Qourban, sacrifice, victime
n’ont plus de maistre, c’est-à-dire de vraie religion delibvrée du ciel, qui pour lors vaille quelque chose. Ainsi eux et leurs biens appartiennent aux vrais croyants. Voilà une belle dispense et explication pour jouer librement de la griffe avec toute sorte d’impunité ; aussi ces gens cy laissés en particulier et sans œil qui les regarde, n’ont pas la main trop seure, et, comme l’on dit, ne leur regardez point aux pieds, mais à la main.
Icy, parmi leurs Testes, il y a encor les trois jours de Berat' (de bordereaux). Ils disent que, ces jours, le bon ange feuillete les grands libvres qui contiennent tous les noms des vivans, efface les noms de tous ceux qui sont morts cette année, et fait de nouveaux rooles de ce qui est resté. Pour ce subject, ils s’en vont dans les cimetières, et y font venir des moulnas auxquels ils font lire quelque chapitre de l’Alcoran qu’ils lisent comme en chantuzant ; pour ce subject, ils leur donnent quelques chirini'^, (douceurs). Là, ils prient Dieu de leur donner cette année là un bon berat pour la passer en bonne santé.
(sacrifice) ^ est encore une autre Teste. Ils font ceci en commémoration du sacrifice d’Abraham et d’Ismaël et non pas Isaac, prenant l’un pour l’autre. Ils prennent un chameau, lequel est d’ordinaire un de ceux du Roy ; ils le promènent huit jours durant par toute la ville, avec un tambour, et quantité de marmailles qui le suit. Qui peut d’iceux monter sur le chameau et se faire promener ainsi, il a autant avancé comme en
1. La nuit du Berat, vIjI j la quatrième des sept nuits saintes, est célébrée ie quinze du mois de Chaaban. Les deux anges placés aux deux côtés de chaque homme pour écrire ses bonnes et ses mauvaises actions, déposent leurs livres et en reçoivent de nouveaux. C’est dans cette nuit qu’Azrayl, l’ange de la mort, remet le sien et en reçoit un nouveau dans lequel sont inscrits les noms de tous les hommes qui doivent mourir dans l’année.