‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 214 sur 276 · Koundour, j-CT G. Dervich · texte numérisé non relu

Koundour, j-CT G. Dervich

EiV L’AN 1660

soubs le masque de sainctefé et renoncement au monde, quémandent leur pain. Iceux sont vestus d’ordinaire de guenilles de diverses couleurs, ayant un kechkaV ou escuelle en ovale pendue à leur ceinture, et ils vont comme les précédons le long des bazars, preschant le mespris du monde. Il en est venu des Indes de cette sorte icy en Hispan, qui pensoient faire aux Persiens comme ils ont coustume de faire à ces pauvres Indiens et Gentils. Ces gens cy font dans les Indes les inspirés de Dieu et les abstinens. Ils disent qu’il leur a été révélé d’aller faire un tel pèlerinage à tel sainct en telle part, et que pour ce subject, ils demandent tant de toile, tant d’argent, un asne, un sac, d’un seul homme. Cestuy cy persévère en le mesme lieu longtemps, faict instances continuelles, et menace le peuple d’un malheur ou châtiment imminent de la part de Dieu si l’on n’obéit pas à ses commandemens. Ces pauvres abusés boursillent pour le satisfaire; mais s’il est récusé, pour faire voir qu’il ne cherche point son interest, ains qu’il doibt exécuter de point en point la volonté divine, qui veut que ce voyage se fasse aux frais et aumosnes d’un seul croïant, moumen-^ il redouble ses instances si longtemps que ces pauvres gens sont intimidés des menaces que ce nouveau prophète leur faict de la part de Dieu, et que enfin quelqu’un se saigne pour contenter cêtte sangsue.

Pour retourner à notre discours, un maistre dervich s’en vint se planter au Maidon proche de la Caisserié^^ faisant ses démarches de ravi en extase ; il exposoit par l’inspiration et commandement de Dieu, qu’un seul luy fournist telle et telle chose pour faire son voïage à Mesched, ville de Corassan, là où est l’Imam

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