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senter en même temps que les deux gentilshommes et il fallut toute la prudence et toute l’adresse du Père Raphaël pour éviter un nouvel éclat et les déterminer à rédiger les demandes, qui devaient être soumises à l’agrément du Chah. Ces demandes étaient les suivantes : les marchandises importées en Perse par la Compagnie devaient être, pendant les trois premières années qui suivraient son établissement, exemptes de tous droits de douane et de tous péages. Pendant les années suivantes, les agents de la Compagnie jouiraient des grâces ou des privilèges qui sont ou pourraient être accordés à l’avenir aux autres nations. En reconnaissance de ces avantages, les députés s’engageaient à faire au Chah et à ses ministres des cadeaux dont ceux-ci auraient lieu d’être satisfaits. Ces députés réclamaient, à la cour et dans les cérémonies publiques, la préséance sur toutes les autres nations, comme les agents du roi l’avaient dans toutes les cours de la chrétienté et à la Porte du Grand Seigneur. Enfin, le Chah était prié d’accorder une maison à Ispahan aux représentants de la Compagnie. Le Nazir promit de soumettre et de recommander à la bienveillante sollicitude de son maître les demandes des Français. Le Châh se mettait alors en route pour se rendre dans le Mazandéran . Deux jours après son départ, le Père Raphaël fut averti que la réponse à la lettre du roi de France et le raqam^ ou ordre relatif aux privilèges accordés à la Compagnie, étaient expédiés et un courrier vint lui apporter l’ordre de venir, avec les députés, rejoindre la cour qui se trouvait à Tadj-Ahad, à trois journées d’Ispahan. De nouvelles scènes fâcheuses mar. quèrent leur arrivée dans ce village, et la mésintelligence devint telle que le Père Raphaël refusa d’accompagner chez le Nazir de Lalain et Mariage qui voulaient faire modifier
certains articles qu’ils jugeaient désavantageux pour le commerce. 11 fut alors décidé que de Lalain et Mariage suivraient la cour, pour s’occuper des affaires de la Compagnie et que La Boullaye Le Gouz, Beber et Dupont se rendraient à Bender-Abbassy en compagnie du fils de l’Estoile, leur interprète, et que de là ils passeraient aux Indes. Mariage revint à Ispahan après avoir obtenu l’autorisation de faire faire à Chiraz, à l’exemple des Anglais, des Hollandais et des Portugais, douze mille men de vin pour l’usage des agents et des employés de la Compagnie. De Lalain le rejoignit bientôt dans la capitale après avoir visité les villes de Tauriz, d’Ardebil et de Qoum. La Boullaye, Beber et Dupont se mirent en route le 16 novembre pour se rendre à Bender-Abbassy et s’embarquer là pour Surate. Dupont, le plus judicieux et le plus conciliant des députés du commerce, avait été vivement affecté par les querelles et la désunion de ses compagnons. 11 succomba à Chiraz à la maladie qui le minait depuis quelque temps, et il fut enterré dans le cimetière des Arméniens de cette ville. De Lalain partit six jours après eux ; arrivé à Bender-Abbassy, il subit l’influence funeste du climat. 11 fut atteint d’une fièvre pernicieuse et voulut se faire transporter à Chiraz où, grâce à un air plus salubre, il espérait rétablir sa santé. La mort l’arrêta à trois lieues de Bender-Abbassy, au village de Bendi-Aly où il fut inhumé dans le sable.
De La Boullaye et Beber arrivèrent à Surate le 1" avril 1666. Ils y donnèrent, comme en Perse, le triste spectacle d’une vie scandaleuse et devinrent l’objet du mépris des fonctionnaires du Grand Mogol et des résidants étrangers. De La Boullaye^disparut, assassiné, croit-on, par des soldats persans, ainsi qu’un jeune esclave qu’il avait acheté à un
Français nommé Murzin, arquebusier au service du Chah de Perse. Beber, après mille aventures fâcheuses, mourut misérablement à Goa.
Il n’entre pas dans mon sujet de tracer une histoire de la Compagnie des Indes orientales. Le départ d’une flotte pour l’océan Indien avait fait naître en France les plus brillantes espérances, mais la rivalité des agents de la Compagnie, la mort de la plupart d’entre eux, le choix d’une île insalubre qui n’offrit pas les ressources que l’on avait cru en tirer sur la foi de relations inexactes, les malversations d’un Hollandais, le sieur Caron, auquel on avait confié des intérêts considérables dans ces pays éloignés, portèrent la plus grande atteinte à la considération et aux ressources de la Compagnie. La guerre de 1667, celle de 1672, la destruction sur la côte de Ceylan d’une partie de l’escadre commandée par M. de la Haye et la prise de Saint-Thomé anéantirent le commerce français aux Indes. Louis XIV avait fait en 1671 une nouvelle démarche auprès du Châh en faveur de la Compagnie. Un sieur de la Jonchèrefut chargé d’offrir quelques présents au nom du roi et dut solliciter le renouvellement des privilèges accordés cinq ans auparavant. On avait promis au gouvernement persan l’établissement d’un commerce régulier et l’arrivée à Bender-Abassy, à époques fixes, de vaisseaux chargés de riches marchandises. On s’étonnait à Ispahan de voir que aucune des promesses faites n’avait été tenue. Si l’on s’en rapporte à la traduction d’un raqam faite par Pétis de la Croix, Châh Suleyman aurait, en considération de la demande faite par Lonis XIV, accordé au mois de décembre 1671, le renouvellement des privilèges accordés en 1 666 ' .