‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 116 sur 276 · Icharet, signe, ordre, Ojl^l · texte numérisé non relu

Icharet, signe, ordre, Ojl^l

en medra quelques padasses sur le haut de ce riz et commandera à un de ces valets d’en porler à un tel ou à un tel, tant que chacun aye sa part. Ainsi il emplira de ces saugrenées de petites escuelles et l’enverra ça et là regardant qu’un chacun aye ce qu’il luy faut. Ainsi fera il du rosti, le rompant et deschirant à belles mains pour servir un chacun, qui, estant servis, ces valets sont tousiours en pieds au milieu de la nappe, leurs pieds fumants servant de cassolettes ; c’est icy qu’il faut être attentif: un chacun la teste basse donne tout do bon. Vous voyez nos gens à pleins poings prendre une poignée do riz, echarogner un peu de ce bouilly avec les ongles, avec un peu de pain prendre du lait et le verser sur ce riz et sur celte viande, que quelquefois ils saleront avec du sel qu’ils auront pris en la salière avec leur poulce mouillé de leur salive, ah deJien; lors, de tout ce salmigondis, ils font une pelotte qu’ils tournent, virent, durcissent entre leurs doigts comme une balle de fauconnerie, la jettent si adroitlement dans leur bouche qui s’élargit à l’équipollent qu’il faut que leur ésopbage crève ou donne passage à ce morceau, qui, secondé de deux ou trois tout au plus, est pour faire sortir la faim, et ce par force, de l’estomac le plus famélique du monde.

Vous voyez nos gens la bouche et barbe grasses, les mains elles bras à descouvert presque jusqu’au coude; car, se servir de fourchette ou de couteau, lever une aisle de poulet après la cuisse, faire une balte d’un beau verre de vin pour saluer la compagnie, il n’y a point de nouvelles ; il n’y a point d’attente au jeu de : J’en suis, comme disent les petits enfans. Icy nostre Mirza prendra un poulet au défaut des costes, luy enfonçant les ongles et les doigts dans le ventre, il le mettra en deux pièces, dont mettant une dans sa bouche dont les dents, quoyque en demi tour, ne céderoient point aux pierres d’un moulin au faict d’écraser, vous voyez que l’un après l’autre, il fera tomber les os de ce pauvre poulet dévoré sur la nappe et sur son pain.

Quelquefois pour faire couler les trop grossiers et mal agen-

c6s morceaux, il y aura du chourbel\ qui sera eau de grenade ou du limon avec du sucre et de la glace dans une escuelle ou tasse avec une cueiller pi ofonde au possible ; il en prendra un peu dont la moitié luy tombera sur les moustaches et la barbe- Ainsi tous nos convives, à qui mieux mieux, comme si la nappe cstoit d’emprunt, tascheiit à leur pouvoir de la descliarger. Le voisin ne dit mot à son voisin, si ce n’est quelque monosyllabe, encor entrecoupé de quelque morceau qui cherche son chemin et en moins de rien, l’airée estant battue, voilà tous nos gens qui auparavant ayant courbé la leste presque sur la nappe, se redressent, les mains et la bouche grasses. Tous ces valets ramassent peu qui reste, ostent les plats, les fragments de pain et de viande, et entortillent tout cela dans la nappe qu’ils enlèvent.

De prièi’es avant le manger ou après, ils n’en font autant que des pourceaux souhs un chesne à qui l’on bat du gland. Alors un serviteur s’en vient avec un bassin et un aftabe^ qui est le mesme vaisseau à bec long avec lequel ils vont aux lieux se nettir; il se présente devant le principal convié. Icebiy le renvoie aumaistre de la maison et ainsi par déférences alterner t. Cebiy cy se lave les mains jusqu’au coulde, tnerplïak"- , prend de l’eau dans le creux de sa main, la met dans sa bouche pour s’en faire un gargarisme qu’il rejette dans le bassin sans se détourner de la compagnie. .•\vec cette eau et ses doigts il prendra sonnez, binï\ l’étreindra pour en faire sortir ab bini" qu’il jettera encor dans le bassin en secouant ses doigts, qui ne manquent pas encore d’en faire part à la compagnie, ensuite ilprendi'a son mouebouër propre, carde serviette ou linge ployé en oiseaux ou poissons, il n’y en a point. .Après s’estre essuyé, le valet avec le bassin, fera le tour

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