‹ EstampesChapitre 15 sur 17 · DE NOTRE HISTOIRE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

DE NOTRE HISTOIRE LITTÉRAIRE

quelle raison apporte-t-on pour ostraciser ces grand grands auteurs, et pour les chasser de notre petite république des lettres? Qu’ils ne sont pas nés au Canada. Mais ils pourraient répondre, comme dans la fable: « Comment l’aurais- je fait?. . . » Je ne vois pas que cette raison soit sérieuse. Ces hommes et ces femmes — et ici je pense aux sublimes lettres de Marie de l’Incarnation — ont vécu chez nous; ils ont fait de la Nouvelle-France leur seconde patrie ; ils ont donné leurs soins, leurs travaux, leurs sueurs, et même leur sang pour qu’elle ait la vie. Et l’on refuserait de reconnaître comme nôtres, comme partie intégrante de notre patrimoine littéraire, les écrits qu’ils ont consacrés aux péripéties de notre enfance nationale ? Ce serait du chauvinisme, et qui mènerait très loin. A ce compte, il faudrait aussi bien exclure de nos listes les oeuvres d’un canadien né aux Etats-Unis.

Ce point de vue étroit me semble peu élégant. Maurice Maeterlinck appartient bien à la littérature française, tout belge qu’il soit de naissance. Et Leconte de Lisle? Et Hérédia? Et Moréas? De grâce, ouvrons les fenêtres, donnons un peu d’air et de lumière à notre canadianisme intransigeant, et cessons d’opérer des coupes sombres parmi nos écrivains, sous prétexte qu’ils ne sont pas nés sur le sol canadien, ou qu’il ne l’habitent plus. Il me paraît donc tout-à-fait arbitraire de fixer l’éclosion de notre littérature après la

conquête. Disons plutôt qu’elle a commencé avec notre vie même. Et alors, elle compte plus de trois siècles, elle renferme un nombre d’oeuvres fort respectable. Le moment est peut-être venu d’en entreprendre l’histoire complète. Car cela nous manque. Et tant que nous ne l’aurons pas, notre littérature demeurera profondément inconnue, sauf peut-être de quelques spécialistes. Que saurionsnous de l’histoire du Canada si les historiens n’avaient fouillé les archives et n’avaient organisé en synthèse tous ces documents? Que saurons-nous de notre histoire littéraire, tant que quelqu’un ne se donnera pas la mission de dépouiller à notre profit, de coordonner et de juger la masse énorme de matériaux que déjà elle comprend? Je n’ai garde d’oublier que des essais ont été tentés, sous forme de Manuel ou de Précis. Edmond Lareau est entré le premier en lice. Et il a intitulé hardiment son travail : Histoire de la Littérature Canadienne. Elle a son mérite. Comme elle date de plus de cinquante ans, il est trop clair qu’elle n’est pas au point. Et puis, l’auteur englobe non-seulement la littérature canadienne-française, mais aussi l’anglaise. Il y a quelques années, M. Camille Roy nous a donné un petit Manuel, où il y a des indications utiles. Beaucoup plus complet est le Précis qui vient de paraître à la procure des Missions des Soeurs de Sainte- Anne de Lachine. 180 pages sont consacrées à notre littérature. L’auteur, qui ne nous pardonnerait

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