ET LA CONFUSION DES LANGUES
tîon spéciale de la Providence dans les causes qui ont amené la dispersion des peuples. Le génie de la langue hébraïque nous paraissait du reste favorable à celte interprétation. Nous en appelions h ces habitudes de stvle familières aux écrivains de l'Ancien et du Nouveau-Testament , qui attribuent , d'une part , à un sujet une action qu'il ne fait que permettre, et qui indiquent, de l'autre, comme résultat immédiat d'une cause antécédente, une œuvre qui n'en est que la conséquence indirecte. Ainsi personne n'ignore que pour prévenir Moïse que l'effet de sa démarche auprès de Pharaon serait l'endurcissement de ce prince. Dieu lui tint ce langage : Va , ei f endurcirai le cœur de Pharaon (Comp. Deutér. II, 30; IV, 19; Jos. XI, 20; 2 Sam. XVI, 10). Ainsi encore, pour prémunir ses disciples contre le scandale que pourrait leur causer l'expérience personnelle des troubles et des divisions que la doctrine qu'ils annonçaient de sa part occasionnerait dans le monde, l'on sait que Jésus-Christ leur disait : Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la (erre ; je suis venu apporter^ non la paix^ mais Vépëe, Car je suis venu meure la division entre le fils et le pére^ entre la plie et la mire, entre la belle^fille et la belle-mire (Matth. X, 34, 35). Ainsi, d'après la règle d'interprétation que nous avions posée et les locutions que nous citions h l'appui , voici comment nous pensions être autorisé à paraphraser ces mots : Confondons leur langage, « Laissons-les se diviser; par
m LA TOOR DR BABEL
leur division nous arriverons à la dispersion que nous voulons obtenir 9 et par b dispersion h la oonfosion du lan^ge. > Dans cette hypothèse, la confusion des langues suivait et ne précédait pas la dispersion : die on était Teffet et non la cause. Les hommes se dispersaient pour cause de diversité d'opinion , et une Ibis dispeisés, leur langue. brisée se multipKaiC en plusieurs rameaux, issus d'un même tronc.
)!dais après y avoir réfléchi davantage, nous avons troiivé que cette manière d'envisager l'événement , non^senlement était difficile à concilier avec le récit de l'écrivain sacré, qui présente positivement la oon* ftision des langues comme le moyen employé pour obliger les peuples à se séparer, mais encore que oeMe diversité des langues, qui s'opère par degrés et par Peifet seul de l'isolement des différentes tribus, était une hypothèse que contredisent à la fois le raisonnement et l'histoire. En effet, il est aussi difficile, pour ne pas dh*e impossible, de concevoir que, sans une rater vention spéciale de la divinité, les hommes auraient pu arriver à trouver eux-mêmes le type de chaque langue particulière, qu'il l'est de se représenter Adam s^essayant sans un enseignement divin à articuler des sons grossiers, qui, se perfectionnant peu k peu chec lui et les siens, auraient fini par former une langue parfaite. Rien d'ailleurs dans rhistorre ne nous prouve que les langues se développent avetee progrès, et que de barbares qu'elles sont à leur
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naissance elles se trouvent perfectioanées et polies au bout de quelques siècles. Tout porte à penser, au contraire, que, suivant Theureuse expression du SAVfint Humbcddt, elles ont été dès Torigine jeiets m mwie dans l'esprit de Tbomme, d'où elles se sont dégagées peu à peu sous TinAuence de la réflexion et de la civilisation. D*où il résulte qu'à Tépoque de la tour de Babel, comme au commencement du monde, comme le |our de la première Pentecôte, Dieu est intervenu d'une manièt*e s|)éciale dans la formation du langage. 11 serait téméraire sans doute de vouloir déterminer la nature propre de Taction providentielle à ces diverses époques. Y a-t il eu création proprement dite? Y a-t-ileu révélation immédiate? ou bien n'y at-il eu qu'un concours actif, puissant, de la part de la divinité? Comment le décider? Mais ce qui nous pa* Fait devoir être admis, c'est que, pour pouvoir parler, Adam a dû recevoir les leçons du Créateur ; c'est que, pour inventer les langues nombreuses qu'ils ont pariées tut après la dispersion, les hommes de Babel ont dà être assistés par la Providence d'une manière entraordinaire ; c'est que, pour proclamer les merveilles de Dieu dans tant de langues étrangères, les apôtres ont été, le jotir de la Pentecôte , les objets d'an miracle positif.
liais au milieu de la diversité actuelle des langues et de la vartété des races, comment retrouver l'unité du langage prînfiUf et l'unité de l'espèce huipinne ?
iOi LA TOUR DE BABEL
Graves questions dont la solution a occupé et occupe encore beaucoup de savants du premier ordre.
Disons d'abord un mot de la première. Les travaux de linguistique ont été poussés, depuis quelques années, avec une ardeur et une persévérance dignes des plus grands éloges. L'on a formé des collections considérables de mots; Ton a recherché leurs racines, comparé leurs formes grammaticales, et Ton est arrivé à la conclusion que quelque grand que soit le nombre des nations qui habitent la surface de la terre, et quelque variées que soient les langues qu'elles parlent, il est possible toutefois de les ramener toutes à deux ou trois grands groupes, qui ont donné naissance à toutes les autres. L'affinité des langues sémitiques est incontestable , et il y a longtemps que l'on a prouvé qu'elles sont sœurs ; voilà pour les langues des descendants de Sem. De savants et laborieux parallèles établis entre plusieurs langues européennes et les langues de l'Inde ont ameuB à croire que l'Inde et l'Europe ne sont pas aussi éloignées qu'on le pourrait croire sous le rapport de l'ethnographie et de la linguistique. L'on est parvenu, en effet, à trouver des affinités remarquables entre l'allemand et le persan, entre le latin et le russe, entre le grec et le sanscrit ; voilà pour les descendants de Japhet. L'étude de plus en plus assidue que l'on commence à faire des dialectes de l'Afrique permet déjà de supposer, si ce n'est de conclure, que les Berbères