LXXXVIII
Echchidèh^ S-vJ' de Meliemmed Haleby;, sont traduits
non du persan, mais du turc. Pétis de la Croix a laissé manuscrits un Etat de la Perse, une Histoire de Louis XI V par les médailles en persan, un récit de la campagne de Hollande en 1672. Le journal de son voyage en Orient dédié à M. Phelipeaux, secrétaire d’État, a été pnblié en 1 8 1 0 par M . Langlès , à la suite de la Relation de Dourry Efendy, ambassadeur de la Porte ottomane auprès du roi de Perse, sous le titre d’« Extrait du journal du sieur Petis, fils, professeur en arabe, et secrétaire interprète entretenu en la marhie, renfermant tout ce qu’il a vu et fait en Orient, durant dix années qu'il y a demeuré par l'ordre de Sa Majesté, présenté à Monseigneur Phelippeaux, secrétaire d'Etat en 1694'. »
Je mentionnerai, sans m’y arrêter longtemps, les voyages de Jans Janszoon Strauss ou Struys, bien qu’ils aient eu quatre éditions à la fin du xvii' siècle et au commencement du xviiiL Après une jeunesse aventureuse, Strauss se résolut à s’embarquer à bord d’un des navires que le Czar faisait équiper à Astracan, pour se rendre sur les côtes de Perse. Le bâtiment, à bord duquel il avait pris passage, échoua sur la côte du Daghestan. Réduit en esclavage avec ses compagnons par un chef tatare, Strauss fut vendu, à Chemakhy, à un Persan qui le céda à un Géorgien se donnant comme ambassadeur du roi de Pologne. Au bout d’un an, il recouvra sa liberté en se rachetant, et se joignit à une caravane qui se rendait à Ispahan. Il visita Chiraz et s’embarqua pour Batavia à Bender-Abbassy. A son retour en Europe en 1673, il se retira dans le Ditmarsch où il mourut en 1694. Ses voyages ont été publiés en hollandais, en 1677. Ils ont été traduits en
1. L’Histoire du grand Gengiscan, empereur des anciens Mogols, publiée en 1710, a été écrite, d’après l’ordre de Colbert, par le père de F. Pétis de la Croix.
français et ont paru à Amsterdam en 1681, à Lyon en 1682, et de nouveau à Amsterdam' en 1718 et 1720. Cette dernière édition est la meilleure; elle est intitulée : Les voyages de Jean Struys en Moscovie^ en T ar tarie, en Perse, aux Indes et en plusieurs autres pais étrangers accompagtiez de remarques particulières sur la qualité, la religion, le gouvernement, les coutumes et le négoce des lieux qu'il a vus ; avec quantité défigurés entaille douce dessinées par lui-même et deux lettres qui traitent à fond des malheurs dé Astracan par M. Glanius. Il a paru une dernière édition à Rouen en 1724. Les dessins de Struys ne méritent pas que l’on y arrête les yeux. Dans ceux qui représentent Chiraz et surtout Persépolis, notre voyageur a suivi tous les écarts de sa fantaisie.
Le troisième volume est terminé par le « Récit du naufrage d’un vaisseau hollandois nommé le Ter Shelling vers la côte de Ringala » .
Engelbert Kæmpfer naquit en 1651, à Lemgo, petite ville du comté de Lippe, où son père exerçait le ministère évangélique. Après avoir achevé de brillantes études, il alla en Suède, et, sur la recommandation de Puffendorf, il fut nommé secrétaire de Louis Fabricius qui devait se rendre en Russie et en Perse, chargé d’une mission diplomatique.
La réception de l’ambassade de Suède à Moscou fut magnifique et, après avoir descendu le Volga, traversé la mer Caspienne, le Guilan et l’Azerbaïdjan, l’ambassadeur fit son entrée à Ispahan, au mois de mars 1684. Louis Fabricius ayant reçu son congé du Chah, Kæmpfer se décida à ne point retourner en Europe et, sur les conseils du Père Raphaël du Mans, il accepta la place de médecin de Pescadre hollandaise qui croisait dans le golfe Persique. Il passa deux années à Goumroun et y fut atteint par les fièvres qui désolent ces
parages. Il put se rétablir et, en 1688, il prit passage sur un des A^aisseaux de la flotte qui faisait voile pour se rendre à Batavia. Il est hors de mon sujet de faire l’éloge des travaux entrepris par Kæmpfer pendant son séjour au Japon. Je ne dois parler que de la première partie de l’ouvrage qu’il fit paraître en 1712 à Lemgo, sous le titre de : Amœnitatum exoticarum politico-physico-ynedicariim fasciculi V quibus continentur variæ relationes, ohservationes et descriptiones rerum persicarum et ulterioris Asiæ limita attentione in peregrinationibus per universum Orientem collectæ. Le premier fascicule est consacré à la personne de Chah Suleyman alors régnant, à une description générale de la Perse, au couronnement du Chah et à une énumération détaillée de tous les fonctionnaires et de tous les dignitaires de l'administration et de la cour persanes. Kæmpfer nous donne ensuite une description des palais, des maisons de plaisance et des jardins royaux : il nous initie à l’organisation intérieure du harem du roi. La seule partie vraiment originale du premier fascicule est le chapitre xvi, dans lequel Kæmpfer rend compte de l’audience accordée à Fabricius et à d’autres ambassadeurs et du banquet qui suivit cette réception.
Le deuxième fascicule nous fournit des renseignements sur la mer Caspienne, sur la presqu’île d’Okesra et sur la ville de Bakou et ses sources de naphte, alors peu connues.
Kæmpfer nous donne encore la description d’une tour élevée à Ispahan et formée par les cornes de mouflons et de gazelles tués dans les chasses royales. 11 s’étend longuement sur les bas-reliefs auxquels les Persans ont donné le nom de Naqchi-Roustem, et sur les ruines des édifices de Persépolis. Il faut noter aussi la description des tombeaux de Saady et de Hafiz, à Chiraz, et quelques digressions sur des sujets
d’histoire naturelle. La fin dn second fascicule, ainsi que les trois derniers que contient son ouvrage, sont consacrés au Japon. Il est à regretter que les gravures, qui sont placées dans cet excellent ouvrage, soient si mal exécutées et que l’orthographe d’un grand nombre de mots, écrits en caractères persans, soit fautive.
Les derniers voyageurs en Perse du xvii* siècle sont trois Pères de la Compagnie de Jésus qui, partis en 1699, pour aller remplir aux Indes une mission apostolique, traversèrent la Perse depuis Érivan jusqu’à Bender-Abbassy. Ils s’arrêtèrent à Ispahan et à Chiraz, et ils font mention des verreries qui étaient établies dans cette dernière ville. Leur relation est ornée de quelques gravures copiées sur des dessins persans; elles donnent une juste idée des costumes de cette époque. A leur retour en Europe, les PP. Schillinger, Weber et Mayr publièrent le récit de leurs voyages sous ce titre ; Persianische und Ost-Indionische Reis welche Frantz Caspar Schillinger von Ettlingen in der Marggrafjschaff't Baaden, mit P. Wilhelm W^eber und P. Wilhelm Mayr, aus der Societàt Jesu, durch das Türkische Gehiet im Jahr 1699 angefangen und 1702 vollendet : Darbey ein warhaffter Bericht etlicher Begebenheiten, die sich Zeit solcher vier-jahrigen Reise zu Land und zu Wasser mit ihm, und anderen seinen Mitgefehrten zugetragen : neben Beschreibung vieler Orientalischen Vôlckern; dero Landschafften, Religion, Policeye, Gebrduch, Sitten, Art, Tracht, Weis und Manier unter sich und mit denen Frembden zu leben : mit beygesetzter Darstellung deren zahmen und wilden Thieren in Indien, wie auch Vôglen, Fischen;verwunderlicher Früchten, Erd- und See Gewichsen, u. s. w. Von obengemeldtern Authone aufgezeichnet; durch einen guten Freund in gegenwdrtige Ord-
nung verfasset, und einem Reisliebendem Leser zu Gefallen vorgeleget. Cum permissu Superioriim. Nürnberg, In Verlegung Johann Christoph Lochners, Buchhàndlers . An. 1707.
« Voyage de Perse et des Indes orientales que François- Gaspard Schillinger d’Ettlingen dans le margraviat de Bade, en compagnie du P. Guillaume Weber et du P. Guillaume Mayr, de la Société de Jésus, a commencé à travers les pays turcs en 1702 : avec une relation véritable de divers événements qui se sont passés durant le dit voyage de quatre années, accompli par lui et par ses compagnons sur terre et sur mer, avec la description de beaucoup de peuples orientaux, de leurs contrées, de leur religion, état, mœurs, coutumes, costume, manière d’être entre eux et avec les étrangers. On y a joint les figures des animaux domestiques et sauvages de l’Inde, ainsi que celles des oiseaux et des poissons, des fruits remarquables, des plantes de terre et de mer, notés par l’auteur ci-dessus nommé et rédigés dans l’ordre présent par un bon ami et offert à l’agrément du lecteur amateur de voyages. Nurenberg ; édité par Jean Christophe Lochner, 1707.
Je ne crois point inutile, avant de mettre sous les yeux du lecteur les quelques renseignements que j’ai pu recueillir sur le P. Baphaël du Mans, de jeter un rapide coup d’œil sur les travaux qui, au xvii® siècle, ont eu pour objet l’étude de la langue;, de la littérature ou de l’histoire persanes.
Les religieux de l’ordre des Hermites de Saint-Augustin, établis dans l’Inde depuis les conquêtes des Portugais, avaient du cultiver le persan qui était, non seulement, la langue officielle, mais encore celle de la société instruite. J’ai déjà cité les noms des PP. Moralès etGouvea. Le P. Jérôme-Xavier, de la Compagnie de Jésus, avait été appelé à Agra par
Chah Akbar, et invité, par ce prince, à écrire une vie du Messie. Le P. Jérôme-Xavier, qui depuis huit ans étudiait le persan, s’adjoignit, pour ce travail et pour ceux qu’il publia dans la suite, un savant de Lahore, nommé Abdel Samad Qassim. Il acheva, avec son aide, 1’ Histoire du Messie et une
Histoire de saint Pierre Sous le règne de Dji-
hanguir, successeur d’Akbar, le P. Jérôme-Xavier dut se rendre à la cour à Lahore, et il y composa un traité intitulé : Le miroir qui montre la vérité U <1^1 qu’il dédia à ce souverain, et dans lequel il expliquait les dogmes de la religion chrétienne et réfutait les erreurs de l’islamisme. Cet ouvrage pénétra en Perse et un savant d’Ispahan, Mirza Ahmed, fils de Zeïn oui Abidin el Alevy, écrivit et dédia à Chah Abbas un ouvrage de controverse pour rétorquer les arguments du P. Jérôme-Xavier. Il le termina en l’année 1031 de l’hégire (1621) et l’intitula : Les clartés divines pour la réfutation des erreurs chrétiennes J' ^ iJl j^\ JJ j Une copie de l’Histoire du Messie et de l’Histoire de saint Pierre parvint entre les mains de Louis de Dieu, qui avait été ministre de l’église réformée française de Flessingue, et avait étudié avec succès les langues hébraïque et persane. Louis de Dieù donna tous ses soins à la traduction latine de ces deux manuscrits et il la fit paraître, en 1639, avec le texte original*. H a noté en
1. Le P. Guadagnoli a publié, en 1631 à Rome, une réfutation des objections de .\lirza Ahmed ben Zeïn oui Abidin. Apologia pro chrütiana religione qua a Jl. P. Philippo Guadagnolo Malleanemi, ckricoriim régula minorum S. Theologiæ et arabicæ linguæ professore, respondetur ad objectiones Ahmed filii Zin Alabidin, Persæ Asphahanensis, contentas in libro inscripto Polüor speculi. Romæ, 1631.
2. Uistoria Christi persicè conscripta, simulque multis modis contaminata a P. Hieronymo Xavier Soc. Jesu, latine reddila et adversionibus notala. Lugduni Batavorum. Historia Pétri, persicè conscripta, simulque modis contaminata et brevibus annotationibus notata a Ludovico de Dieu. Lugduni Batavorum, 1639.
Louis de Dieu dit à propos de l'histoire du Messie : «Inciderat in manus nostras
marge toutes les fautes qu’il a cru devoir y relever et, dans les remarques et les notes qu’il a placées à la fin de chaque ouvrage, il a signalé les écrits apocryphes et les légendes fabuleuses dont le Père Jérôme-Xavier avait admis l’authenticité.
Pendant que Jean de Dieu préparait ces deux éditions, il composait une grammaire persane à la suite de laquelle il plaçait la traduction persane faite par Jacques Tawus, des deux premiers chapitres delà Genèse\
Gilbert Gaulmyn, maître des requêtes de l’hôtel du roi, faisait paraître en 1641, la dédicace au cardinal de Richelieu de la traduction de l’ouvrage de Hamdoullah Moustaufy Qazbiny, intitulé : Nouzhetoul qouloub qu’il se proposait de
publier. Je mets en note le titre de cet opuscule qui contient aussi deux pièces de vers, l’une pour célébrer les succès obtenus en Piémont, l’autre, pour glorifier la prise d’Arras ^ Gaulmyn définit ainsi l’ouvrage de Hamdoullah Qazbiny : «Universi sapientia est quæ Universi sapientissimo dicari debuit, cœlorum, terrarum, lapidum, arborum, animantium, urbium, regnorum doctrinam, spatia, originem, opes, vires, moresque qua militares, qua civiles continet. Hamed Alla Casbinensis persicâ linguâ descripsit dignissimum animi tui magnitudine et gallici quam meditaris imperii amplitudine argumeutum» ^ Gilbert Gaulmyn aurait, dit-on, revu la traduction de
hic ab Hieronymo Xaviero, Jesuita, in gratiam Mongolensium, Persica lingua conscriplus de rebus Servatoris nostri Christi liber, quem ut fabulis ac superstitionibus idolatricis refertum esse suspicabamur, ita eas orbi christiano nunc delegimus quod sicut a munere nostro non est alienura, sic nec Reipubl. Christianæ inutile, nec patriæ nostræ ignominiosum fore confidimus. »