‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 208 sur 276 · Talar, j'iiJ · texte numérisé non relu

Talar, j'iiJ

KSTAT HE l.A PEHSE

Ces lieux-là sont fort délicieux pour Testé et le temps de chaleur, car outre que dans le milieu de ce terrain est d’ordinaire un bassin d'eau, haouse^ faict de marbre blanc, il y a de beaux tapis de Turquie pour s’asseoir, avec des coissins de diverses esloffes assez précieuses, pour s’accouder. Le vent donnant de tous les costés donne une fraischeurqui, dans cette mesme saison, est de requeste. Pour ce mesme subject, ils ont encor une certaine machine appelée ‘ (vent de femme). Ils bastissent

comme un fort haut tuyau de cheminée de deux ou trois toises en quarré, dont le canal est divisé en quatre parties opposées aux quatre parties du monde; le sommet de cet édifice debvant surpasser tout autre est faict de telle ouverture que, de quel coslé que le vent souftle, il s’entonne dans les canaux qui l’obligent de couler en bas sur une haouse pleine d'eau qui cause une fraischeur indicible. Mais ceci n’est pas pour tout le monde, ains pour les plus grandes maisons.

De ces grandspor tiques qui dans nospaïs sont l’entrée desgrands hoslels, icy il n’y a rien de cela. Le tout est d’une façon assez médiocre, les plus relevées estant de briques cuites et taillées, par quelque espèce de comparlimens, non que la muraille soi t entièrement faicle de briques cuites, ains elle en est seulement parée, le reste n’estant que de matons cuits au soleil. 11 en est ainsi des cabinets d’Allemagne, le corps estant de poirier ou de pommier peints en noir et les parures d’ébène collé dessus pour les faire paroislre tout de ce bois estranger. Icy il n’y a point de ces beaux et hauts clochers dont les pointes à perte de veue semblent entrerdans lasupresme région de Tair. Enfin, Tart de Tarchitecte tel que nous l’avons ne ressemble en rien louchant les règles avec celuy cy. Ce sont divers pais : Tuu veut l’utile, le nécessaire et le délectable, l’autre à peine a-t-il le nécessaire. Les seules

1. Baclzen, jl, , ne signifie pas le vent de femme, comme le [irélend le Père liaphaël, mais bien qui fait descendre le vent. Ces tuyaux portent aussi le nom de Badguir

iiiacliiiies pour nos grands bastimens, ces grues, moutles, moulinets pour enlever les poutres et les pierres, reviendroient à plus cher que tout l’ouvrage et tous les ouvriers d’icy, et nonobstant tout cela, en nos pais, l’on croit que les édifices estrangers sont des palais elles nostres,àleur respect de petites chaumines.

llammul'^ sont portefaix, qui icy, non pas avec des crochets et des lioltes, comme à Paris, mais avec une sonquenille qu’ils ont sur leur corps toute rapetassée et enflée de diverses pièces et de guenilles, dite pala'^ \ ils la ramassent comme un gros coissin sur leur dos, et ils portent de très grands fardeaux autant et plus que les anges de Grève.

Piiièdoiize \ savetiers. 11 n’en manque pas non plus dans le pais qui professent cette vénérable vocation et mesme communiquent avec la pluspart des artisans, kasseb \ cy dessus descripts, et quoy que en des boutiques diflérentes, leur façon de travailler a quelque chose de commun.

Chemchir baze % spadassins. Icy il ne faut point chercher des maistres d’escrime, des prévosts de salle non plus que des fleurets, encor moins des jeux de tléau, d’espées à deux mains, de baston à deux bouts ; l’on nesçait icy ce que c’est de duels, encor moins de les transformer en rencontres. Ceux qui ont quelque différend ensemble le vuident par un million d’injures de leurs gueules aussi puantes que la mine d’où elles sont pour la plus part tirées et qu’il faut taire par honneur, et ils les vomissent à boisseaux. Cette sorte de vengeance que la générosité, disons manie ou rébellion françoise, faict passer pour marque de noblesse, quoy que damnable pour contrevenir tant au droict divin que au droict civil. Dieu et le Koy le deffendant, encor a quel-

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