Efîoun, opium
homme commence un peu comme à sommeiller et à rire en mesme temps, puis il continue en cet estât de riant et à moitié assoupi jusques à ce qu’il passe au lieu des pleurs et là où il n’y a plus de repos.
Bengue ‘ est une autre espèce de breuvage faict avec du cliènevis, fueilles de chènevière et autres belles drogues amères au possible. Les gens adonnés à cette potion ont continuellement des illusions en la teste et sont comme des personnes qui resvent en veillant. Leur couleur est comme celle d’un mort déterré. Ce breuvage est si violent que, par leur loy, il est deffendu, ce qui le faict encore plus à désirer.
Outre ceuxcy cognus de tout le monde, ils ont encore d’autres opiats^ (conserves de folie), dont les compositions
diverses ne tendent qu’à les rendre comme insensés, et à leur donner mille et mille phantaisies d’hypocondriaque dansla teste. Vous les voyez dans les rues qui parlent en eux-mesmes, font des soliloques, et rient aux anges ; ils sont courtois, d’un visage gay et joyeux lorsque la drogue opère; car avant que les ventricules du cerveau soient remplis de ces vapeurs, ils sont de mauvaise humeur, mélancoliques et hargneux, d’où est icy la coustume de dire à un homme qui conteste hors de propos, miguer theriaque ton ne résidé est^ (peut-eslre que ta drogue ne faict pas encor son eftect)? Voilà comme l’on en use icy en Perse, et de toutes ces choses suscitées, je ne croy pas que de dix mille, vingt personnes en soient du tout exemptes, puisque mesme dans les compagnies où l’on s’est assemblé pour passer le temps le plus joyeusement, l’on vous en offre et l’on est presque contrainct pour ne pas dégénérer de cette espèce irrationnelle.