‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 117 sur 276 · Siny · texte numérisé non relu

Siny

de la compagnie en faisant station à chacun de ces saincts tant qn’il aye faict avec la mesme civilité que le précédent son debvoir.

Cela faict, un chacun se rapproche de la muraille, et s’adosse h des coissins qui sont là; l’on rapporte les galions; un chacun faict grenouiller son eau et fume de sorte que cela nous empeste, nous autres Européens. Durant ce peu de temps, quelques fragments de ce souper sont j)ortés aux valets, chater ^ de ces messieurs qui gardent leurs chevaux à la porte. Les ennemis de Daniel ne furent pas si tosl dévorés des lions que ces reliquats le sont de ces affamés, car celuy qui leur porte le tabake^ ou bassin, à peine l’a-t-il mis à terre que le voilà deschargé et en estât d^estre remporté sans leur faire tort. Nos messieurs convives sont là un petit demi-quart d’heure ; aussitost un chacun se lève, et sans beaucoup de compliment, sinon un kronéabadon^ [(\ViQ vostre maison prospère), cherche le chemin de la porte, monte à cheval et met haut le pied. Si c’est une personne de grand mérite, l’on la fera conduire avec une lanterne de Judas, qui sont icy telles que dans les images l’on les peint, sçavoir, comme un réchaud plein de guenilles huilées de suif et de graisse, le tout enmanché en un long baston, car de flambeaux ou à tout le moins de falots, il n’y en a point. Voilà la manière de manger et de festiner du pais. Je ne désirerois autre chose , sinon que ces gaillards de Thostel de Bourgogne en eussent les idées aussi vives que moy pour en divertir quelque fois leurs auditeurs et pour leur apprendre que si la civilité au manger est icy, eux ne l’ont aucunement.

La coustume n’est donc icy que de faire deux repas le jour : le chachte^^ qui est vers dix ou onze heures ; ils mangent des

Page 1