Allaliou ekber, Allah est le plus grand, jf\ aill
Voilà donc ce qui regarde icy l’estude et son administration. Vous ne trouverez rien d’approchant à ces grandes et plaisantes Universités d’Europe, à ces académies célèbres où la piété et la science se disputent le prix; rien de ces beaux rangs de docteurs, de bacheliers, de maistres aux arts, de licenliés aux droicts civil et canonique, ni des privilèges que les princes séculiers pour le temporel leur ont attribués, et les ecclésiastiques dans la communication des bénéfices par le moïen des gradués, qu’en France l’on appelle par ironie les mois des enragés.
Touchant la justice, d’ordinaire en chaque ville, il y a un kazi auquel appartient tout le civil, comme de décider les procès à raison des partages et des debtes ; il passe les contracts, les achapts ; il cognoist des mariages et de la répudiation de femmes, talak. Ce kazi est investi parle cedre^ excepté dans les grandes villes, où le bon plaisir du roy doibt intervenir tant pour le lever d’office que pour l’y installer. Icy la justice ne se passe point par intimés appointés à escrire, par recouvrement de nouvelles pièces et mille autres intrigues qui donnent aux parties le loisir de mourir avant de voir le gain ou la perte de leur procès. Icy, il n’y a point d’advocats qui remonstrent et soutiennent le droictdes parties, point de greffiers ni de procureurs. Quelqu’un ayant affaire avec un autre s’en va en personne chez le kazi se plaindre du tort qu’il luy a faict, et comme l’on dit, le premier coup en vaut deux. Si celuy-cy entend son mestier, il commence par luy graisser la main. Le kazi commande à un de ses serviteurs, car il en a quantité qui n’ont point d’autres gages que telles corvées ; celuy-cy les appelle tous deux le jour que le kazi se sied dans une chambre de sa maison pour entendre les parties, car de palais pour ce subjcct il n’y en a point. Un chascun dit ses raisons; celuy qui aura fait sonner plus haut quelques ducatons aux oreilles de ce Barthole sera le mieux entendu. Un chacun crie et clabaude ; le kazi aussi de son costé, qui, ennuyé, ne manquera pas encor de dire quelques injures du pais, goh
kourdi^ (tu as mangé la plus fine), ser be divar zedi^[{\x t’es cassé la teste contre le mur); enfin, après plusieurs altercations, le kazi assis sur son derrière comme un singe, les parties debout, si ce sont gens de néant, ou assis proche de luy s’ils sont un peu plus que du commun, prononce sa sentence que l’on peust dire eslre plus que arrest de parlement, car icy il ne se parle point de requestes civiles, ni d’appel.
Pour les ventes et les achapts, l’on les faict faire par un des moulna du mhakemé^ (escrivain de In justice), qui sont comme serviteurs de Saint-Innocent et qui sont de la cognoissance du kazi et sur lesquels il ne laisse pas encor de tondre le papier de vente et d'achapt, puis les parties se montrent d’accord devant le kazi^ et le kazi en son langage, dit : « Tel bien est-il cà toy? — Ouy. — Le vends-tu à un tel? — Ouy. — Es-tu content (lu prix? — Ouy. — N’as-lu point d’associés en la possessoin de cela? — Non. » Enfin, il escript son nom au bas, puis mouillant avec lalangue un peu le papier et barbouillant d’encre le cachet, qui ne porte que son nom et quelque devise à sa fantaisie, il imprime son bul, puis il le rend à la partie.
Icy, il n’y a point de notaires, point de registres pour les grosses et les minutes. Néantmoins quand c’est quelque chose de conséquence, il y a un libvre chez le kazi où l’on le transcrit, ce que l’on appelle mettre au zepte’' de peur de perte du papier principal.
Comme l’usure et le prest à intérest sont défendus par la loy, il y a le hilé cheraiat'^ (la finesse de la loy). Celuy qui près tant cent tomans en veut avoir vingt de profit, porte cent tomans devant le kazi avec un petit moucboüer de deux ou trois francs