‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 60 sur 276 · Gueda, mendiant · texte numérisé non relu

Gueda, mendiant

met! pour qu’il en lire la vengeance et mille autres

telles pathétiques extravagances, pour exciter le peuple à dire Vnaa; et il suffit que quelque femmelette commence à tirer du fond de sa panse ce cri lugubre, pour que toute cette racaille comme un escho, responde du mesme ton. Quelque fois aussi cet aiar^- de moulna aura de ses affidés, qui, tout exprès, donneront le tour au fuseau ; ensuite, ils se mettront comme deux chœurs des deux costés de la rue à crier alternativement, Iloussein, Iloussein, IIoussein, Houssein et ils continueront cet enragement un quart d’heure, que, tout enroués, vous n’entendrez plus que houhjwith, hoiih. Après, le moulnaqui pense à ses affaires, s’en va allongeant la main pour retirer quelques bazelkouques, auquel si l’on ne donnoit rien, je croy que ce seroit le meilleur pour l’obliger à un autre chant plus lugubre, puisque il y iroit de son inlerest propre.

Cette diablerie de crieries en chiens enragés, et cela en la nuict, dure dix jours. Le Roy mesme fera venir les quartiers delà ville, hommes, enfants, vestus chacun selon son caprice, pour mieux exprimer l’action, avec les guidons, tambours et bassins frappés l’un contre l’autre, et ce, en sa maison pour en avoir le plaisir; et luy, en voyant passer cette multitude, il jettera quelques sanglots de regret, ayant vestu ce jour là une cabayé^ noire. Durant ces dix jours là le Roy change chaque jour de kabaiés ; elles appartiennent ensuite et sont données à son kras ser trach ’ ou barbier, et cecy est de droict.

Le jour du katle'" (meurtre) venu, qui est le dixiesmejour du mois de Moharrem, chaque quartier de la ville fait des châsses, comme tombeaux funèbres, y pendant là arcs, flèches, carquois,

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