et profondément symbolique. Chez les Egyptiens Typhon est le génie du mal; son habitation est dans les déserts affreux de la Lybie, ou sur les rivages incultes de la mer ; dans cer^ tains temps on Thonore par des sacrifices ; mais dans d'autres on Finsulte, on lui jette de la boue, et pour se moquer de lui, on précipite un àne du haut des rochers (1).

Mais cette interprétation, qui, au point de vue de la langue et de la critique, semble préférable à toute autre, a soulevé contre elle de grandes objections (2). Voici la principale : Si Hazazel est Satan , comment comprendre qu'il soit présenté par Moïse comme Tégai et presque le rival de Dieu ; qu'il y ait un sort pour lui comme il y a un sort pour l'Etemel ; et surtout qu'on' lui offre le même sacrifice qu'au Seigneur? Etablir un pareil dualisme, consacrer le culte de Satan, n'est-ce pas renverser les bases de la re-

(1^ Voy. Crbotzer, Mythologie, I» p. 317, 269, 322. Hêrodotb, II, 144. 56, 3, 5. Plctarqub, de IHde et Oriride, p. 362 et 380.

(2) On a au88i opposé au docteur Hbnostbnbbrg que la Toi à l'existence du Diable n'apparatt dans l'histoire des Juifs qu'après leur retour de l'exil, et qu'il est impossible de la trouver dans le Pentateuquc. Il s'est tiré de cette difficulté en citant le livre de Job, composé probablement à une époque voisine de celle du Peutateuque, et où l'existence de Satan est formellement enseignée.

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