‹ EstampesChapitre 8 sur 17 · M. OLIVIER MAURAULT · texte numérisé non relu

M. OLIVIER MAURAULT

M. Olivier Maurault donne un précieux exemple de travail. Il faut l’en féliciter; et d’autant plus que ce n’est peut-être pas là le faible de nos compatriotes, pris en général. Les Canadiens ont l’intelligence vive et ouverte, primesautière même, facile. Mais leur indolence à l’égard des choses de l’esprit est remarquable. Ils ont du temps pour tout, si ce n’est pour lire et pour étudier. Ils trouvent le moyen de consacrer des heures à écouter des histoires et à en raconter, à s’amuser ensemble. Ils sont le peuple le plus sociable du monde. Jules César, s’il revenait sur la terre, constaterait bien vite que le goût des Gaulois pour la parole fleurit à merveille chez leurs lointains descendants. S’ils

l Le Petit Séminaire de Montréal (1918). La chapelle du Sacré-Coeur, Eglise du Saint-Enfant-Jésus (1921. L’Ecole Polytechnique de Montréal (1923). Saint-Jacques de Montréal (1923). Saint-François-d’ Assise de la Longue-Pointe, (1924). Le vieux Séminaire de Notre-Dame de Montréal (1925). Le fort des messieurs (1925). A mari usque ad mare (1925).

sont friands de causerie, ils semblent hésiter à s’isoler en compagnie d’un beau livre. L’étudiant, une fois terminé son cours classique, revient-il, pour les savourer longuement, aux grands auteurs dont il n’a lu que des bribes? L’homme de profession, après les heures de bureau, ou de labeur officiel, n’aime-t-il mieux causer interminablement, et fumer sa pipe, que de se renseigner un peu sur le mouvement de la pensée contemporaine ? Ils ignorent vraisemblablement quel repos c’est, pour l’esprit, de s’évader dans les idées générales. Du temps que mon ami Alfred de Celles donnait des chroniques régulières à La Presse , je me rappelle y avoir lu ceci : « La province de Québec souffre d’un excès de célébralité. » Est-ce que de Celles a voulu rire ?

Je loue M. Maurault de rompre pour sa part avec ces traditions béotiennes. Il est si navrant de voir régner l’incuriosité intellectuelle, là où l’on pourrait s’attendre à rencontrer des esprits en éveil, avides d’avoir des clartés de tout. Il a pourtant, lui aussi, ses devoirs professionnels, les plus hauts, les plus délicats, les plus absorbants. Prêtre, il exerce son ministère dans l’une des plus grandes et des plus difficiles paroisses de Montréal. Sans rien négliger des multiples occupations attachées à son état, il déploie, en marge de ses spéciales occupations, une activité qui s’étend à tous les domaines de la pensée. On le voit attentif à toutes les formes de notre vie spirituelle. Aucune des ten-

UN ESSAYISTE: M. OLIVIER MAURAULT m

dances, ou des manifestations, de la littérature et des arts, ne lui échappe. Il ne veut rester étranger à aucun essai, ni à aucun effort en ce sens. Architecture, sculpture, peinture, musique, poésie, critique littéraire, archéologie, histoire, questions sociales, urbanisme, il s’intéresse à tout et dit son mot sur tout. Un talent s’annonce? Il le signale. Un mouvement se dessine, en quelque genre que ce soit? Il est là pour l’accueillir, l’aider, le diriger. Le nouveau l’attire: rien ne paraît chez nous, ou à propos de nous, qu’il n’en prenne tout de suite connaissance, n’en devienne averti. Les entreprises hasardeuses ne sont pas pour lui déplaire. Ainsi, l’école du Nigog a reçu son encouragement. Est-il entré dans l’Arche? Je n’en sais rien, mais je parierais qu’on lui en a fait l’invitation. Car l’on aime, dans le monde des jeunes artistes, cet abbé si ouvert à tout ce qui cherche à s’affranchir du poncif. Et comme il tourne aussi vers le passé un regard inquisiteur et sympathique ! Les vieilles choses lui semblent pleines de grâces. Apprend-il qu’il y a, non loin, au bord d’une rivière, pittoresque comme son nom, un manoir, ombragé de grands arbres, tout fleuri de souvenirs, charmant de style? Il s’y rend, le visite, l’interroge, en rapporte une description exacte, émue, accompagnée d’un dessin complétant l’évocation. Il déplore l’incurie dont sont l’objet les monuments anciens. Les rares débris du vieux temps, il voudrait qu’on les épargnât; il

nous en rend l’image familière. S’il n’en dépendait que de lui, ces témoins des âges révolus seraient assurés de la pérennité. La pioche du démolisseur ne s’y attaquerait jamais. Il a certainement réussi à répandre un état d’esprit favorable aux choses menacées par le temps, et, ce qui est plus grave, par le vandalisme des hommes. L’on n’est plus si indifférent à la grande pitié des quelques demeures archaïques qui nous restent. Merci à celui qui ne perd pas une occasion de plaider leur cause. Je lui pardonne le titre d’un de ses articles : Les Maladies des Maisons, à raison du sentiment qui l’inspire.

Si M. Maurault savoure les vieilles pierres, il se plonge également avec délices dans les Archives poudreuses. Sulpicien, il est tout naturel qu’il se plaise à étudier le passé de la Compagnie. Comme ces messieurs furent, dans les origines et jusqu’à nos jours, intimement mêlés à notre vie sociale et religieuse, spécialement dans la région de Montréal, remuer leurs cendres, c’est toucher à tout un côté de notre vie primitive. Saint Sulpice, au reste, a de riches archives, bien tentantes. Et l’on comprend que M. Maurault soit allé leur arracher quelques-uns de leurs secrets. Des faits inconnus ont été ainsi exhumés par ses soins. Des figures pâlies, oubliées, ont été tirées des limbes où elles s’ensevelissaient de plus en plus : — celle de M. Dollier de Casson, prêtre insigne doublé d’un ingénieur hardi,

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