‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 176 sur 276 · Hilébi cheriyèh, subterfuge légal, aL · texte numérisé non relu

Hilébi cheriyèh, subterfuge légal, aL

et dit : « Mirza (seigneur), je preste à cet homme là, à me rendre d’icy à un an, cent tomans et ce petit mouchoüer que je veux vendre vingt tomans, aussi à païer dans un an. » Le kazi luy demande ; « Estes-vous content de ce prest et de cet achapt? » Il dit ouy. « Dans un an d’icy vous luy serez redebvable de cent vingt tomans. » Il respond ouy; alors, l’on faict escrire un papier que le kazi signe comme dessus. Voilà comme, assez grossièrement, ils vuident l’explication indéterminée de nos casuistes de ces deux termes damniim emergens et lucrum cessans.

D’autant que ce kazi comme trop surchargé d’affaires ne pourrait pas suffire, l’on a faict une autre justice qui ne luy est pas subalterne, sçavoir :

Le cheik esloitm (ancien de laloy). Celuy-cy, comme dessus, sans longue estude du code ou du digeste, juge à droicle et à gauche, comme le précédent, et selon que luy ou l’autre aura plus d’accès et de grandeur chez le roy ou le cedre, les affaires iront plus de son costé. les parties croyant que leur décision sera plus stable.

Il y a bien encor quelques solliciteurs de procès qui sont créatures du juge, qui plument la perdrix et le chapon, faisant fort les empressés pour conserver et poursuivre le bon droict de l’un et de l’autre.

Le cedre encor d’un autre costé, quand bon luy semble, entend les procès, et ny les uns ny les autres ne sont dépendans l’un de l’autre. Chacun est en sa maison, à l’heure qu’il veut, toutefois le matin, en l’habit ordinaire, car de robes de palais, de bonnets quarrés et autres choses extérieures qui, tacitement sont pour advertir les juges, par cet appareil extérieur, qu’ils sont lieutenans du roy et dédiés à qui appartient d’exercer Injustice et qu’ils doibvent considérer ce qu’ils font de peur de déshonorer leur chef si, soubs son nom, ils prononcent quelque chose d’injuste ; ils n’ont donc que leurs habits ordinaires.

toulefois modestes comme ceux de de couleur blanche

ou obscure, el non point éclatante comme les gens d’espée. Icy il n’y a rien de ce bel ordre de nos justices subalternes, de nos sièges royaux et présidiaux, de nos parlements, dont les dépendances et appels des uns aux autres forment de merveilleuses hiérarchies. Mais les pauvres ou plus tost les opiniastres plaideurs en paient la subsistance.

Pour estre cheik esloiim ^ juge, etc., cela n’est point attaché à l’obligation d’avoir des lettres de licence des grandes escoles.

Soubs les juges nous pouvons mettre encor les professeurs de médecine, qui icy, d’ordinaire, jugent et exécutent en dernier ressort. Un talebelme (escolier) qui voudra s’adonner à la médecine, prendra, quelque temps, leçon de celle faculté là où bon luy semblera, car icy il n’y a point de Montpellier. Après qu’il aura appris quelque jargon pour endormir le malade, par le moïen de ses amis, il se présentera au premier médecin du roy pour avoir licence d’iceluy de tuer le monde sans en estre repris. Ce nouveau Galien ou Esculape jette les yeux sur le quartier, mhallé\ ou canton de la ville qu’il verra le plus destitué d’ouvriers. 11 se plante là, estend un petit tapis, met son escriptoire à coslé de luy, avec une petite caisse ou armoire contenant des petits pots pleins d’ordures et autres ravauderies. Les femmes, qui en ce pays cy, leur servent par leur concours comme les pies et les geais, à assembler tous les oiseaux d’un pais sur les gluaux d’un homme qui, avec un chat-huant attaché sur une tonnelle de rameaux ployés, faict la pipée, vont et viennent et assemblent les chalands. Celuy-cy faict l’entendu, interroge ses patiens méthodiquement : « Depuis quel temps estes-vous malade? Dormez-vous? Avez-vous appétit? Quel costé vous faict plus grande douleur? Estes-vous

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