Sedef, coquille, écaille
« Il y a une pescherie de perles autour de l’isle de Bahren dans le golfe Persique. Elle appartient au roy de Perse et il y a une bonne forteresse où il entretient une garnison de trois cens hommes. . . Pendant que les Portugois tenoient Ormus et Mascale, chaque terate ou barque qui alloit pescher estoit obligée de prendre d’eux un passeport qui coustoit quinze abbassis et ils tenoient toujours là plusieurs briganlins pour couler à fond celles qui n’en avoient pas voulu prendre. Mais depuis que les Arabes ont repris Mascate et que les Portugois ne sont plus forts sur le golfe, chaque homme qui va pescher paye seulement au Roy de Perse cinq ab-
de la semence de perles ou quelque grosse perle bien formée qui soit de grande valeur, et encor il faut bien la cacher, car garde que les gens du roy en ayant quelque nouvelle, ne la prennent pour le roy. Peut-estre aussi que les ouvreurs pourront bien la cacher et en frustrer le maistre, car la conscience icy est marchandise fort courante.
Touchant les diamans, un riche marchand prendra vers Golconda tant de terre en quarré, puis il assemblera quantité de ces pauvres Indiens, leur fera faire des puits çà et là, et ce de la profondeur de six ou sept pieds, non plus, car plus bas il n’y a rien. La terre qui en sort, est passée au crible, cavé^, et, peut-estre se trouvera-t-il quelque chose de bon, peut-estre rien, et si le marchand estant présent n’a tous les yeux d’Argus, ces ouvriers, voyant le petit morceau de terre seiche dans lequel ils jugent estre le diamant, le jettent aussi subitement dans la bouche que font nos joueurs de gobelets en France. Or, peut estre que ces puits que fera fouir ce marchand auront esté ouverts et recomblés d’un temps immémorial, et cependant, la pie ne sera plus au nid.
De Pegu viennent icy les rubis, yakout^\ d’Occident viennent les émeraudes, zemrou(P ; de la Tarlarie, la pierre d’azur, lageverde'. Depuis peu, ils ont trouvé icy en Perse, vers Yezde,'une
bassis, soit que sa pesche soit bonne, soit qu’il ne trouve rien. Le marchand donne aussi au Roy quelque peu de chose de chaque millier d’huîtres.
« La seconde pescherie de perles est vis-à-vis de Bahren sur la coste de l’Arabie Heureuse, proche de la ville de Catifa, qui appartient à un prince arabe avec toute la contrée d’alentour. Toutes ces perles qui se peschent dans ces lieux-là se vendent la plus part aux Indes, parce que les Indiens ne sont pas si difficiles que nous, tout y passe aisément, les baroques aussi bien que les rondes et chaque chose à son prix, on se défait de tout. Il s’en porte quelques-unes à Balsara. Celles qui vont en Perse et en Moscovie se rendent au Bander Congo à deux journées d'Orinus ». Tavernier, Voyatjes, t. II, p. 360-361.