UN ESSAYISTE : M. OLIVIER MAURAULT H
pas, de tous points, achevé. Et il me paraît convenir admirablement à beaucoup des écrits épars de M. Maurault.
Son esprit s’est posé sur de nombreux sujets. Or, une culture extensive produit des fruits qui ne peuvent être tous d’une pleine densité. Une vaste information s’accompagne ordinairement de vues superficielles. Qui veut dire son mot sur tout, risque de ne pouvoir donner à chacun la profondeur désirable. Il arrivera que la pensée semblera, ici ou là, insufissamment réfléchie. Elle gardera, à l’occasion, un caractère léger, et, en quelque sorte, enlevé. Car le cerveau a ses limitations. Si l’on assigne à sa curiosité l’universalité des choses, comment sera-t-il possible de les étreindre toutes fermement et de les dominer? Plusieurs d’entre elles déborderont le champ de la vision: celle-ci n’en saisira que de vagues contours, des traits fuyants et imprécis. C’est l’impression que m’a laissé l’ensemble des travaux de M. Maurault. Il y en a d’assez poussés. La plupart ont du charme, de l’agrément. Ce sont des choses intelligemment faites, parfois fort joliment troussées. Je crois cependant qu’il leur manque, en général, d’être plus creusés. L’armature en semble parfois un peu frêle. J’ajoute que cela tient, sans doute, non-seulement à la quantité des sujets traités, mais aussi au fait que l’auteur est en pleine pousse. L’on ne peut demander à l’esprit qui est en voie de matu-
ration, la sagacité et la plénitude de jugement personnel dont est capable une intelligence parvenue au terme de sa formation.
Il semble aussi que l’auteur s’entende mieux à remuer des faits qu’à manier les idées pures. Il a un tour d’esprit positif, pratique, clair, avec une nuance de poésie. Il va droit au but. Il n’a aucune tendance à se jouer dans l’abstraction. Il aime le concret. Il m’apparaît fait pour traiter l’histoire, non l’histoire-considérations, ou discours-préliminaire, mais la multiplicité et l’embrouillamini des actes humains. Il se retrouverait vite dans ce dédale ; il ne serait pas lent à dresser le bilan d’une époque. L’un des plus précieux côtés de ses études, — qu’il s’agisse d’art, de littérature, d’éducation, de monuments, — c’est précisément celui-là, à mon sens, les renseignements exacts, qu’elles contiennent, sur la vie des hommes, le passé des oeuvres, les incidents et les accidents, les faits, les dates, les nomenclatures, toute la physionomie variée des existences.
Est-ce à dire que les appréciations artistiques ou littéraires dont elles sont mêlées soient sans mérite? Elles me frappent, au contraire, par leur justesse. M. Maurault a beaucoup de goût. Si ses analyses ne vont pas au fond des oeuvres, jusqu’à l’âme, du moins réussissent-elles à nous en donner une idée nette. Il a le jugement très-sain et trèsdroit. Bien belle qualité. Il ne pourrait verser dans