‹ EstampesChapitre 9 sur 17 · UN ESSAYISTE : M. OLIVIER MAURAULT · texte numérisé non relu

UN ESSAYISTE : M. OLIVIER MAURAULT

celle de M. Curatteau, homme pas toujours commode, mais grand coeur, apôtre de l’éducation, humaniste dévot, qui avait une bibliothèque assez belle pour l’époque et le milieu, composée avec éclectisme, car elle comprenait même du Voltaire. La piété de l’auteur s’étend à d’autres personnages récemment disparus: elle s’efforce de consoler leur ombre plaintive en leur distribuant des palmes et des couronnes que les contemporains leur avaient trop ménagées : un Napoléon Bourassa, donné comme le père des arts chez nous ; un Charles Gill, peintre et poète, meilleur poète que peintre, qui avait un visage à la Musset, un Musset plus robuste, plus énergique, plus viril. Ces morts, M. Maurault en présente la défense et l’illustration; il les enroule dans un linceul de pourpre, après les avoir imprégnés d’aromates.

L’auteur a donc abordé un grand nombre de sujets, entre lesquels seul le vulgaire verrait opposition. Il y a une sphère de l’esprit où se concilient les contrastes, les apparentes contradictions des thèmes. Et comme la théologie enseigne qu’il y a connexion entre les vertus, ainsi entre les idées. Les diverses catégories de l’art s’accordent dans une unité supérieure. Cultiver de douces manies d’antiquaire n’empêche pas d’être tout-a-fait de son temps. L’on peut être à la fois ivre du passé, et très-épris, très-informé du présent, en deviner même les aspirations, le dépasser. La vie actuelle

cl’un peuple ou d’une cité, l’on l’aime sans doute et d’autant plus qu’on en a sondé les racines lointaines, qu’on l’a observée dans son berceau.

J ’ai sous les yeux la liste des articles semés par M. Maurault dans revues et journaux: elle va presque à la centaine. C’est un chiffre, pour un écrivain entré dans la carrière il y a encore peu d’années. Et je ne parle pas de plus amples travaux monographiques : le Collège de Montréal, l’Église Saint-J acques, Saint François d’ Assise. Je m’en tiens pour aujourd’hui à l’essayiste, au curieux de tout.

Le mot essai doit être pris ici dans son strict sens étymologique. Quand on l’applique aux ouvrages de l’esprit, ce vocable signifie naturellement quelque chose qui n’est pas définitif. Montaigne, entre tous, l’a rendu célèbre. Et il y a tant de substance condensée dans son livre, que le titre d 'Essais semble bien modeste pour désigner une matière si rare et si haute. Le vieil auteur s’en est contenté pourtant. Et qui sait? Quand il disait: « le veois encores du pais au delà », ne rêvait-il pas de donner un autre tour plus savant, un cachet plus éternel à sa pensée ? Peut-être que la forme, exquise certes, sous laquelle il nous l’a livrée, lui semblait encore si loin de 1 ’idéal entrevu, qu ’il a voulu marquer, par l’appellation, combien il lui restait de travail à opérer dessus pour la rendre parfaite?

En soi, le mot essai veut donc dire ce qui n’est

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