Kouknar, pavot blanc
ces messieiirs-là, que l’on appelle kokenare kroné^ . Kutl commençants l’on donne de la décoction faicte de l’escorce de pavot, qui les entestc et les enivre ; à ceux qui sont un peu plus avancés, l’on rectitie davantage cette décoction comme estant plus malaisés à esmouvoir; aux parfaicts l’on donne du susdit extraict, en augmentant peu à peu, car comme la nature s’accoustume à la froideur violente de cette drogue, ils ne voient plus d’illusions (à l’ordinaire. Or, la nature estant accoustumée cà cette prise de enfion'^, s’ils manquent à leur heure d’en prendre, en tardant par trop, infailliblement, dans trois ou quatre heures de soufrance les voilà morts ; et si une personne accoustumée à cela va aux champs et a oublié de se fournir le long du chemin peu esloigné du logis, en retournant, elle sera en danger de passer le pas avant que d’arriver. Dans les kokenar kroné^ petites cahuettes, là où s’assemblent ces grands personnages, vous les voyez jouer toutes sortes de personnages : qui pleure, qui rit aux auges, qui faict des contes à la cigogne, qui faict venir des ambassadeurs de toutes parts, qui sçait plus de nouvelles que le gazetier du bureau d’adresses. Enfin, c’est le plus grand divertissement du monde que d’entendre leurs discours et de voir leurs postures. Ceux qui sont plus honnestes et retirés font ceci dans leurs maisons en leur particulier. Pour le kokenar, ils l’envoient quérir à leur heure dans des bouteilles au kokenar kroné; pour \enfion, ce sont boutiquiers particuliers qui ne vendent autre chose que tel poison. Icy d’aucuns qui, par désespoir, voudront se faire mourir à leur aise, prendront un gros morceau de cet enfion, puis ils boiront du vinaigre par dessus de peur que les leurs, en s’apercevant de cela, ne leur donnent pour les sauver quelque vomitif. Cet enfion ainsi pris et du vinaigre par dessus n’a plus aucun autre terme que la mort : cet