‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 161 sur 276 · Sipèhsalar · texte numérisé non relu

Sipèhsalar

n’y a rien de tout cela icy. Ce sont des hommes contre qui nous nous battons en Europe, et ainsi nous sommes obligés d’user de méthodes rationnelles; les gens icy n'ont que les déserts, les longueurs de chemins, la faim, la soif et la lassitude à combattre ; ils vont qui devant, qui en arrière, comme des troupes de besles. Si, quelquefois, ils sont en cervelle pour la proximité de l’ennemi, ils envoiront sur les coupeaux des montagnes quelques espies pour descouvrir. Le soir estant arrivé pour se camper, ne vous imaginez pas une place d’armes fermée faisant front de tout costés, là où les divers quartiers bien compartis pour les vivandiers, huttes de soldats, estables de chevaux, logis des capitaines, colonels et autres officiers sont divisés par règle et compas, selon la proportion du terrain et du corps de l’armée ; icy, le plus beau et commode sera arresté pour le général et autres des plus appareils, le reste se loge où il peut ; chacun tend son pavillon, qui de çà, qui de là, de sorte que vous voyez comme un grand village dont les maisons sont de toile rouge, verte ou jaune. Pour les vivandiers, qu’ils appellent bazari, doukendei\ bakkal' , chacun faict sa petite cuisine dans une fosse en terre, avec deux ou trois pierres sur les bords, la pignate dessus et un peu de feu de broussailles ramassées de çà et là et d’ordinaire de crottes de chameau ; d’ordinaire tout est cher dans l’extrémité. Pour le pain, aucuns le font sur une platine de fer, la paste est fort étendue avec un roleau, et ils la mettent dessus comme en France l’on met un rabat ou une collerette sur un tour pour l’empeser. D’autres comme plus puissants, ont un four portatif : ce sont deux grandes pièces de fer comme de demi-quarts garnis de gros clouds dedans pour retenir l’argile dont ils sont enduits. Les deux pièces jointes ensemble, feront comme un grand quart plus estroit par le haut que par le bas.

1. Ordou bazary, marché du carap,,^ jljb jjjl , Doukkandar, boutiquier, jIjCISj, Baqqal, marchand de légumes, épicier, Jlâ

Li'i dedans, l’on fait un grand feu de flamme, et auloiir, par dedans, ils plantent leur paste mise en forme do tourteau ou escliaudé qui cuit comme collée aux parois de cette machine; et ce pain icy est le meilleur, car si on clierchoit du pain de la reine ou de la belle cuve pour son repas, l’on pourroit bien s’en aller coucher sans souper.

Ce qui ruine encor ces armées, c’est que pour cinquante mille combattants efl'ectifs, il faut au moins quatre cent mille hommes, ces bouches inutiles estanl^<7?'éo«.9'{chameliers),/«rracAÉ'v‘ (tendeurs de pavillons), saccatchi^ (arroseurs d’eau), chaters" (laquais), meters'-’ (palefreniers); en outre, il y a une quantité infinie de chevaux, de chameaux et de mules, pour porter tout ce bagage, car icy personne ne marche à pied. D’attendre dans ces païs des batailles rangées à un jour déterminé, là où les volontaires, pour espérance d’honneur et de gloire, accourent de toutes parts pour se signaler et se rendre recommandables, il n’y a point de nouvelles. S’ils sont pris entre deux portes, comme des chiens, ils monstreront bien les dents; surpris entre des montagnes, ils tascheront de se deffendre, s’ils se voyent les plus forts; sinon ce sera de se battre à la Parthe, c’est-à-dire en fuyant. Tout leur déduict n’est que voltiger à l’entour de l’ennemi non pour luy enlever des quartiers, mais pour luy couper les eaux elles vivres et faire que la famine et la misère luy fassent ce que leurs mains innocentes n’oseroient pas entreprendre.

Pour ce qui est d’assiéger une place forte, ils nous surpassent à creuser la terre et à la renverser, et non pour y planter des mines telles que les ont inventées nos ingénieurs et pyrobolistes

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