SIXIÈME PARTIE
Moyens d'empêcher le développement des dispositions héréditaires aux maladies.
Comme il n'est pas toujours au pouvoir de l'art, de détruire les dispositions héré-
ditaires, soit, parce qu'elles existent à un trop haut degré , soit , parce qu'on n'a point eu recours , d'assez bonne heure , aux moyens propres à les détruire ; ce qu'il reste de plus important à faire , c'est de prévenir le développement de la maladie .
Deux ordres de causes , avons nous dit , doivent nécessairement concourir à la production des maladies , quelle que soit leur nature j de ces causes , les unes que l'on nomme prédisposantes ^ ne sont autre chose qu'un certain état organique, primitif ou acquis , éphémère ou durable ; les autres ^ que l'on connaît sous le nom d'orcasionelles , sont toutes les actions extérieures qui ont une influence plus ou moins marquée sur l'économie : or , lorsqu'on n'a rien fait pour détruire cet état organique , qui constitue la cause prédisposante, ou qu'il n'a pas été au pouvoi r du médecin de le détruire , il est de sou devoir , d'éloigner les causes occasionelh\s qui pourraient produire le développa-
ment de la maladie , ou , en d'autres termes , il doit conseiller aux personnes , qui portent avec elles le germe d'une maladie héréditaire , de vivre au milieu d'un ordre de circonstances qui ne puisse favoriser , en rien , la production de cette maladie. Ainsi, ceux qui sont disposés au scrophule, devront vivre dans un pays où l'air soit habituellement sec et chaud j faire de l'exercice en plein air , ne se livrer à aucun excès capable de les affaiblir , et suivre , en tout , un régime tonique. Les mêmes moyens serviront à prévenir la phtisie tuberculeuse , que nous regardons comme une des formes les plus communes , sous lesquelles l'affection scrophuleuse se développe. Ces préceptes sont fondés sur l'expérience : tous les médecins savent que les nègres, chez lesquels on retrouve une partie des caractères que nous avons reconnu appartenir aux personnes disposées au scrophule , transportés du climat brûlant de l'Afrique au nord de l'Ecosse , se nourrissant
«le pommes de terre , et buvant de la bièrre , deviennent rapidement en proie à la maladie scrophuleuse. Nous avons donné des soins à une femme , âgée de quarante ans , qui , quoique présentant les caractères généraux du scrophule, était parvenue à cet âge, sans avoir éprouvé le moindre symptôme qui annonçât le développement de la maladie. Cette femme quitta la Bourgogne , où elle avait vécu jusqu'alors , pour venir passer quelques mois à Par'.s , auprès d'une tante qui habitait un rez-de-chaussée. C'était pendant l'automne ; la température était froide , et l'air habituellement humide 5 à la vie active de la campagne , succéda une vie sédentaire ; les heures du repas et la nature des alimens et de la boisson furent changés : au bout d'un mois de séjour , un abcès froid commença à se manifester sur le côté droit de la poitrine , au-dessous de la clavicule, ces abcès se multiplièrent. Les anti-scrophuleux, et les anti-scorbutiques les plus
actifs furent administrés sans succès ; voyant la marche rapide de la maladie , et l'inutilité des médicamens , nous conseillâmes à la malade de retourner en Bourgogne ; mais comme elle souffrait peu , elle retarda son départ , et ne s'y détermina que lorsqu'il n'était plus temps ; elle périt quinze jours après son retour. Une jeune personne de vingt-deux ans , présentant aussi les caractères généraux du scrophule, et ayant la voix trèsgrêle , avait vécu à Parme , en Italie , et toujours en parfaite santé. Arrivée à Paris pendant l'été de i8i3 , elle se logea rue Ticquetonne, à un premier donnant sur une cour peu aérée , mena une vie plus sédentaire ? et surtout usa d'un régime beaucoup moins tonique. Sa santé , néanmoins ? se soutint jusqu'à l'automne ; mais , au commencement de cette saison , une phtisie tuberculeuse se manifesta , affectant d'abord la forme d'une fièvre intermittente quotidienne , avec toux sèche , seulement durant l'ac-
ces. Rien ne put arrêter la marche de cette maladie , et la malade succomba au printemps suivant. Nous sommes persuadé que , si cette jeune personne était restée à Parme , elle ne serait point devenue phtisique ; nous sommes même , assez porté à croire , qu'elle se serait rétablie,si sa fortune avait pu lui permettre de retourner en Italie , lorsque les premiers symptômes de la maladie se sont manifestés.
Les personnes d'une constitution sèche et irritable, qui sont disposées à l'hémoptisie héréditaire , devront vivre au milieu d'un air habituellement mou, et d'une chaleur tempérée 5 ne jamais prolonger la veille pendant la nuit 5 ne se livrer qu'à des travaux modérés , tant de l'espritque ducorps; éviter tous les excès, et les exercices violens qui accélèrent la circulation, et déterminent le sang à s'accumuler vers les poumons ; elles devront porterun gilet de fla nelle ^pratiquer chaque jour des frictions sèches à la surface du
corps 5 ne point s'exposer aux passages rapides du chaud au froid , et du froid au chaud; se nourrir d'alimens doux, tels que le lait, les viandes blanches, les farineux, les légumes et les fruits sucrés j ne jamais faire usage d'assaisonnemens épicés , ni de boissons alkooliques , ou autres de nature excitante. Elles devront, en même temps, recourir, par intervalle, aux bains de pied , aux frictions sèches sur la surface du corps ; elles devront , surtout , avoir soin de se tenir les pieds chauds et le ventre libre. Il sera aussi avantageux de faire un usage habituel de boissons mucilagineuses sucrées, et de prendre, de temps en temps , quelques astringans sous forme de pastille, ou de conserve. Si l'individu est sujet à des évacuations sanguines, périodiques ou éventuelles , il faut, avoir soin de les entretenir, et d'y suppléer par de petites saignées générales ou locales lorsqu'elles se suppriment ou qu'elles cessent de se produire.
On préviendra l'épilepsie , en donnant à
l'enfant , une nourrice d'une forteconstitution , et d'un caractère peu susceptible d'éprouver des émotions vives 5 on s'attachera à le fortifier par l'usage des frictions sèches et des bains froids ; on évitera, avec soin, tout ce qui pourrait le surprendre et l'effrayer , ou exciter sa colère j on l'exposera fréquemment à un air frais. Une fois qu'il sera sevré , et qu'il pourra marcher, on lui fera faire, en plein air, un exercice modéré proportionné à sa force. Les alimens dont il se nourrira devront être doux , succulens, et toniques. Comme les congestions qui , dans l'enfance , ont souvent lieu vers le cerveau , sont la principale cause occasionelle de l'épilepsie 5 on aura soin de prévenir ces congestions , par l'usage des bains de pied , et surtout en tenant le ventre toujours libre , et même , à l'imitation de la nature , en provoquant un véritable flux diarrheïque. On joindra , à ce régime , l'usage de quelques toniques anti-spasmodiques,tels que la feuille d'oranger, la valériane sauvage
les fleurs de zinc ; et , dans les cas où il s'établira quelques évacuations vers la ^ tête , on les entretiendra avec soin. Nous pensons , avec la plupart des auteurs , que s'il n'existait aucune espèce d'évacuation \ers cette partie, il serait utile d'en établir, soit, en plaçant un petit vésicatoire derrière les oreilles , soit , en faisant ouvrir un cautère à la nuque j ces derniers moyens ont réussi à Willis 7 qui les a employés chez un nouveau né, appartenant à une famille dont tous les enfans périssaient dans les convulsions , dès qu'ils arrivaient à Page de trois mois. Nous recommandons, surtout, pour le cas dont il s'agit , l'application d'une ou deux sangsues derrière les oreilles. Tous les praticiens savent aujourd'hui de quel puissant secours est ce moyen ; mais ce que la plupart ignorent , c'est que les convulsions, chez les enfans, coïncident presque toujours , avec des évacuations alvines vertes ; qu'ils restent sujets aux convulsions, tant que ces évacuations con-
servent le même caractère , et que le meilleur moyen de les prévenir , est d'obtenir le retour de ces évacuations à leur couleur jaune naturelle : pour remplir cette indication , la rhubarbe en poudre , mêlée à de Phuile avec laquelle on fait des frictions sur le ventre deux ou trois fois par jour, et le sirop de rhubarbe simple , qu'on administre à l'intérieur , sont les moyens que l'on emploie avec le plus d'avantage 5 nous pouvons même dire , avec un succès presque constant, surtout, si on y a recours debonneheure.
C'est en évitant , avec soin , tout ce qui peut exalter les désirs , produire des chagrins et exciter les passions ; c'est en menant une vie sobre et régulière ; en ne donnant aux facultés intellectuelles qu'un degré modéré de développement, et surtout , en donnant plus de force , par un exercice plus soutenu , à la faculté qui , de sa nature , se trouve , en quelque sorte , opposée à celle dont l'exaltation produit le délire maniaque , que l'on parvient à
prévenir le développement de la manie héréditaire. Si l'individu est d'une constitution sèche , l'usage des bains et des boissons délayantes, une nourriture douce et tempérante, concourront avantageusement au même but. S'il est d'un tempérament sanguin , et qu'il soit sujet à des évacuations sanguines , il faudra avoir soin de les entretenir lorsqu'elles existent , et de les rappeler si elles venaient à se supprimer ou à s'arrêter. Dans tous les cas , on devra soigneusement éviter tout ce qui pourrait déterminer un raptus de sang vers la tête. Pour cela , on se tiendra la tête peu couverte , les pieds chauds et le ventre libre. Un régime échauffant , l'usage des liqueurs alkooliques, des boissons excitantes , et des vins généreux , déterminant toujours une excitation plus ou moins vive du cerveau , doivent , par cela même , être regardés comme propres à favoriser le développement de la manie héréditaire : en conséquence , on aura soin de s'en abstenir
le plus qu'il sera possible. Les voyages sont souvent d'un grand secours dans le cas dont il s'agit j ils sont , avec les bains domestiques , les boissons délayantes et laxatives y l'exercice à l'air libre , et l'usage d'un régime tempérant , le meilleur moyen de prévenir le développement de l'hypocondrie et de la mélancolie héréditaires.
On préviendra le développement des maladies organiques du cœur , en évitant tout ce qui peut tendre à accélérer la circulation. Tels sont les exercices violens , de quelque nature qu'ils soient ? l'usage fréquent des plaisirs de l'amour , les passions vives ? telles que la joie immodérée , la colère ; les passions tristes et sombres,, comme la jalousie , dont l'influence sur la circulation est si grande ? qu'elle double ordinairement la fréquence du pouls 5 les chagrins profonds qui agissent en déterminant des spasmes plus ou violens du côté du cœur 5 en provoquant des contractions tumultueuses de cet or-
gane : si la personne est sujette à une évacuation sanguine , périodique ou irrégulière , il faudra avoir soin de maintenir cette évacuation , de la rappeler , et d'y suppléer par des saignées générales ou locales , si elle venait à se supprimer ou s'arrêter ; l'usage fréquent des bains de pied animés , des boissons froides r tempérantes , et d'une nourriture douce , pourra concourir avantageusement au but que l'on se propose.
Lorsque , dans le cas dont il s'agit , comme dans ceux de manie , d'hypocondrie ou de mélancolie héréditaires , l'individu est su j et aux hémorroïdes , il faut avoir le plus grand soin de les entretenir , et même , si elles n'existent pas encore , on doit chercher à les provoquer, pour peu que la nature soit disposée à les produire.
C'est en fortifiant la constitution de la personne , si elle est faible , et la baignant souvent , si elle est d'une fibre sèche y en facilitant l'apparition des règles , et Èeur retour régulier , par des bains de tout
le corps , par des bains de pied , par des frictions sèches sur les extrémités inférieures, par l'usage des amers, combinés avec celui des tempérans et des antispasmodiques 5 en la nourrissant d'alimens doux et substantiels , et surtout , en écartant toute éducation morale capable d'exciter les désirs de l'amour avant l'époque assignée par la nature , que l'on parvient à prévenir le développement de l'iiistérie héréditaire.
L'exercice et la sobriété sont les deux meilleurs moyens connus pour prévenir le développement de la goutte héréditaire j les mêmes moyens sont très-utiles comme préservatifs de l'apoplexie : dans les deux cas , on devra avoir soin d'entretenir les évacuations sanguines et autres qui existent , de suppléer ou rappeler celles qui existaient , de maintenir le ventre libre , et dans le cas de disposition à l'apoplexie , d'éviter avec soin le passage rapide du chaud au froid ? et du froid au chaud.
Comme les affections dartreuses , héréditaires et autres \ sont presque toujours le résultat ou le produit d'une certaine disposition générale de l'organisation , c'est en modifiant l'organisation entière , par un régime convenable , que l'on parvient à en prévenir le développement.
Ce régime , lorsqu'on n'a pas lieu de soupçonner qu'il existe chez l'individu une disposition au scrophule , ou une affection vénérienne , doit généralement être doux et humectant , surtout, si la personne est d'une constitution sèche et irritable 5 l'usage de l'eau à l'intérieur et à l'extérieur , celui des alimens doux et l'abstinence des liqueurs fortes , du vin pur , des boissons excitantes , et des assaisonnemens épicés, sont alors, les meilleurs moyens que l'on puisse employer pour prévenir.le développement des affections dartreuses.
Tous les moyens que nous venons d'indiquer, comme devant former le traitement prophilactique des maladies hérédi-
taires , doivent particulièrement être mis en usage vers l'époque où la maladie a coutume de se manifester 5 il faut alors , redoubler de zèle , et ne rien négliger , de ce que la situation de l'individu permet d faire , pour parvenir au but que l'on s'est proposé d'atteindre.