‹ Essais sur le PentateuqueChapitre 75 sur 77 · PAR LB8 ISRAÉLITES · texte numérisé non relu

PAR LB8 ISRAÉLITES

l'avait éloigné, lui et sa femille , de toute alliance intime avec les peuplades du voisinage ; le séjour des Hébreux en Egypte , peuple éminemment original , dont les lois religieuses et la constitution politique l'isolaient de tous les autres , ne leur avait rien ôté de leur caractère propre et distinctif. Les règlements que leur donna postérieurement Moïse devaient aussi servir à les séparer du reste des nations ; tout dans leurs lois , dans leur religion , dans leurs pratiques , devait les empêcher de s'unir avec leurs voisins , et tendre à leur conserver leur foi et leur nationalité. Cependant, aussi longtemps qu'à côté d'eux subsistait une nation riche et puissante , leur état religieux et social courait les plus grands dangers. En Egypte, les Hébreux eussent pu prolonger leur séjour pendant deux et trois siècles, sans que leur cohabitation avec les Egyptiens leur eût été nuisible, par la raison que les Egyptiens, leurs maîtres, ne voulaient , par lem* caractère, ne pouvaient , par leurs institutions religieuses, avoir aucun rapport intime avec eux. Mais, en Canaan, le voisinage des Phéniciens leur aurait été décidément fatal. Ceux-ci étaient trop cosmopolites, trop faciles dans leurs relations, trop disposés à s'unir par des traités ou par des mariages, trop se-

duisants, en un mot, pour que les Israélites n'eussent pas peu à peu perdu avec eux leur caractère national, en môme temps que la pureté de leurs mœurs. Peuple de Dieu, sacrificateurs de l'Etemel, lumière du

%S8 BXTBRMINATIOH »B8 CAMANBBNS PAR LES ISRAÉLITES.

monde, prophètes du Messie promis, dépositaires et coDsorvateurs de la vérité jusqu'au temps où, sortant des limites de TEgiise judaïque, celie-d devait être versée à grands flots sur la terre entière, les Israélites devaient rester isolés, séparés, ne s'amalgamer avec aucune nation, demeurer, au contraire, la nation ^sainte et originale par excellence*

Résumons^ous. Canaan appartenait aux Ifêbreux, en leur qualité de descendants d'Abraham, qui en avait pris possession avant eux. Ils y avaient des droits comme héritiers des promesses du Seigneur ; ils y rentraient pour y châtier des nations coupables; ils ne pouvaient s'y établir et y fonder un état sans en expulser les habitants ; la conservation de leur caractère et la fidélité à leur vocation n'étaient possibles qu'autant que l'idolâtrie et les mœurs qu'elle tratne à sa suite seraient bannies de leur voisinage. De là l'occupation de Canaan et l'extermination de ses habitants , deux faits qui s'expliquent dès qu'on se place au point de vue de la théoa*atie mosaïque, et que l'on admet la grande et sainte mission dn peupie de Dieu. Car la perpétuité du peuple juif se liait à la venue du Messie^ et de la venue du Messie dépendait le salut de l'humanité. Or, devant une question de cet ordre et un intérêt de cette valeur, qu'ëiadenl. que pouvaient être des penses profondément vicieux, qui avaient mériié d'être ei&cés du registre desnalioas?

vivmmn dk vm BÉEuiiniT immîi m moisl

J^e loot temps on a reproché au P^Ualeuque de ne pas enseigner rimmortatité de l'âme. Les inahonié* tans déjà avaient conclu de l'absence d'un enseignement positif sur ce sujet dans les livres de Moïse» que ceQX<i avaient été falsifiés par les Juifs. Les déisles anglais, et après eux les rationalistes allemands, ont cm trouver dans le même fait la preuve que l'auteur dn Pentateuque n'était pas inspiré. Kant, à cause de cela même, n'a vu dans le mosaume qu'une institu* tion civile, qu'une religion sociale se bornant à proposer des récompenses terrestres et à dénoncer des punitions temporelles. De Wette a accordé que

460 l'immortalité bb l'amb

Moïse avait reçu des Egyptiens la connaissance de la doctrine de l'immorlaiité de Tàme , mais qu'il. l'avait cachée aux Hébreux, d'une part, parce qu'il n'aurait pu la leur enseigner sans mythologie; de l'autre, parce qu'elle aurait pu donner lieu au culte des morts.

Il y avait beaucoup à faire à défendre la révélation contre tant d'attaques , parties de tant de côtés différents, et soutenues de points de vue si divers. U fallait montrer que le silence presque complet de Moïse sur la question de l'immortalité de l'âme n'était point une raison suffisante de nier l'inspiration de ses écrits. Warburton est le premier qui soit entré en lice pour soutenir cette thèse. Il a fait un ouvrage tout entier pour réfuter l'objection des déistes anglais (1). Partant- du principe avancé par les adversaires de la révélation, que Moïse n'a fait usage, dans sa loi , ni de la doctrine de l'immortalité de l'&me, ni de celle de la vie future, il a cherché non-seulement à excuser cette lacune*, mais encore à la faire toui*^ ner au profit de la divinité de la religion mosaïque. Or, voici la proposition que, dans son vcdumineux ouvrage , il a cherché à établir : Une religion qui ne repose pas sur le dogme de l'immortalité et sur la promesse d'une vie étemelle, doit nécessairement

(1) La divine mimim de MoUe.

BNSBIGRÉB PAR MOÏSE. 461

avoir pour appui et pour protectrice une providence divine, spéciale ; le^gouvemement institué par Moïse, ne se fondant pas sur la foi en une rétribution future de peines et de récompenses, n'a pu subsister sans une intervention divine extraordinaire : donc la religion mosaïque a eu Dieu pour auteur et pour soutien.

Michaëlis est parti du même principe que Warburton , mais pour arriver à une conclusion différente- Moïse n'enseigne pas le dogme de la vie étemelle , a-t-il dit : donc sa loi n'est ni religieuse, ni morale, mais seulement civile (1). D'autres, comme Flatt et Steudel, ont pensé que, si Moïse avait à dessein négligé de donner pour base à son enseignement la doctrine de l'immortalité, ç'sy^ait été parce que les Hébreux n'étaient pas mûrs pour recevoir une pareille doctrine.

On le voit donc, jusqu'à ce jour presque tous les apologistes de la religion de Moïse ont admis le principe soutenu par les déistes, que le d(^me des peines et des récompenses futures, qui suppose celui de l'immortalité de l'àme, n'est pas renfermé dans le Pentateuque. Ce principe est faux ; aussi ne faut-il pas s'étonner qu'il ait conduit ses partisans à des conséquences inadmissibles.

(1) Diuert, argummla immortal, ex Mae eyni,, I, p. 80.

ktà L'fmfdftTALlTÉ DK L*AHE

Xdf doetrioe dé ^immortalité dé rame est tir tii^fement, si ce n^eslt formeUemenC, eontemie dans FAncien-TesCdment. Tout Ty suppose, quoique rien peutêtre ne Vy exprime pocritivemetit. Elle est à Ift base de toates les vérités professées par )e législateur <ies Hébreux , quoiqu'il n'ait pas pigé eouTenable de la formuler d'une manière précise. Ce qui importe, en reUgkm et en morale , ce n^'esN pas que certalnea notions^ abstraites soient clairement déterminées, que certaines proposition» métaphysiques soient nettement formulées ; mais c'est que les grafn^ principes, les nobles^ sentiments qui prodtnsent la vertu et qui engendrent le dévouement, soient mculqués dans le eœnr el pénètrent dans les conèciencéB. Or^ en skxi la doctrine de Timmortalité de l'âme, séparée de f ensemble du système dont elle foie paMie, n'a sniemi caractère religieux, aucune valeur morale. Témoins tes Sgyptiens^.qui cropient à l'immorfalité del'Sme, et che» qui cette croyance n'exerçait aucune iiifloence pratique^ comme aa le voit par le soin extrême qfirUs Hif fiaient à embaumer ks^ corps, et à perpétuer ainsi, droite manière factice , la partie matérielle de Tétre humain; témoins les Perses, qui, à cet ^rd', ont vée» des emprunts (|s'ils avanent iaits à la révéRifioii', et qui n'en ont pas été meilleurs pour cela. IBfne formule religieuse, sècbe, froide, quelque lumineuse qu'elle puisse être, ne renferme en soi aucune vertu régénératrice» C'^ moiivs par des aptioriiBaies

qse par à» faits, ^e la Parole de Dieu sairre et sanctifie nos âmes*

C'est ainsi qae TaTait coaipris Uoïse ; aossi n'a-t-il pas. lant songe a dogmatiser swr la question de l'imnwrtattlé qu'à préparer le terrain oè» plus lard, la semence pourrait être îeftée avec fruit. Il n'a pas précké direct eaoïejal , mais indirectement , le dogne d'une vie fotuire. Pav tottt son enseignement il en a déposé le gevine dans les âmes; et c'est dv peuple jntf que la croijance à rimmertaHié a passé chez les antres ns^ns. L'aaliqmté patenas n'a possédé, sur ce poml pariicnlier, de lumière vâritaUe que celte qn*eUe avait empruntée à la révélation. C'esiee qu'ont sni'abondamment prouvé les redierches des savante modernes. Or, comment les nations païennes auraicnt-elies pu s'éclairer sur cet article an flambeau de la Parole révélée, si cette Parole se fàt tue ou n'eût renfermé que des obscurités à cet égard? Le Nonveau-Testamienl, pas pkrs qvse l'Ancien, ne prouve d'une manière directe et posid^'e l'exislettce de Dieu, la Providence, rimrmortalilé de Fâme et la vie folure ; mais il les admet partout ocMume des postulats die la conscience, comme des axiomes de la raison pratiqoe. ])ira«t*on pour cela qu'il n'enseigne pas- ces dogmes ? H avait antre chose à Êûre qu'à proposer et à déduire la longue série des arguments roétaphysi*qnes en faveur des vérités de la religion naturelle ; sa principale nrission était de nous révéler le grand

Mik L'iMMOETALlTé DE L'aMB

moyen de réconciliation avec Dieu, de nous ourrir la voie du pardon, de nous faire connaître les ccmditions du salut. Or, la croix de Christ suppose le péché , la loi , Dieu , Tâme , la liberté , la responsabilité humaine et le jugement universeL Pareillement aussi Moïse, sans s'expliquer formellement sur le sujet de l'immortalité, Ta mis en lumière quand il a proclamé la vérité de la création du monde , quand il a révélé les perfections divines du Créateur, quand par la loi il a réveillé dans Tàme la conviction du péché, quand il a prêché la sainteté de Dieu et la nécessité de Texpiation. Poser ces bases, c'était établir le fondement et créer le besoin de la foi en une économie future de peines et de récompenses.

Quelques exemples suffiront pour montrer que, dans presque tous les dogmes qu'a enseignés , que dans presque tous les faits qu'a rapportés Moïse, se trouve renfermée , comme un effet dans sa cause , comme une conséquence dans son principe , la doctrine de l'inunortalité. Une fois sur la voie de pareilles déductions, le lecteur verra briller à chaque page du Pentateuque , et de l' Ancien-Testament en général, le dogme consolant et sanctifiant de la vie future.

L'homme, est-il dit au chapitre I, versets 26 et 27 de la Genèse, a été fait à V image de Dieu; le plus parfait des êtres, le chef-d'œuvre de la création, il a été formé pour commander en mattre à toutes les créatures placées avec lui sur la terre. Pontife de la na-

BNSUGNBB PAR MOÏSE. • 485

tore entière , son sacerdoce l'appelle à porter rhommage de tons les êtres au pied du trône de l'Etemel . Hais un être créé à rimage de Dieu, non-seulement quant à son corps, mais encore, mais surtout, mais essentiellement quant à son âme, qui est esprit, comme Dieu , pourrait-il ne pas posséder l'immortalité? Si Thomme n'avait qu'un corps, si l'homme n'était que poudre , comment aurait-il été formé à l'image de Dieu, qui est esprit et non pas matière? Le fait de la création de l'homme à l'image de Dieu emporte nécessairement , incontestablement avec soi la conséquence que l'homme a une âme ; que, comme lel, il est susceptible d'un bonheur ou d'un malheur sans fin , et que, quant à la partie de lui-même qui est immatérielle , il ne saurait périr ni s'annihiler ; car il a la vie de Dieu, en Dieu, par Dieu.

Le Sauveur lui-même nous a fourni un autre argument en &veur de la doctrine de l'immortalité dans r Ancien-Testament , quand, répondant aux Sadducéens qui niaient la résurrection , il leur a dit : t Et > quant à la résurrection des morts, n'avez- vous point » lu ce que Dieu vous a dit : Je suis le Dieu d'Abra- B ham , le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. Dieu ^ n'est pas le Dieu des morts , mais il est le Dieu des B vivants > (Matth. XXII, 31, 32). Que serait en effet un Dieu qui ne s'occuperait que de la vie périssable de pauvres mortels, et qui négligerait de prendre

soin de leur âme immortelle ? Le Dieu, qui est esprit,

466 « L'iMMORTAUTi DB L'AMB

se dirait-il, pourrait-il se dire le Diea d'un être paremeot matériel, corruptible de sa nature et voué à ranéantissement ? Le Dieu qui possède la vie en luimême , et qui a la puissance et la volonté de la oom^ muuiquer, n'aurait-il créé des êtres que pour en ffûre les jouets de la fragilité et le& victimes de la destruction ? Il serait absurde , il serait criminel de le peu* ser. Donc, toutes les fois que» dans la révélation» Dieu se déclare le Dieu de qui que ce soit, il proclame par cela même deux choses également certaines, deux faits également évidents : c'est que cet être est immortel , et qu'il veut le rendre participant de sa suprême béatitude.

L'enlèvement d'Hénoc (Gen . XXI V,2S) est une autre preuve également frappante de l'existence , dans le Pentateuque, de la doctrine de l'immortalité de l'&oie et de la vie future . Car, d'après le récit de la Genèse cet événement historique en renferme en soi ttx)is autres qui sont de la plus haute importance quant à la question qui nous occupe : le premier , qu'Hénoc a été transporté de la terre au ciel , ce qui n'aurait aucun sens, si l'auteur sacré li'avait pas admis qu'il était immortel ; le second, qu'il a été enlevé au ciel pour êtne avec Dieu, ce qui serait contradictoire» s'il avait dû un jour cesser d'exister ; le troisièAie , qu'il a obtenu le ciel comme récompense do sa vie pieuse et sainte, ce qui suppose qu'il est allé jouir auprès de Dieu des fruits de sa foi et de sa charité»

ENSEIGNÉE ^AR MOISK. ' ^67

Ceux qui voudraient consnlter d'autres passages et en déduire , par voie de conséquence , les leçonà subKmes que vient de nous fournir le petit nombre de œiax que nous avons cités et cherché à commenter, peuvent étudier avec fruit ceux que nous allons leur indiquer (Gen. II, 7; IV, 7; IX, 5; XXV, 8; XLIX, 29, 33. Lévit. XVII, 11 ; XXVI, 15, 43. Douter. XII, 23).

Nous les renvoyons aussi pour plus de détails à un

chapitre excellent de l'ouvrage du docteur Hengstenbei^ que nous avons déjà cité, et qui nous a fourni les bases de notre travail(l).

Parmi les raisons qui serviraient à expliquer pourquoi Moïse ne s'est pas exprimé plus clairement sur le sujet de l'immortalité, et pourquoi il a enseigné ce dogme implicitement plutôt qu'explicitement, on pourrait indiquer les suivantes : l"" Les Hébreux sortaient d'Egypte, où les prêtres de la superstition professaient une fausse doctrine sur l'immortalité. Si donc Moïse était entré dans beaucoup de détails à cet égard, il est à craindre que son enseignement, quelque excellent qu'il eût été , n'eût donné lieu à de graves malentendus , et que les Israélites n'eussent confondu la doctrine révélée de l'état des âmes après la mort, avec les rêveries égyptiennes sur la métempsycose et sur la continuation de l'habitalion des âmes

(1) Dos ZurUtlareien der Lehre wm der UnêlerblichkeiL Beitraege 2»er B. p. 561-ÔT7.

468 l'immortalité db l'amb bhsbignéb par moîsb.

dans les momies. 2^ Il convenait peut-être aussi pour

le moment de diriger presque exclusivement Tatten-

tion du peuple sur les actes de la justice distributive

de Dieu en deçà de la tombe, afin que, lorsque la caor viction du peuple se serait formée sur ce sujet, il

devint plus facile de tourner ses pensées vers un

ordre de choses invisibles , et de rappeler à croire à

la doctrine des rétributions étemelles dans la vie

future.

LES ANTHROPOMORPHISIES DU PENTATEUQl'E.

Uans la langue théologique, on appelle anthropomorphinnes certaines descriptions ou définitions employées par la Bible pour nous représenter Dieu sous des images empruntées à l'homme. A ce point de vue, la Parole de Dieu attribue à l'Etre des êtres soit un corps, soit des oignes , soit des membres , soit une activité liumaine. Ainsi , quand les écrivains sacrés nous disent que lt$ yeux de l'Eternel sont trop purs pour voir le mal (Hab. I, 13) ; que ses oreilles sont attentives à nos cris (P8.XXXIV,16); qnesabouche profère des paroles (Deut. VIII, 3); qu'il mmte (Ps. XLVII, 6) ; qu'il descend (Exod. XIX, 18) ; qu'il s'assied et qu'il

VtO LES ANTHR0P0M0RPHISME9

se Uve^ ils se servent d'anthropomorphismes (1). Et, d'un autre côté , quand ils prêtent à Dieu des affections ou des passions humaines, telles que la joie ou la tristesse, le repentir ou la jalousie, la colère ou la vengeance (2), ils usent à'antropopaihies (3). Les anthropomorphisroes ont donc plus particulièrement rapport aux comparaisons tirées des organes physi* ques de Tètre humain, ts^ûdis que les antropopathies s'appliquent seulement à celles qui sont empruntées aux sentiments du cœur, aux affections spirituelles de r4me. Mais en général, le terme d'anthropomorphismes sert à dé^gner ces deux mainières de se représenter l'Etre divin , soit les comparaisons ])rises de Tètre physique, soit celles fournies par l'être moral de l'homme, les anthropomorphismes proprement dits et les antropopathies.

Jusqu'à ce jour, on avait cherché à les expliquer et à les justifier en disant qu'en permettant l'emploi des uns et des autres dans sa Parole, Dieu s'était accommodé à la faiblesse de l'homme en général, et à l'ignorance du peuple juif en particulier. C'est aîasi que B^ilon savait soutenu que le peuple hébreu, était

(i) Cette expression est formée de deux mots grecs, anihrôpoi,

{%) Qm. yh 6, 7. Rom. 1, 18; II, 8. L6v, XXVI, 25. DBirr. XXXII. 36. '

.(3) De atuhrôpûi, homme^ et de paifcot, affeciioD.

DO PfiNTATfiUQOE. ffl

tro]p grossier pour supporter et pour comprendre un autre langage. Depuis lors presque tous les théologiens modernes se sont bornés à répéter, sous une autre forme, l'argument du philosophe juif d'Alexandrie, mais sans s'apercevoir que les anthropomorphismes et les anthropopathies ne se trouvent pas seulement dans rAncîen- Testament, mais aussi dans le Nouveau ; non-seulement dans l'économie des ombres et des figures, mais encore, dans celle de la pleine lumière ; non-seulement dans la révélation adressée au peuple incirconcis de cœur et d'oreilles, mais encore dans celle accordée au peuple de sacrificateurs de la nouvelle alliance (1).

Aujourd'hui , en Allemagne , on ne regarde plus seulement les anthropomorpfaismes comme permis, mats comme nécessaires ; on n'y voit plus une simple condescendance de la part de Dieu , on les considère comme indispensables, inévitables. Dieu a fait l'homme à son image ; l'homme , par conséquent, ne peut pas ne pas faire Dieu à l'image de l'homme. Dieu a ihëemorphisé l'homme, l'homme ne peut pas ne pas anihropomorpkiêer Dieu. Ainsi a raisonné le philosophe Jacobi (9); et il a ajouté : S'il est vrai que l'homme porte en lui-même l'image de Dieu, l'anthropomorphisme

(1) Voy. entreautres Hom. 1, 18. H6b. XH, 29. Luc XI,20. Jean [, IS. Eph. V, 2, etc.

(2) Vm âen gôUHehen iHngm, th. 3, p. 418 et suiv.

V7a LES ANTBROPOMORPHISM£S

est inséparable de la pensée humaine et du langage humain ; sans anthropomorphismes, il ne peut y avoir en religion que la négation de Dieu ou le fétichisme. Que rame humaine porte les traits de l'image divine, c'est ce que personne ne nie ; mais que le corps de rhomme exprime jusqu'à un certain point l'être de Dieu , c'est ce que l'on n'accorde pas aussi facilement. Et pourtant» quand l'Ecriture affirme que Dieu a créé l'homme à son image , insinue-t-elle quelque part qu'il faille restreindre celte déclaration à l'âme humaine seulement, et ne pas l'appliquer du tout au corps ? Sans doute Dieu est esprit, esprit pur ; il n'a ni étendue ni durée; il est incorporel, immatériel. Cependant le corps de l'homme est-il sans aucun rapport, sans aucune ressemblance avec Dieu? ne repré^ sente-t-il rien de ce qui est en lui? N'est-*il peut-être pas l'expression visible de ce qui est invisible, la forme de ce qui est spirituel, et par conséquent le meilleur moyen de servir de véhicule à toutes nos représentations de Tétre, des perfections, de la vie et de l'activité du Créateur? Nous n'affirmons rien sur ce point particulier. Nous posons seulement un problème et nous demandons qu'on y réfléchisse (1).

(1) Augustin, de Gen, adliL, c. 12, dans Gerhard IV, p. 271. « Quand on dit que Thomme a été fait à l'image de Dieu, non selon » le corps, mais selon Tintelligence, il faut s'entendre ; car il j a » dans le corps de Tbommo certaines propriétés qui le distinguent

DU PRNTATBCQCfi. 47S

Dams tou9 les cas, essayez de parler de Dieu et de TOUS représenter l'essence divine, sans recourir à l'analogie humaine, sans user d'anthropomorphisme ou d^anthropopathie, et vous tomberez bientôt dans l'abstraction pure ; l'idée de Dieu incorporelle tous échappera ; elle se réduira pour vous à une simple notion , sans consistance et sans réalité ; elle se résoudra en Tapeur, elle s'annihilera. C'est que nous ne pouTons pas remonler à Dieu sans passer par l'homme, penser Dieu sans penser l'homme, séparer l'idée de Dieu de l'idée de l'homme. Tout ce qu'il y a d'excellent en l'homme , nous l'affirmons de Dieu et nous le lui attribuons au suprême degré; tout ce qu'il y a de mauTais ou de défectueux dans la créature, nous le nions du Créateur, en lui attribuant la perfection opposée. Impossible d'échapper à cette nécessité et de tenter une autre Toie. Voilà pourquoi, sous pré-

n de celui des bétes, comme, par exemple, sa stature élevée, qui » indique qu'il ne doit pas, comme les animaux des champs, re- » chercher les choses terrestres; car ceux-ci, dont toutes les vo- » luptés sont grossières, ont le corps et le ventre inclinés vers la » terré. » Les Scholastiqubs sont allés plus loin que saint Augustin, et ont dit : a Dans le corps de l'homme, il n'y a proprement » pas l'image de Dieu, car Dieu est incorporel; mais son image est » en lui comme dans un signe, démomlrativement (arguitivé), et 9 rignifieaiivêmerU, » Nous ne nous serions pas permis d'indiquer une pareille idée, si Augustin, si les Scholastiques, si le D' Hengstenberg ne l'avaient émise; mais encore une fois, nous ne nous prononçons pas; nous ne faisons que rapporter une opinion et poser une question.

474 LES AKTHROPOaMHIPIIISMBS

texte d'arriver à Tidëe pure de Dieu, les déistes et les I^ilosc^hes , à force d'abstraction , ofit perdu non* seulement Fessenoe, mais encore la notion de FEtre suprême. Pour Tavoir voulu honorer » ils Font déshonoré ; popr avoir t^ité de le faire vivre» ils Font anéanti.

La meilleure justification des anthropomorphismes , a dit Hengstenberg (1) , la {preuve la plus évidente de leur absolue, de leur indispensablenéoessité, se trouve dans le fait de l'Incarnation du Fils de Dieu. Pourquoi Dieu esiril descendu vers Fhomme , si ce n'est parce que Fhomme ne pouvait pas parvenir à Dieu ? Pourquoi Dieu a-t-il revêtu un corps humain et une ânM humaine, et dans Fhumanité réelle nous a-t-il révélé le Père, si ce n'est pour nous rendre possibles la conuaissance de Dieu et l'amour de Dieu? Au fait, l'incarnation du Fils de Dieu est le suprême anthropomorphisme ; elle est l'absolue anthropopathie. Elle explique tous les anthropomorphismes et toutes les anthropopathies de l'Ancien et du Nouveau-Testament; elle les éclaire, les prouve, les interprète et les anime de sa vie. Christ n'est autre chose que le Dieu invisible rendu visible, accessible à Fhomme, le Dieu éternel manifesté dans le temps et dans l'espace. Et comment, avant l'apparition du Sauveur dans le

(i) Die AmthropamarphUmen des FenMeueh, Beitrsge, etc., p. 448.

Ml MHTATBOQOft. i75

moDide » Pi^Q se seraitHl révâë sans Mopranter à Vêlre iuuQam les fomies sous lesquelles il Toalait se foire connaître à loi, puisque, pour sanver le monde, il a dû prendre sur lui rhumanité tout entière , et dans cette humanité , et par cette Iramaiiité , eosei* gner, agir, souffrir, mourir et ressusciter?

D'après cela, on pourrait dkre qu'ayant Jésus- Christ, la meilleure religion a du être celle, d'une part, qui a été la plus riche en anthropomorpiusmes, et de l'autre, celle qui a possédé, dans la plus pure connaissance du vrai Dieu, le plus puissant correctif de toutes les représentations figurées de la divinité* A ce portrait, qui ne reconnaîtrait la religioq de Moïse? Elle abonde en a$uhropamiorpki$m€$ ; mais, à c6té d'eux, et, pour ainsi dire, à chaque page du Peutateuque, elle place, comme contrepoids, la doctrine de la ffiriiualité de Dieu. Dieu est esiuît; il est inter* dit de se le représenter par aucune image ; les idojies lui sont eu abomination ; le Créateur ne saurait être rabaissé au niveau de sa créature (Exode XX, 4. Deutér. IV, 15, comp. 12). Le Pentateuque renferme aussi un nombre considérable d'atuArflfX)|MiiAtM; mais le sens de ces images inévitables nous est continuelmepf: expliqué par la doctrine de la samw^ dt Dim^ qui se trouve au^euil du mosalisme, gravée en Oammes de feu sur le portail de l'édifiée. Soyez saints^ car je suin mini ; telle est la voix solennelle qui retentit d'un bout à l'autre des livres de Moïse, depuis le couunen-

476 LES ANTHROPOMORFHISMBS

cernent de la Genèse jusqu'à la fin du Deutéronome, et dans les lois et dans les faits, et dans les menaces et dans les jugements de TEtemel. Après de teUes déclarations, si solennelles, si nombreuses, si répétées, si claires et si positives, quel homme sensé et de bonne foi pourrait se méprendre sur la véritable signification des anthropomorphismes bibliques, et attribuer à Dieu soit des oi^anes corporels , soit des passions impures ? Le Dieu de la Bible est un Dieu qui se met à la portée de sa créature, qui renseigne comme un père enseigne son enfant; qui sympathise à ses douleurs, comme un ami à celles de son ami ; qui s'occupe de son bonheur, qui veut le rendre heureux ; c'est un Dieu humain , dans la plus haute acception du mot. Pour le faire connaître ainsi , il fallait en parler comme la Bible Ta fait ; autrement , nous eussions eu un Dieu sans cœur, sans âme, sans entrailles, et une religion sèche, froide, toute de théorie, purement métaphysique; nous n'eussions eu ni Dieu, ni religion. Celui qui m'a vu, a dit Jésas, a vu le Pire ; nul ne connall le Pire que le HIs, et cdui à qui le FiU Va voulu révéler (1).

Nous avons dit plus haut, d'une manière générale, que les anthropomorphismes bibliques trouvaient leur correctif et leur explication dans la doctrine

<l) IBAN XIV, 9. Matth. XI, 27. Luc X, 22. Ibah IIV, 7.

DU PBNTATEOQUE. 477

de la spiritualité de Dieu, et les anthropopalhies dans celle de la sainteté de Dieu. Nous avons avancé aussi, qn*à moins d'emprunter le langage de l'école, et de rédpire toute la connaissance que nous avons de Dieu à des formules abstraites, tristes, mortes, sans influence sur le cœur et sur la vie, les écrivains sacrés avaient dû nous parler de Dieu comme ils l'ont fait. Nous allons le montrer maintenant par quelques exemples particuliers.

Au chapitre VI, de la Genèse, verset 6, nous lisons ces paroles : c Dieu se repeniU d'avoir fait l'homme

> sur la terre, et il en eut un grand déplaisir dans son

> cœur. »

Voilà un passs^e, et il y en a plusieurs autres analogues dans la Parole de Dieu (1) , oii le repentir est attribué à l'être qui est inunuable. Mais, dans des déclarations non moins nmnbreuses et tout aussi posi<> tLves, l'Ecriture affirme que Dieu ne change pas, et qu'il est immuable dans ses plans comme dans ses volontés. Ainsi, par exemple, il est dit (Nomb. XXIII, 19) : c Dieu n'est point homme pour mentir, ni fils de » l'homme pour se repentir. » Et encore : t Celui qui

> est la force d'Israël ne mentira point, et il ne m » reperuira paifU ; car il n'est pas un homme pour $e

(1) Voy. entre autres Exodb XXXII, 14. Dbut. XXXII, 36. 1 Sam. XV, 11. 2 Sam. XXXIV, 16. Jobl U, 14.

478 LES ANTflAOFOMOmPHlSMBS

» npefUir » (1 Sam. XV, 89); et dans Ôsëe (Xni , 1%) : Le têpenUir est eaehé decanî mes yeux. Y a-t-il cootradio tion entre ces deux ordres de âéntentees? Nnllement. Mais y à-(*il moyen de leâ accorder? Pourquoi pas ? Les secondes sont \k pour nous montrer dans quel sens nous devons edféndi^ lés premières. Celles-ci ne doivent réveiller dans nos esprits aucune idée d'inconstauce, de mobitité, de versatilité, ttais seulement nous faire comprendre qu'apirès là chute. Dieu n'a plus envisagé l'homme dû même œil qu^auplaravaut. Qùaiid Thomme fut tombé, Dieu lé considéra ; et voici , il s*était écarté du but, il atait ttiabqifé sa destination, il ne répondait plus aux vues du Créateur. L'Eternel le regrette, il s*eh afflige; il se détourne avec douleur de sa créature déchue, défigurée et souillée. Or, commeht exprimer cette hnpréssién divine , ineffable , autrement qu'en empruntant à la psychologie humaine la notion du repentir? Philosophes exacts , mathématiciens rigides , cherchez dans la laitgue des hommes un terme adéquate pour rendre un sentiment qu'il vous est imjpossiblie d'analyser; et quand vous aurez en vain travaillé votre esprit dans cette recherche inutile, reconnaissez que la Parole de Dieu a mieux parlé de Dieu et de l'homme que vous ne l'avez jamais pu faire dans vos écoles , et que son langage est le seul vrai et le seul appitoprié aux besoins de notre nature. Dieu sans doute ne s'émeut pas ; il ne saurait s'affliger ; il est incapable de douleur conuue

DU rïïKTàrmwm. 479

de fliegret; Qui dira poortuA qii*il voie, fu'il poisse voir du même œil et avec le même sentiment l'ange innocent et hearenx, et Thomme déchu et misérable? Dieu est souverainement heureux , mais il n'est pas impassible ; et si vous prétendez que la vue du pédié eide la souffrance, et le spectacle de la sainteté et du bonheur l'afifectent.égidement, vous en faites un être insensible , indifférent , incapable d*aimer , indigne d'être aimé. La BiUe est à la fois plus humaine et plus vraiment philosophique que vos systèmes de mé* taph jûque transcendentale.

IMeu ne peut pas plus être jaloux , dans le sens propre du mot, qu'il ne peut se repentir à la manière des hommes. Il a droit pourtant de prétendre de notre part à l'amour le plus absolu , à l'obéissance la plus entière. S'il pouvait consentir à nous voir donner aux créatures un cœur qu'il n'a iait que pour que nous lui en consacrions les premières, les meilleures affections , il serait une idole indigne de nos hommages. Or, ce saint zèle, pur de toute passion, fondé sur la vmté, résultat nécessaire de la perfection suprême, c'est ce que l'Ecriture appelle la jalon* sie de Dieu, f Plus un mari est pur et chaste , a dit M Calvin , plus aussi il s'irrite s'il voit sa femme in- M dinar vers un rival ; de mèpoe le Seigneur, qui nous » a épousés dans la yérité , manifeste à notre égard

> la très-ardente jalousie dont il est animé, toutes les

> fois que, oubliant la pureté de l'union sainte qui

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» existe entre nous et lui, nous nous laissons enflam- » mer par des passions criminelles > (1).

Il est à remarquer que le mot hébreu (iana) , dont se servent les écrivains de TAncien-Testament, et le terme grec {zeloun) qu'emploient les écrivains du Nouveau , pour exprimer la jalousie divine , ne renferment rien en eux-mêmes qui puisse réveiller l'idée de la passion. Ils signifient simplement être ardent, être zélé au plus haut degré, dans le but de maintenir ses droits, de soutenir une cause Intime (2). € Or, a dit Gerhard, la jalousie dans ce sens, est une > affection honnête et louable qui enflamme le cœur M d'un mari fidèle, à la vue de sa femme devenue in* M fidèle. »

Rien n'a plus scandalisé les philosophes , que les fréquents passages de l'Ancien et du Nouveau-Testament où il est question de la colère de Dieu et de la vengeance de Dieu (3). Cela se conçoit. Aux yeux des philosophes, le mal moral, le péché, n'a pas la signification que ce terme reçoit dans l'Ecriture. Le mal moral, le péché, selon les rationalistes, est une nécessité dans la création ou une faiblesse de la part de l'homme; mais il n'est pas une violation de la loi , une offense

(1) Calvin, IhhU, II, 8, 18.

(â) Voy. Gbsbnius in I.

(3) Voy. Rom. 1, 18; II, 8. Col. III, 6. Eph. V, 6, LÉv. XXVI, 25. DBirr. XXXII, 35, 41 , 43. Hèbr. X, 30, 31 ; Xn, 29.

pu PBNTATBUQDB. 481

envers le l^slateur» un désordre , une perturbation dans le monde moral. Or, pourquoi Dieu s'irriterait-il d'une peccadille, s'enflammerait-il de colère pour une bagatelle? A cela, nous répondons avec un théologien allemand (1) : c La colère de Dieu est le produit nécessaire de la sainteté de Dieu mise en contact avec le péché.» Loin donc de faire à TEcriture un reproche de la révélation de cette sainte colère , il faut l'en louer ; elle est à elle seule la preuve de son origine divine.

Dieu qui est saint par essence a en horreur le mal, il le hait, il ne peut le souffrir, il doit nécessairement le punir; et c'est pour réveiller en nos consciences un sentiment analogue de déplaisir, d'effroi , de haine à la vue du mal , que la Bible nous parle si souvent et en termes si énergiques de la colère de Dieu et de la vengeance de Dieu. Un Dieu aux yeux de qui le péché serait chose indifférente, ne serait pas le vrai Dieu ; une religion qui ne prêcherait pas la haine de Dieu pour le mal, serait une fausse religion.

Qu'il ne faille voir, au reste, dans toutes ces expressions de colère et de vengeance divines, rien de maladif, de passionné , d'humain , c'est ce que nous font suffisamment comprendre une foule d'autres déclarations de l'Ecriture qui leur servent de correctif.

(1 ) HEfTGSTEfTBERG, Beilrœçe, etc., 2t«r B. p. 4S8.

Mi LKS ANTHROPOMORPHISMBS

Ainsi, par exemple, ce passage des Proverbes (XXV, 21 , 22) : € Si ton ennemi a faim donne-lui à manger, s*il a soif donne lui à boire ; » cet autre de Tapôtre saint Pierre (I, 11, 23), «qui, lorsqu'on lui disait des » outflsiges, n'en ren<Iait point; et qui, lorsqu'on le

> maltraitait, ne faisait point de menaces, mais se re-

> mettait à celui qui juge justement (1) ; » et celuiH^i du Lévi tique (XIX, 18) : < Tu ne te vengeras point

> et tu ne garderas point de ressentiment contre les

> enfants de ton peuple, mais tu aimeras ton prochain » comme toi-même : Je suis rEternel. »

Nous le demandons en terminant : peut-il y avoir contradiction en Dieu ? Le Dieu qui se nomme luimême le miséricordieux, le pitoyable, qui use de patience et de long support (Exode XXXIV, 6 , Nomb. XIV, 18) ; le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob; le Dieu qui a fait de la charité la base de sa morale ; le Dieu qui recommande partout dans sa parole l'amour, la condescendance envers les ennemis; le Dieu qui, en chair, a prié sur la croix pour, ses bourreaux, pourrait-il connaître, ressentira undegré quelconque, la passion humaine de la colère et de la vengeance? Donc,qttand il nous déclare que la vengeance lui appartient, et que sa colère se déploie du ciel sur les iniquités des hommes, nous devons bannir de nos

(1) Comp. ROM.XÎI. 19,20.

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esprits tonte idée d*un mouvement tumultueux, violent, désordonné et coupable, pour ne voir en lui que l'indignation naturelle et nécessaire qu'il éprouve pour le mal , et l'obligation morale où il est de le réprouver et de le punir. Mais suivant en cela les inspirations d'une Élusse délicatesse , ne lui enlevons ni sa sainte colère ni sa vengeance redoutable ; car la conscience du pécheur ne se réveille que du jour qu'elle croit et qu'elle sait que Dieu venge, que Dieu doit venger les outrages faits à sa loi , les offenses commises envers sa majesté suprême. Le cœur du fidèle ne dépose non plus tout sentiment d'aigreur, d'animosité et de vengeance, que dans la proportion où il est convaincu que le gouverneur moral de l'univers se charge lui-même de maintenir les droits de la vérité blessée, et de soutenir la causede la justice mécomme. Certainement notre Dieu , le Dieu de la nouvelle alliance est, aussi bien que celui de l'économie de fa loi, fin feu cùMuimni (Hébr. XII, 89} (1). Ne l'oublions jamais; caria croix qui nous a révélé les profondeurs de l'amour infini et lesdimensions incommensurables (le la miséricorde divine, a publié plus clairement et plus énergiquement que la loi, les droits sacrés et inviolables de la justice étemelle.

(1) Poor plus de détails, voy. HcriGstlï^BBno, BHhrwge, »r \\, p. 4U 469.

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