‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 74 sur 77 · LA VACHB ROI7SS · texte numérisé non relu

LA VACHB ROI7SS

par sa cendre eo quelque sorte miàée au sang pnlvértsé, et en cela elle âésignail la vertu expiatoire en sang de Christ qm bobs purifie de tout péchë » (1). C'est ainsi encore que la personne qui ooadmsait le bouc au désert, et le prêtre qui avait brftlë le jeune taureau, se trouvaient impurs, et Paient obligés de laver leurs vêtements et leur corps , parce que les souiNures en peuple étaient censées avoir passé dans ces animaux et leur être adhérentes, tandis, d'un autre c6té, que Texpiation faite par ce moyen pro* cuiaîfe au peuple le pardon et devenait prar lui la cause de sa purification.

ft*^ Paini. Dans ce cas particulier et uniqfiie, le souverain sacrificateur ne devait pas toucher à la victime parce qpi'eUe était souillée à Fexcès. La sainteté de sa personne, la £gnité de son caractère eussent été atteintes et ternies par ce contact. Son fils aine étaitchargé de .ce rôle , et encore ne remplissait-il ici que les fonctions qui ne pouvaient être commises à d'autres que les prêti*es ; le reste de la cérémonie était confié auxmainsde personnes qui n'avaient pas le caractère sacerdotale C'est que la victime représentant la souillure et dans son sexe et dans sa couleur , et comme vadie et comme rouge, était un symbole t»at

(i) Dub. vex., p. â90. Voy. aussi Dbyling, Oha. SS. 3, p. 78. Spbhgbr, p. 503.

LA VACHB ROUSSB. 4M

fipëcial de la laideur et de la malédictioD du péché. Aussi ses cendres devaient-elles être placées hors du camp, et souillaient-elle»celoi qui avait été chargé de les y transporter.

L'IITIRILUTION DIS UNAIilENS PAR LIS ISRAIUHS.

DauriftOMOMB m, 6; vn, 9.

i/Eux choses, il faul en convenir, sont propres à exciter la surprise, quand on lit le récit des guerres entreprises par les Israélites contre les Cananéens. On se demande d'abord de quel droit les Hébreux, peuple élu, peuple de Dieu, et par conséquent plus qu'aucun autre obligé à Tobservation des lois de la justice, sont allés attaquer, exproprier, expulser des nations pacifiques, qui ne leur avaient fait aucun tort, et contre lesquelles ils ne pouvaient articuler aucun grief sérieux. On se demande ensuite, à supposer que leur entreprise fftt justifiable et fondée en droit, pourquoi, usant d'une rigueur excessive envers ces

BXTBRHTNATION DCS CAN ANKB19S t»AR LES ISRAELITES. 433

peuples, ils les ont taillés en pièces et exterminés, eax qui se disaient les favoris d'un Dieu qui veut la mansuétude, le pardon des injures et la miséricorde. Ce double fait n'a pas seulement frappé les incrédules et provoqué les objetions et les sarcasmes d'un Voltaire et de son école, mais il étonne encore au« jourd'hui plus d'un fidèle, qui a peine à s'expliquer, de la part des descendants d'Abraham , tant de du-reté et d'inhumanité. Car, qu'en s'emparant de la terre promise, les Hébreux se fussent livrés à des actes de barbarie envers ses habitants, ce n'est pas ce qui aurait lieu de scandaliser un homme qui connaît tant soit peu la nature humaine , et qui a réfléchi sur les écueils terribles de la guerre ; mais que Dieu lui-même ait ordonné cette sévérité, qu'il ait commandé ces rigueurs, qu'il ait fait un devoir à son peuple d'être inexorable, c'est là ce qui ne se comprend pas au premier moment, et ce qui exige qu'on réclaircisse.

Ck)mmençons par faire une distinction importante. Tous les peuples du pays de Canaan ne devaient pas être traités par les Israélites avec la même dureté. La loi de Moïse établit une grande', une énorme différence entre les Cananéens proprement dits ou Phéniciens (1), et les autres peuples de la Palestine. Avec

(1) Hs se composaient de sept tribus principales : les Héthiens,

434 BXTBnMINATION DBS CANANÉBNS

les premiers, les Hébreux ne devaient entrer dans aucune espèce d'alliance ; il leur était interdit de leur offrir aucune capitulation, de leur accorder aucun quartier, soit avant ; soit après le combat. Ayant de les attaquer, il n'était pas question de leur demander s'ils voulaient ou s'ils ne voulaient pas se rendre. U s'agissait moins dé les soumettre que de les anéantir. La race en devait être exterminée de dessus la face de la terre ; à l'épée , et à l'épée seule , était remis le soin d'en feire justice prompte et complète. Il fallait, en un mot, procéder, à leur égard, comme on le iait envers des brigands, avec qui l'on n'a à observer aucune loi ni aucune convenance. Les ordres de Dieu sont positifs sur ce point. Qu'on lise seulement les passages suivants , et l'on s'en convaincni : Exode XXIII, 31.33; XXXIV, 12, 13. Nombres XXXUI, 52, 53, 55. Deutéronome Vn, 1-5; XX, 16-18. Ces déclarations renferment deux choses : le commandement, et la raison du commandement. Le commandement , c'est qu'Israël fera périr sans miséricorde tous les Cananéens sans exception ; le motif ou la raison du commandement, c'est que si, usant d'une fatale indulgence envers eux , il les laissait subsister, ceux-ci deviendraient infailliblement un pi^e, et un

les Guirgasiens, les Âmorrhéens, les Cananéens proprement dits, les Phérésiens, les Héviens et les Jébusiens.

PAB LES ISRAÉLITES. 433

tUPl piège terrible, pour sfis mœurs et pour ^ secij^cité.

Il u*eii devait pas. être 4e ivème à Tégard dç% autres peuplades établies en Palestine (!)• Envers elles, les Hétureux pouvaient se montrer moi^ rigides. En arr rivant au pied des remparts de leurs villeside guerre, avant même d'en former le siège et d'en commievicer Fassaut, les Israélites devaient les sommer de se rendre. Si les ennenûs se remettaient à discrétion sans coup férûr, on leur laissait la vie sauve, et Ton se contentait de leur i^iposcr un tribut. Mais s'ils se défeqi^daienJt, et que la ville dût être emportée de ylve forcç^ tous les hommes pris les s^rmes 9^ la main çtaien^t passés av, fil de Tépée ; les fe^imes, les en£ants e$i les vieillards étaient réduits en servitude et devenaient la, proie du vainqueur. Le droit d.e guerre des Hébreux envers ceux de li^urs ennemis qui n'étaiçnj^ pas d'origine cananéenne, se trouve exposé au long dans, le chapitre XX^ du Deutéronome. Nous y. renvoyons nos lecteurs, qui y liront, outre les principes que no\is venons de résumer, des détails du plus haut ' intérêt.

Avs^it d'aller p^is loin et d'indiquer les causes de la ligne dje démarcation profonde que la loi de Moïse tii^it eptreles tribus cananéennes et les autres tribi^ s

(1) Telles que les Madianites, les Moabites, les Ammonites, les AnmlécUfis, àc. . . i

436 EXTERMINATION DBS CANANÉENS

de la Palestine , faisons deux remarques essentielles qu'il est indispensable de placer ici. La première, c'est qu'en traitant les Cananéens avec la dernière rigueur» les Hébreux ne faisaient que leur appliquer les règles que ceux-ci suivaient envers leurs ennemis. Qui n'a entendu parler de la cruauté inouïe des Carthaginois à l'égard de leurs* prisonniers ? Or, les Carthaginois étaient d'origine phénicienne» et avaient importé avec eux en Afrique les lois et les mœurs de leur mère-patrie ; ce que faisaient les fils, les pères l'avaient pratiqué de même. Ce qu'étaient les Carthaginois, les Phéniciens ou Cananéens l'étaient aussi: barbares, inhumains, sans bonne foi, sans miséricorde, ne se bornant pas à violer tous les traités, à se jouer des règles de la vérité et de la justice, à mettre à mort tous leurs captifs, mais prenant encore un plaisir féroce à les faire périr dans les derniers des supplices, et à épuiser dans l'invention et l'exécution de nouvelles tortures toutes les ressources d'une imagination atrocement féconde. Les Romains euxmêmes, qui n'étaient rien moins que compatissants envers leurs prisonniers; les Romains, qui, après avoir fait servir les vaincus à l'éclat de leurs triomphes, les égorgeaient avec un odieux sang-froid ; les Romains, qui , dans le sac d'une ville, ne se contentaient pas de faire passer au fil de l'épée les soldats défenseurs de la place, mais qui frappaient encore de la hache , après les avoir horriblement battus de

PAA LES ISBAÉLITBS. 43T

veines (1), les citoyens et même les magistrats , les Romains, dis-je, ces compatriotes du vertueux mais malheureux Régulus, n'avaient pas trouvé d'autre expression que celle de bomte foi punique pour peindre d'un seul firait la perfidie et les mœurs sanguinaires des colons cananéens de Carthage. Or, en agissant envers les Phéniciens leurs ancêtres ainsi que nous l'avons dit plus haut, les Israélites ne faisaient autre chose que leur rendre le mal pour le mal ; ils les punissaient par où ils avaient péché ; ils usaient du droit de la nature, ils se conformaient aux lois de la guerre admises à cette époque* Il faut bien prendre garde de confondre et les temps et les pays. Celui qui voudrait juger des mœurs de la Palestine aux jours de Moïse et de Josué par les mœurs du XIX^ siècle, et du droit militaire des Hébreux par celui des nations modernes , ne commettrait pas seulement un énorme anachronisme, il se rendrait coupable encore d'une criante injustice ; car qui pourrait raisonnablement exiger des Hébreux j se trouvant , il y a quatre mille ans, en guerre avec le plus sanguinaire des peuples, une modération et une douceur que nos armées même , dans un siècle de lumières et sous des lois incomparablement plus pacifiques, sont loin de toujours faire paraître? Que l'on examine avec quelque

(1) C'est co que Tite>Live appelle lacerare corpora tdrgis, déchirer le corpa à coups de verges.

hSS BXTBRinNATIOA 0B9 CAIf J^iléBNS

éttentioh ce qui se pasi»e aujourd'hui sur différents ipôints dtt globe, et ce (ju*exécuteût des armées envoyées par des gouvèrlieineÀts entretiens, et xpxe Vikt nous dise si nous avons le droit d^èlre sévères dans hôs jûgëmeAts sur tes Hébreux (1).

Une autre obiservation qu'il est nécessaire de faire âVànt de rechercher lés raisons des lois niilitaires des Hébreux , c'est que la sévérité qui leur sert de base ne se trouve nullement dans l'esprit général de leur législation. Quoi de plus doux et de plus pacifique en etfet que le caractère que la loi mosaïque tendait à former; que l'esprit qu'elle avait pour but d'inspirer? Elle proscrit les sentiments de haine et de vengeance (2), et ordonne l'oubli et le pardon des injures (3) ; elle inculque le resjîect pour la vieilleisse (4) , les ^ards pour les sourds et les aveugles ^) ; elle demande qu'on use de support , de patience et de désiutéreisSement envers les débiteurs, et que Vtuti adoucisse par tous les moyens possibles la conditioa des esclaves (6) ; elle veut que l'on soit compatissant et bienfaisant à l'égard des pauvres, des veuves, des orphelins et des étrangers (7) ; que l'on hiittge les

(1) Voir MiCHABLis, MaaUchei Kechi^ SS ^*^-

(2) LéviT. XK, 17, iS.

(3) Ibid.

(4) Ibid. 32.

(5) Ibid., 14. Dbut. XXVU, 18.

(6) Dbut. XV, 1-9; )CÎ, 9, 10.

(7) LfcviT. XXV, 36, EXODB XXII, 21,22, âl. Dbdt. XXIV, 17-19.

PAR LBS ISRAÉLITES. 1^30

pelbes infligées aux coupaMes (1) ; elle va ménie jusqu'à prescrite la douceur envers les animaux (2). Or, comment se &it-il qu'une loi qui, sur tous les points de la morale, respire à un si haut degré Tesprit de bienveillance et de charité , se montre si impitoyable sur Tarticle unique de la guerre ? Comment expliquer qu'une loi qui est constamment occupée de rendre rindividtt bon , compatissant , charitable , ordonne à la nation comme nation le meurtre et le carnage? Comment accorder, en un mot , la morale qui est si pure et si élevée, avec la politique qui est si raide et si intraitable? Il est évident qu'il y a là une contradiction apparente ; mais il n'est pas moins évident que la contradiction peut et doit être levée , car la contradiction dans l'œuvre d'un Dieu est impossible. Il &ut donc qu'il y ait des raisons qui servent à résoudre cette difficulté ; et c'est à l'exposé de ces motifs que nous allons nous appliquer maintenant.

En se présentant à main armée sur les frontières du pays de Canaan, et en demandant à ses habitants de leur eu céder la possession , les Israélites ne faisaient qu'user d'un droit et d'un droit légitime, fondé, incontestable. Ils réclamaient un héritage qui leur

LÈviT. XIX, 9; XXia, 22. Dkut. XVI, 11-U; XXVI, 11-13- Lévit. Xli, 34. Dbut. X, 17-19.

(1) Deut. XXV, 2.

(2) Dbot. XXU, 6, 7 et suiv.

440 EXTERMINATION DBS CANANÉENS

appartenait et que les Cananéens avaient usurpé. Les Cananéens, eii effet, n'étaient pas les maîtres naturels et originaires du pays (1) ; venus selon toute probabilité de ridumée, ils n'avaient d'abord établi et possédé que quelques factories, un petit nombre de villes commerçantes sur les côtes de la Méditerranée ; mais peu à peu ils s'y étaient étendus , et, profitant du séjour des Israélites en Egypte, ils avaient fini par s'emparer des terres qu'avaient occupées jadis Abraham, Isaac et Jacob , et dont personne n'avait en aucun temps contesté à ceux-ci la possession. Il ne faut que lire attentivement l'histoire des voyages d'Abraham eu Canaan et celle de ses successeurs, pour être persuadé qu'il est impossible de supposer que le Pèi*e des croyants n'avait été que toléré en Palestine.Voyez comme il s'y comporte : il plante ses tentes à droite et à gauche, au nord et au midi, sans que personne lui demande compte des libertés qu'il prend; il dispose à son gré du pays; il traite d'égal à égal avec les chefs de la contrée ; il parle et agit en prince et non eu sujet; il a des hommes armés et il fait la guerre. Il creuse des

(1) La remarque que fait l'écrivain sacré, à l'endroit de soji ré-» oit où il nous parle do l'occupation de Sichem et de More par Abra« bam, est frappante et mérite qu'on en pèse la valeur. Let Canornéens, nous dit-il, étaient alon dans ce payi^là. Alors! Donc ils n'j avaient pas toujours été; donc ils ne Taisaient que de s'j établir ; donc ils n'en étaient pas originaires» et dans tous les cas ils n'étaient pas propriétaires dos terres où le Père des croyants vint piauler ses tontes (Michaelis, % 3t).

PAR LES ISaARUTU. . . k^i

puits, élève des autels, fonde un tooibeau de famille, et l^ue à Isaac, qui le transmet à sou tour à Jacob, un pays dont la possession lui est assurée (1); au moment de se séparer de son neveu Loth , il lui parle en ces termes : c Tout le pays n'esM'i pus à la disposition: sépare^ ioifje te prie , d*avee moi. Si tu choisis la gaudie^ je prendrai la droite;et si tuprends la droite Je vCen irai à gauche? (2).^ N'est-ce pas là le langage d'un homme qui se sent sur ses terres et dans ses domaines , qui est certain de n'avoir aucun compétiteur, et qui est intimement convaincu que personne n'osera lui contester une possession inaliénable ? Isaac et Jacob font de même ; ils agissent dans les mêmes sentiments. Aussi , lorsque le second quitte Canaan pour se rendre en Egypte, il ne songe pas à abandonner pour toujour&le pays de ses pères. Un accident imprévu, la nécessité, une terrible famine a pu le déterminer à chercher momentanément à l'étranger des ressources qui lui manquaient chez lui. Mais ne doutant nullement que ses descendants ne retournent en Canaan dès qu'une occasion favorable se présenterait à eux , il fait promettre à Joseph , par serment, de transporter ses os dans la caverne de Macpela près Mamré , promesse que celui-ci tient religieusement et accomplit de la

(1) Jahw. Arehmoloffia BUdiea, p. 403.

(2) Gkivèsk Xill, 9. .

M BXTERMUfATlON DES CANANÉENS

manière laplitë Bdeunelle (t). foBeph, à âOtt tour, iUàpéSe la même ôbligatibU à 6es firères ; il tes fiut jurer qulld ne rensévëliront pcnïit en Egypte; et coufoitÉément à ce vœA ^ son corps est embaumé , mais non enterré , et t^iu prêt pour le moment on ses deseebdants ; allant reprendre possession du pays d'Abraham, dlàaac et de Jacob^ pourïtmt l'eia^rter àTèc eux (2). Et^it^il possible dé témoigner d'une manière plus sigfaifiesitivé et plus ^itive, que l'Egypte n'avait été pour eux qu'un lieu de réfege provisoire; qiiie Canaan était leur vâritabié patrie; qu'ils n'avaient jamais renoncé à l'babiter, et qu'à là première occasion convenable, les Hébreux devaient prendre leurs mesures pour rentrer en poss^sion d'un pays bcëûpé par leurs ancèlrès pendant la durée de 215 ans? Et ted explique peut-être pourquoi ^ aii lieu d'attaquer les Cananéens qui se trouvaient en deçà du lourdain, Mdîse commence par entamer des négociations avec Hog , iroi de Basan, et !Sifaon, roi des Aniorrhéens, et ne s'apprête à les combattre que quand ceux-ci, pour toute réponse , viennent aù-devànt dé lui à main armée et lut offrent là bataille au milieu du désert. Probablement que Moïse ne reconnaissait à Israël àndnu drc^t sur la contrée en deçà du Jourdain, tandis qu'il considérait comme son héritage Sichem, Béthel, Béer-

(1) Genèse XLVII, â9-31 ; L, 7-13.

(2) GBifBSB L, 24-26. EXODB XHI, 19.

FAA 1.8S 19IIABUTBft. 443

séiMt et tout le pays occupe par «es aucètres de tmips immémorial et tombé, en Tabsence des Hébreok, ^u pKHivxnr des Canafiléens (1). S11 en est ainsi, les Hébreux avaient des droits antérieurs à ceux des (DMa* néens sur le territoire occupé pair ceux-cî. Les premiers étaient lés réels propriétaires ; tes ftecbtrds n'étaient que des usurpateurs. Pour les IsràélikeS^ rentrer en Canaan, c'était reprendre possession d'un antique héritage; pour les Cananéens^ le céder c'était le restituer à ses maîtres légitimes. Les teraélites étaient donc dans leur droit , quand, les armes à la mâki , ils venaient réclatner leur légitime propriété ; et comme deux peuples divisés d'Intérêt» de r^if^km et dé mfceurs , ne sauraient subsister sur le même sol, ou les Cananéens devaient y demeurer, et alors les Israélites ne pouvaient s'y établir; ou les Israélites restaient vainqueurs» et alors les Cananéens devaient nécessaiit^ment être expulsés. Si les Cananéens eussent été mieux avisés , ils auraient offert d'eux-mêmes aux Israélites de leur céder, moyennant une indemnité, un pays auquel ils ne pouvaient pas ne pas leur reconnaître des droits ; en préférant tenter le sort des armes , ils ont dû nécessairement en subir les conséquences , et n'ont pu imputer qu'à

(1) MlCHAELlS, S 31> P- ^^» ^^^'

U4 BXTEEMIMATiOM DES CAUJUI&BIIS

eux-mêmes les affreax malheurs qu'ils se sont attirés (1),

•Mais antérieurement à Toccupation de Canaan par Abraham, une promesse divine en avait garanti la possession au père des croyants. Avant le fait , le droit était intervenu, ou plutôt le fait était fondé sur le droit et sur un droit divin solennellement octroyé, positivement concédé , et à réitérées fois assuré et renouvelé. Le Seigneur et maître des cieux et de la terre avait dit à différentes reprises à Abraham : c Je

> donntrai ce pays à ta postérité (2) ; lève tes yeux et » regarde du lieu où tu es, vers le septentrion et le

> midi, vers l'orient et l'occident , car je u donnerai^ et » à ta postérité poUr jamais, tout le pays que tu vois ;

> lève-toi donc et te promène dans le pays en sa Ion- » gueur et en sa largeur, car je te le donnerai (3). J'ai » donné ce pays à ta postérité , depuis le fleuve d'E- M gypte jusqu'au grand fleuve, le fleuve d'Euphrate ; M les Kéniens, les Kénisiens , les Kadmoniens , les

(1) Jahn. Arekœologia Bibliea, p. 403. Le D' Hbngstbnbbrg, /hirod. à VAne. TiftametU, t. Il, p. 471 et suiv.» nie que les Israéiîlcs eussent aucun droite la possession do Canaan, en leur qualité d'héritiers d'Abraham. Il fonde leur droit uniquement sur le don que Dieu leur avait fiiit de ce pays, et sur la justice divinc.qui exigeait que ses coupables habitants fussent punis. L'article du professeur Hbmgstbr BBB6, qui a pour objet l'examen de cette importante question, est intitulé : Die Reehie der ItraMUUn an Palmêiina.

(2) Gbnèsb XII, 7.

(3) Gbbèsb XUI, 14, 15, 17.

PAR LBS tSAAiLlTB$. US

» Héthiens, les Phérésiens, les Réphaims, les Amor* » rhéenSy les Cananéens, les Gnirgasiens et les Jébu* » siens (1). » Les mêmes déclarations avaient été faites tout aussi nettes, tout aussi explicites à Isaac (2) et à Jacob (3) ; or, Dieu n'esl-il pas le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs? Qui fixera des bornes à son pouvoir, et qui assignera des limites à son empire ? Le ciel n'est-il pas son trône et la terre le marcbe-pied de ses pieds ? Ses droits ne précèdentils pas nos droits , et nos lois sur la propriété peuvent-elles s'appliquer à celui qui se nomme et qui est le Souverain ? Ne dispose-t-il pas en maître absolu d'une création qu'il a faite pour sa gloire? Pouvonsnous lui contester un coin de terre , un grain de poussière dans l'immensité de ses domaines ! N'est-ce pas lui qui donne et qui ôte, qui accorde et qui reprend, qui met le sceptre aux mains des rois et qui le retire, qui place la couronne sur leur tète et qui la jette par terre, qui élève et qui abaisse? Nous est-il permis de parler de mien et de tien en présence du suprême Dominateur, à qui toutes choses appartiennent , de toute ancienneté et sans prescription possible? Par conséquent, quand il a donné , et donné par un contrat formel, en vertu d'une alliance ratifiée par un

(1) Gknèsb XV, 18-21.

(2) Ibid. XXVI, 2-4.

(3) Ibid. XXVill, 13, 14.

U6 BXTBRMIRATION DBS ÊAlUlfÊBRS

saiment (1), qui osem acçuseï: d'iajastice m 4"«$arpntion le pei^ qui se présçate, \e» titres de l'Efterneft en vmfky pour réclamer sa propriété? Israël se ^rouvatt dans cette positîoii unique, exceptionnelle. Il çtait nrani d'vn testament, et d'im testament écrit dn doigt même de Dieu et signé de son sceau. Il veiuiit redemander ce qui lui était dû, ce que nç pouTait lui èbre refosé, ce qui devait lui être accordé. II ne pouvait consentir à ne pas foire valoir ses droits; se résigner à ne les pas maintrair, c'était se rendre coupable de prévarication envers la Seigneur et Maiire qui les lui ayait octroyés. En demander laîouissaJMe, au. contraire, c'était raison et justice, en même temps qu'acte de foi et de soumission aux ordres du Très- Haut. Ainsi, quand les Hébreux n'auraient pu foire yaloir leurs droits à la possession de Canaan , en se fpndant sur le séjour qu'y avaient foit Abraham et les siens , il leur aurait suffi des promesses de Dieu pour se croire autorisés à s'en emparer ; en d'autres termes, quand il n'aurait pu être prouvé que ce pays était la prq>riété légitime de leurs ancé;tres, la parole de Dieu qui le leur avait donné, légitimait complètement et à leurs yeux, et k ceux de l'univers, les teata- Uves qu'ils ontfoilies pour s'y établir de nouveau. Hais en s'approcbant des rives du Jourdain , ran-

(i) HÈBR. VI, 13.

MA LB9 ISRAÉLITES. hVt

gés en Qirflr« de baMJtte«le9H^i«isixiiA veo^ieiM PM senlfin^t reyend^per le» droits qu'Us a|vaÎ9Prt an pay» de Ganajan en leur qualité d'hâriliîers et de SjVK>. ce$seur» d'Abraham ; U& a^saiaitcnçwe Qpimiie lea exérateurs des Tdoutés dn Très^Haot , couiiae les ÎQStniiaeiite de la justice ^Krkie. Des peuples idelfttres, Ytcieux* crimiuela, abominables, devaient être châtiés par eux et ehâtîsés d'une manièare terrible « exemplaire. Le Sei^evr s'en était dbiranent expliqué à Abraham. < En la quatrième génération , n lui ayait^il dit, f tes descendants retourneront ici , car » nniquUé des Ajuorrhéens n'est pas encore venue à » son comble (!).> Cette iniqmté devait oro^bre, dér. border et, au moment marqué dans les décrets du ciel, être sévèrement punie. Ce moment était venu , et Israël albit devenir, dana la main du Bien des vengeances, la verge et le glaive qui devaient firapper les coupables, il avidt reçu mission df ruîn^itmles /fs image$^ dt fmt^, de démolir tous les Aatils lieuo} (S) , de foire disparaître umiee les abominations que ces peuples avedeu f ailes à leurs dieux (3), et de déiruire mime, à la façon de Vinteréit (4) des nations qui avaient oonU>lé

la merare de leurs forfaits. Les grandes ridiesses

(1) GKfÈSB XV, 16.

(2) MôvviBS XXXIU, 53.

(S) DmriM. XX, 18.

(4) n>id., 17.

418 BXTBRaiIKATION DBS CANAHÉBN9

des Phéniciens les avaient amollis , leur commerce brillant et étendu les avait corrompus; leurs relations avantageuses avec les peuples de la Méditerranée leur avaient inoculé tous les vices du monde civilisé : ils étaient à la fois voluptueux et cruels, cruels parce qu'ils étaient voluptueux , voluptueux parce qu'ils étaient cruels. Leurs deux divinités principales étaient Moloch et Astarté : Moloch, le Dieu du ciel, le soleil étincelant, qui, sous un climat brûlant, dessèche le sol, flétrit les plantes, dévore les hommes, et qu'ils ne croyaient mieux pouvoir honorer qu'en lui offrant des sacrifices humains et qu'en jetant dans les flammes d'un brasier ardent de malheureux enfants, dont leurs propres parents cherchaient à étouffer les cris au moyen du tambour et du son des instruments (1); Astarté, l'astre delà nuit, la déesse des plaisirs infimes, des voluptés contre nature, à laquelle hommes et femmes immolaient leur pudeur dans des fêtes atroces , où l'excès de la luxure s'alliait à celui de la cruauté (2). Du temps d'Abraham déjà, nous savons à quel point l'une des populations de Canaan avait poussé le cynisme de honteuses passions, et par quel épouvantable châtiment deux cités

(1) LÈvrr. XVIU, 21*27 ; XX, 23, comp. avec les yersets précédents.

(2) Sur Moloch ou Baal, et Astarté ou Astarotb : le premier, le Saturne, la seconde, la Vénus des Latins et des Grecs, voyez ACKBRMANN, Archwoiogia Biblica, p. 455-462.

PAR LES ISRAÉLITES. hh9

fameuses avaient dû être châtiées (1). Mais, aux jours (le Moïse et de Josué, la démoralisation des Cananéens avait dépassé toute mesure ; c'est au point que leur inhumanité et leur barbarie, presque toujours le produit et la conséquence inévitable d'un raffinement de sensualité, étaient devenues proverbiales et é[yauvantaient les païens eux-mêmes, c N'eût-il pas mieux valu, » s'écrie Plutarque, c n'eût-il pas été plus sa- » lutaire aux Carthaginois d'avoir eu dès le principe

> pour législateurs Kritias et Diagoras, et de n'avoir 9 cru ni à des dieux supérieurs, ni à des dieux infé-

> rieurs, que d'avoir offert des sacrifices comme ceux

> qu'ils immolaient à Saturne , auquel ils sacri- » fiaient avec intention et volontairement leurs pro-

> près enfants? Quand, au lieu de ces divinités, des 9 tryphons ou des géants eussent gouverné la terre,

> eût-on pu, pour leur plaire, leur offrir d'autres sa- » crifices? Eussent-ils eux-mêmes exigé des mortels

> un autre culte que celui-là > (2)? Donc, la mesure était comble ; des trésors de colère s'étaient amassés ; l'orage allait éclater ; l'heure de la vengeance était venue (3) . Il est en effet pour les nations une justice

(1) Genèse XIII, 13; XVIII, 20; XIX, i-9.

(2) Plutarque, De la iuperstitim (trtpi accTcdot/utovucf). Les Phéniciens avaient les mêmes dieux, le même culte et les mêmes sacrifices que les Carthaginois.

(3) Hess. Getehiehie Joêua I, 1-S4. Dan Reirh GotUi II, 16.

450 BXTBRUIIIATIOII DB9 GAMAKKBMS

(listributiye, qai s'exerceà leur êgavà dès cette vu Les sociétés n'ooi pas, comme les mdÎYidus^ wi jugement dernier pour coBiparaitre , «ne éternke poor receTOÎr ki récompense de leurs oeuvres. Les mlÎDiis, comme mitîoiis , ne peuvent être pmies fae ihas ce monde, et c'est dans ce monde qu'eBses doivent porter la peine de leurs iniquités» Bien kmr assigne nn temps pour se repentir et recourir à fai. Maïs quan4, ne teanut auena compte ni de ses avorlissenwttls , ni de ses menaces, ni de ses bien&its, n* de ses iMtiments , elles bissent écouler le délai accordé pars;» patience et sa miséricorde , alors Sieu , juste jn^e, les frappe et les propose au monde roimne de terribles monuments de son courroux. Tantôt il permet qu'elles se punissent elles-mèHieSf et que l'excès do leurs vices amène une consomption lente , qui les mine peu à peu et qiù finit par les^ annihiler. Tantôt il les abandonne à ces guerres civiles, il ees révolutions éponvanlables; on les citoyens, on les an», où les parents se baignent dans le sang dt leura conpn^ tciotes. et de leurs proches, et; on fat pairie^ à deux doigta de sa miine, n'échappe que par une sorte de miracle à une totale destruction. D'autres fois il décoche sur elles les traits acérés de ses vengeances , et leur envoie tour à tour, ou tout à la fois, la famine, la peste et les inondations^ U sait au&si enfin soulever les nations contre les nations, ruer les peuples sur les peuples ; à un signal, donné des armées nom-

PAR LES ISRAÉLITES. tSt

breilses, puissSMtes, agnerrtes drrlvettt, et, le fer et le feu à la maîti , elles mâs^crent , {riflent , irtcen* (lient et ratagetlt tout ce que sa justice, offensée par de longs eicès, livre à lenr fureur de destructîon. Les Israélites furent, pour les peuples cananéens, un fiësm de ce dernier genre. Vous ne vous étonnez pas qtre Cyrns détrttise Fimpie Bairylone, qu'AlexMidre renverse la voluptueuse Tyr , que Tîte ruine la coupable Jérusalem ; qile César et Pompée, Marins et Scylla pcrtfissent par leurs sanglantes querelles F empireromain dégénéré ; et qiledes bordes de barbares, accourues du Nord comme des essaims de saurerelles, viennent se jeter sur les restes de ce carJavre en Tambeaux et s'en partager la triste dépouilFe. Qu^y a- UR de pins incroyable ef de plus extraordinaire, je vous prie , dans Fextermination des Cananéens par les Hébreux? La mission des Cyrus, des Alexandre, des Tite, des César, des Gotbs, des Vandales et cTes Huns serait-elle donc à vos yeux plus évidente que celle d'un peuple que Dieu choisit, qu'il marque do son sceau, à qui il confie sa Parole, qu'il rend dépositaire de ses oracles, dans le gouvernement duquel il intervient par des événements miraculeux, et auquel il ordonne expressément de châtier des peuples dégénérés et séducteurs? Dans le premier cas, vous avez Fhistoire- et l'ordre de la Providence auxquels vous êtes bien forcés de vous soumettre ; dans le second , vous avez et l'histoire et Tordre de la Pro-

45S BXTBRMllVATION DBS CANANÉENS

vidence expliqués par le commandement Dieu. Concluez donc avec nous que les Hébreux ont dû faire ce qu'ils ont fait, non comme individus, mais comme membres du peuple élu , non par haine et par vengeance, non par ambition et par avarice, mais uniquement pour accomplir les volontés du Très-Haut et comme instruments dociles de ses jugements redoutables (1).

Le Seigneur, en usant de rigueur à l'égard des Cananéens, comme il le lit pour les habitants de Sodome et de Gomorrhe, aurait pu les exterminer subitement par quelque grand fléau. Mais, pour les punir, il a voulu employer les Israélites afm qu'instruments de la vengeance divine, les Hébreux apprissent quels terribles châtiments les menaçaient eux-mêmes, s'ils avaient le malheur de tomber dans Tidol&trie. De plus, cette destruction des tribus cananéennes a dû être lente, afin d'exercer la foi et la patience du peu-

(i) MiCHABLis s'est élevé avec force contre cet argument, et Ta repoussé sous prétexte qu'il est dangereux dans la pratique, et que tout peuple qui voudrait en asservir un autre et se substituer à sa place, pourrait faire valoir les droits de la justice divine et se pré^ tendre rinstrument du Dieu des vengeances. Mais il y avait une réponse bien simple à faire au savant docteur de Gottingue. Toute nation, dans ce cas, pourrait-elle, comme celle des Hébreux, s'appuyer sur une révélation écrite, sur un commandement divin positif? Toute nation se^iilt-elle en mesure de prouver, les pièces en main, qu'elle est appelée de Dieu à ces hautes destinées ? Le fait dont nous parlons est exceptionnel; il ne s'est présenté qu'une fois dans l'histoire.

PAR LES I9RAÉUTBS. 453

pie élu, qu'une victoire soudaine et facile eût sans doute enorgueilli. Si tu me deviens infidèle , je te traiterai comme j'ai traité ces nations; si tu m'abandonnes, je t'exterminerai comme je les ai exterminées : telle est la menace que le Seigneur répète continuellement à son peuple, toujours enclin à l'idolâtrie et à la révolte. A cet égard le fait corroborait l'enseignement; le châtiment confirmait la menace. Voilà pourquoi Israël a dû servir lui-même de verge au Dieu des vengeances pour frapper d'odieux idolâtres. On peut aller plus loin , et prouver que les Cananéens n'auraient pu subsister à côté ou près des Israélites sans leur être une occasion de chute et de tentations toujours renouvelées. L'idolâtrie des Moabites, des Ammonites, des Madianites, nations plus jeunes et plus faibles , n'avait pas , ne pouvait pasi avoir pour les Hébreux des séductions aussi redoutables ; le paganisme égyptien lui-même ne leur avait pas été fatal , parce que les lois de ce pays interdisaient à ses habitants d'admettre à leurs solennités des étrangers méprisables ou impurs, et ne leur permettaient pas même de partager leur pain avec eux (1). Il p'en était pas de même de la religion et des mœurs des Phéniciens. Ceux-ci étaient une nation ancienne, renommée, puissante. Us se vantaient d'a-

(1) GBiiftsBXLIII,32.

W4 B\TBIi.\|lNArJ09r Pl^ CANANEENS

voir élié prot^és par leur religiofi» enrichis par )a faveur de leurs divinités. Us avaient un dieu de la oavigation^ un dieu du commerce et de la richesse. ]^es honunes qui s'éiaien( anciennement distingués par quelque iuventipn dans les arts et dan3 TiDdustrie étaient mis par eux an rang des héros, et recevaient les honneurs de l'sqKitbéose, Ils attribuaient au culte qu'ils leur rendaient leur prospérité connue et leur opulence toujours croissante. Cosmopolites par caractère et par habitude, autant que par tradition, loin de repousser les étrangers et de leur interdire Taecès au}^ mystères de leur religion , ils Ips invitaient , au contraire, à prendre part à leurs fêlas licencieuses, et à s'associer aux actes d'impudicité au moyen desquels ils croyaient honorer leurs dieux* Us faisaient de la propagande polythéiste avec la même ardeur qu'ils étendaient leur négoce et multipliaient leurs relations commerciales. Us étaient sociables , aima« blés, prévenants, toujours prêts à se lier et à obliger (1). Que d'écueils pour un peuple comme les Hébreux, naturellement grossier» matériel, mobile, enclin à Tidolâtrie , facile à entraîner (2) I Pour les Israélites, entamer des relations avec un pareil peuple, traiter alliance avec lui, s'unir à lui par des ma-

lt) Hess, QesehiefUe Josua, I» 15-21.

(2) Voyez les précautions qui avaient dû être prises pour empêcher l'invasion de l'idolâtrie au sein du peuple d*Jar9ê| (Ui^qT.lÛI).

PAR LBS ISRAÉLITES. 4S5

riages » l'avoir pour tributaire ou seulement pour voisin, c'était s'exposer aux plus grands dangers, c'était risquer leur existence. Dépositaires des oracles de Dieu, chargés de conserver intact et pur le trésoi* de sa Parole, ils ne pouvaient s'établir en Canaan cpi'après en avoir expulsé les habitants; ils n'y pou- ▼aient fonder leur gouvernement religieux et civil que sur les ruines du paganisme. Sans cette précaution, aucun pays au monde n'eût pu leur devenir plus hiol que la Palestine. En les y conduisant et les y faissatit vivre en btoe de l'idolâtrie^ Moïse se f&i, contredit, il eût travaillé contre les intérêts de sa nation, il eét détruit son propre ouvrage. Mais il avait compris la volonté de Dieu et la destination d'foraél ; il avait vu ou qu'Israël se corromprait, et qoe les plans de la miséricorde divine envers l'humanité seraient anéantis, ou que les Cananéens devaient être expulaës, extermiaés* il fallait choisir^ MoSse n'hésite pas, il ne recule pas devant une terrible nécessité : « Si '» vous ne chasses pas entièrement les habitants du » pays, > avait dit aux Hébreux le Seigneur, parlant parsabouche^ < ceux que vous y laisserez seront tout » aotani d'épines dans vos yeux et d'aiguillons dans » Tos côtés ; ils vous serreront de près dans le pays

> que TOUS altez habiter, et je vous traiterai comme

> j'avais résolu de les traiter > (1). t Vous détruirez

(I) EXOM XXIII, 5i-55.

kbê EXTERMINATION DBS CANANÉENS

» donc tous les peuples que TEternel votre Dieu livre » entre vos mains ; vous ne les épargnerez point, et

> vous ne servirez point leurs dieux, car cela entrai-

> nerait votre ruine > (1). Ces déclarations sont positives ; elles concordent parfaitement avec ce que nous avons dit, et en sont la pleine confirmation : pour que le peuple d'Israël accomplit en Canaan sa véritable destination, et demeurât fidèle à sa religion et à son devoir, il fallait que les Cananéenâ fussent extirpés et anéantis. Il n'y avait pas de milieu ; toutes les fois que les Israélites ont désobéi à cet ordre, ils en ont été sévèrement repris ; et les effets mêmes de leur désobéissance ont assez témoigné de la nécessité de la loi inexorable qui, dans leur intérêt personnel et dans celui de leur constitution politique, leur faisait un devoir de n'épargner point d'abominables idolâtres (2).

Ajoutons enfin que le peuple d'Israël , par sa destination même, était appelé à être et à demeurer une nation singulière, unique, originale, séparée de toutes les autres, et qu'elle ne pouvait être fidèle à cette vocation qu'en occupant seule le pays de Canaan. Abraham déjà avait dû quitter le pays de ses pères, et échapper ainsi à l'influence des mœurs et des superstitions chaldéennes ; plus* tard , la circoncision

(t) NOMB. XXXIII, 55, 56.

(â) CBLLiMBii fils, Etprit de la législ. moMfg., 1, 515-320.

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