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nable et estre en estât de n’avoir plus, faute de cognoissance, aucun dégoust des adversités de la vie humaine. Ils ne boivent pas le vin pour son goust, ny encor moins pour aider et haster la digestion,ains seulement pour s’enivrer : aussi, cependant, ne mangent ils rien que quelque fruict à moitié meur, na residé\ ou pareilles choses, car durant leur repas du soir ou du matin, ils ne boivent que de l’eau. Vous verrez ces gens cy dans un megeles (assemblée de ■vin), une petite pialé^ à la main, la faire emplir jusques cà comble, l’escarter de dessus leur habit, de peur que quelque goutte venant à tomber dessus ne le rende neges (poilu), ensuite marmotter en leur bouche quelques prières ou paroles d’excuse de transgresser ainsi manifestement laloy en buvant de cette liqueur qui leur est très justement deffendue, enfin ouvrant la bouche, jelter dedans tout d’un coup le breuvage après lequel ils font les mesmes grimaces qu’un malade dégouslé que l’on faict boire par force cà la sauté d’un apothicaire. Ils continueront ce choquement de tasse, leur langue y estant conforme, pialé zeden tant que, comme pourceaux, ils tombent sans raison et jugement, seulement agités et meus du principe prédominant de leur tempérament, mezage \ car les uns seront des lions, d’autres des pies; d’autres complimentent aux excès d’extravagance, d’autres règlent l’estât et la politique, enfin là vous verrez des fols naturels, puisque, en cet estât, la pure nature de beste agit et destitue delà conduite de la raison. Celuy qui s’est habitué à cette belle vie, en premier lieu, les mains commencent à luy trembler, les yeux à s’appetisseret à s’obscurcir ; si s’aper-
cevant de ce désordre, il quitte le vin tout d’un coup, il est mort; s’il le continue, il n’en eschappera pas. Enfin, voilà la