Guiran
C’est que l’homme mescontent de sa femme en espousera encor une autre, négligera et mesprisera cette première, favorisant en tout cette seconde : l’émulation et la jalousie commencent à maistriser l’esprit de cette première, qui, ne pouvant plus supporter tant d’affronts, demande le talak (répudiation), et sondouëre, meher. Le mari faict du renchéri, disant ne vouloir point de séparation avec elle : « Que vous manque-t-il? dit-il, qui vous pique? Si l’on vous faict tort, si aucuns vous molestent, dites-le moy, je mettrai le remède, alage, nécessaire. » Cependant, il se plaist à voir les jalousies croistre; l’autre proteste vouloir sortir, iceluy n’en veut point entendre parler. La femme hiy dit : « Je vous laisse tant de ma dot et me quittez. » Celuy cy, entendant parlementer celte ville, redouble ses efforts ; l’autre crie, pleure, et dit : «Avec un tiers de mondoüere, me laissez sortir. » Iceluy faict la sourde oreille ; la femme, qui voit bien l’encloueure dit : « Gehejinem, je vous laisse tout mon doüere. » Alors il voit que cela va assez bien; peut eslre la traitera-il si mal encor que, outre son douëre, elle lui quittera tout son trousseau, et se contentera, ainsi despouillée, de sortir. L’homme qui verra un beau jeuelce gain apparent, luydit: « Bon, allons chez le kazi ; » là, les parties disent leurs mécontentements; enfin l’on leur taille un papier de talak (répudiation), et désormais ils ne se sont plus rien l’un à l’autre.
Si ensuite l’amour ou le souvenir l’un de l’autre les vouloil remarier, ils le peuvent faire, en faisant venir un moiilna qui relise les paroles de signé. Ainsi, de divorce et de réunion ils peuvent faire jusques à trois fois, la quatrième non, car faisant cela, ilparoistroitlrop d’inconstance entre cesparties. La loy du Mahométisme ordonne que cette femme se marie à un tiers, aye affaire avec luy, puis iceluy luy donnant le talak., elle peiist retourner avec son premier mari, chouher\ autrement non.