‹ Estat de la Perse en 1660Chapitre 8 sur 276 · Le couronnement de Soleimaan. Paris, 1671, pages · texte numérisé non relu

Le couronnement de Soleimaan. Paris, 1671, pages

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tiques, de sa piété, de son austérité et de sa sagesse. Il nous dit que Cliâh Abbas II éprouvait uii vif plaisir à converser avec lui, soit en public, soit dans des entrevues particulières. Je ne puis mieux faire que de rapporter ici les propres paroles de Bedros Bedik. « Porro familiarissimam quoque sapientissimis cura Persis clam inierat conversationem^ et hisce continuât diebus, venerabilis Pater Baphael capucinus, triginta duobus jam annis circiter missionarii functus offîcio in Persidis regia. Et eousque vir ille ob eruditionis et pietatis famam innotuit, ut a majori ferè usqiie minimum Persarum dignoscatur, digito igitur ab infantibus per plateas circumiens demonstretur, omnis spéculum austeritatis vitæ, doctrinæ ac pietatis : comprimis vero ob singularem et excellentissimam, quâ mirabiliter pollet, in mathematicis eruditionem, amatus a Persarum sapientioribus , quippe qui maximo memoratas in disciplinas feruntur studio atque amore. Undè tantam etiam in æstimationem evehebatur memoratus venerabilis Pater, ut Rex præsentis genitor, omni eura honore atque amore multis imo quà publicis quà privatis dignatus sit colloquiis, singulariorem semper in ejus conversatione sentiens animi lætitiam, eamque signis et nutibus exterioribus plurimis manifestans. »

Bedik nous donne aussi à la fin de son ouvrage le texte d’une lettre écrite au P. Piscopo, à l’occasion de la mort de l’évêque de Nakhtchivan, Matthieu de Avanie. J’en transcris ici la fin; le P. llapliaël y dit quelques mots sur luimême : « Jam hic in Isfahan 28 annos explevimus, sexa-^ genarii et ultra facti, incerti quot adhuc dies relegationis nostræ supersint : quotquot autem fuerint , hosce adhuc lubens in missionis exercitio (licet de se satis ingrato :) voveo et dico; nec non DD. vestræ charissimæ perpetuam

et gratiotissimam amicitiam exopto ; insiiper et oro DD. vestram, ubi ad limina Sanctorum Apostolorum appulerit, in suis orationibus meminerit pusilitatis nostræ; sicut et speratiir è charitate DD. vestræ colendissiraæ.

« Ex Ispahan Persidis Regiæ.

« Die 2. Septembris 1674.

• « Obseqiientissimus servus

« F. Raphaël du Mans

« HR. PP. Capucinorum Gallorum Missionariorum Sup.

licet immeritus. »

Engelbert Kæmpfer exprime aussi, dans les termes les plus louangeurs, l’admiration que lui inspirent le mérite et les vertus du P. Raphaël du Mans. Je donne ici les trois passages dans lesquels son nom est cité : le dernier témoigne de la déférence que Kæmpfer avait pour ses avis. « Etnescio qua non virtute claruerit^ si illis et Persis et Christianis credam,

sine quorum præsentia Isfahani ne diem transegisse dicitur: ex quibus sat est,testem uniim instar omnium nommasse regium interpretem, Reverendum Du. P. Rapliaelem du Mans senem capucinum, nationeGallum, qui ejus obitum sæpènumero coram me déplora vit, vir et ipse uti eruditionis, ita summi candoris et virtutum iiomine nunquam satis laudandus. » « lucidenter refero ; epistolam, ut in die 20 junii in consessu jam oblato fuerit, nondum tamen translatam die 20 novembris, quo ejus mihi copiam (tum in Arabia degenti) misit interpres regius, vir maximi candoris et eruditionis R. P. Raphaël du Mans, capucinus, ex quo aulæ supercilium et nationis cunctationes colliget. »

« Tandem a dimissa legatione me expedi cogito in Ægyptum, vocor in Georgiam archiater et variis conditionum obla-

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tionibus lacessor. Sed prævaluit sensu reverendi senis, Patris Raphaël du Mans, capucini ac regii interpretis, invitatio architalassi Batavorum qui classe sua Ormusiensem sinum infestabat. »

Le nom du P. Raphaël est mentionné pour la dernière fois dans la Relation de la mort de Schah Ussein ; dans les pages qu’il consacre au récit des cérémonies de la consécration de l’évêque de Babylone, l’auteur de cet opuscule nous dit qu’elle se fît en présence des supérieurs des ordres qui avaient des missionnaires en Perse, à savoir les Jésuites, les Dominicains, les Augustins, les Arméniens catholiques, les Carmes déchaussés et les Capucins. Le grand âge du P. Raphaël ne lui permit pas d’assister à cette fatigante cérémonie.

Le P. Raphaël mourut à Ispahan le 1" avril 1696, à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

h' Estât de la Perse en 1660 n’est point le seul écrit du P. Raphaël qui soit parvenu jusqu’à rions. Il existe dans le fonds français de la Bibliothèque nationale, sous le n° 6114, un mémoire anonyme, mais qui doit être, sans hésitation attribué au P. Raphaël; il est le canevas de l’ouvrage que je publie aujourd’hui. Ce manuscrit incomplet se compose de quarante-deux pages. 11 commence par ces mots : « L’estât de la Perse est monarchique et despotique plus qu’aucun autre de l’Orient, Cha Abas, le grand-père du régnant à présent, l’ayant ainsi réduit par son procédé politique d’abbattre de crédit et d’authorité, l’un de ses corps d’armée qui se maintenoit en ses droits anciens par celuy de parentage et alliances pour en eslever un autre dont les parties n’eussent aucune liaison pour se deffendre les unes les autres. Le gouvernement des provinces est par kans ou gouverneurs nommés par le roi, etc. » Il se termine ainsi :

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« Nous finirons le cours de plume par les Sophis pour donner à cognoistre quelle est leur origine et comme d’Europe, sans le sçavoir, l’on donne hors de raison le nom deSophi, Grand Sophi, à ce prince icy. » Ce mémoire a été sans doute remis à François Pétis de la Croix pendant son séjour à Ispahan et prêté parlai à son père. On lit à la première page ces mots, écrits de lamain de son fils Alexandre : « Iln’estpas démon père, puisqu’à la page 9, il porte qu’il est depuis vingt ans à Ispahan » ; et à la fin de ce cahier nous lisons : « Je certifie avoir trouvé ce fragment de manuscrit composé de quarantedeux pages dans les papiers de feu mon grand-père et l’avoir remis à la Bibliothèque du Roy, aujourd’huy F" mars 1737. » On trouve à la Bibliothèque du British Muséum, un manuscrit autographe du P. Raphaël, provenant du legs de Sloane et portant pour titre : Raphaelis du Mans, Descriptio Persiæ commimicata Dm Engelberto Kæmpfero^ Ispanæ, 1684, cwn grammatica linguæ turcicæ. En tête de la description de la Perse on lit ces mots ; « In obsequium clarissimi viriet Domini Engelberti Kempfer^ medici peritissiminecnon ejusdem fidelissimiamici DD. pristaue. In Ilispan, Persidis regia, 22 sept. 1684. Humillimus servulus Raphaël du Mans residentiæ nostræ 38 anno. » La grammaire turque porte la suscription suivante : « Hæcce in obsequium Clarissimorum Virorum celeberrimæ Legationis Suediæ Comitum calamo currenti scribebat die 20 apr. 1684 in Hispan, humillimus servulus*. » Le P. Raphaël rédigea également un vocabulaire français-turc ; nous en trouvons la mention dans le Catalogue des manuscrits orientaux conservés à la Bibliothèque de l’Université d’Upsal . Grammaire turque en abrégé fort

1. Charles Rieu, Catalogue of the Turkish manuscripts in the British Muséum. Londres, 1888, page 151.

aisée avec un petit lexicon^ escrit en Ispahan en Perse par Du Lauziere sur les mémoires du R, P. Raphaël du Mant, capucin français, interprète du Roy de Perse

Le P. Raphaël dut avoir^ avec la cour et avec ses supérieurs, une correspondance aussi active que le permettaient l’état des relations de la Perse avec l’Empire ottoman et les événements qui se produisirent pendant la seconde moitié du xviP siècle ; je n’ai pu avoir connaissance que de trois lettres écrites par lui : celle qu’il adressa à Colbert le 20 août 1670 présente seule de l’intérêt.

\d Estât de la Perse en 1660 a été rédigé pour Colbert. Ce ministre, toujours préoccupé du soin de créer de nouveaux débouchés au commerce français, songeait alors à reconstituer, sur des bases très élargies, la Compagnie des Indes orientales. Il demandait partout les documents qui pouvaient l’éclairer. Le long mémoire du P. Raphaël n’était point destiné à la publicité : il trace un tableau fidèle de la Perse et des Persans à la fin du xvii® siècle, et il renferme des appréciations que ne pouvaient se permettre ni Tavernier, ni Chardin qui étaient en relation d’affaires avec le Chah et les principaux seigneurs de la cour.

On a, dans ces dernières années, attiré l’attention sur le mémoire du P. Raphaël.

Dans une des séances de la réunion des Sociétés savantes, tenue au mois de mai 1887, M. Castonnet des Fosses a exprimé le vœu de le voir publié. Il l’a renouvelé dans un article publié en 1889 dans le Rulletin de la Société géographique de Tours sur les relations de la France avec la Perse. Je livre aujourd’hui à la publicité l’œuvre du P. Raphaël

1. C.-J. Tornberg, Codices arabici, persici et lurcici Bibliothecæ regiæ üniversitatis TJpsaliensis. Lund, 1849, page 33.

et je me plais à espérer que tous ceux qui s’intéressent à l’histoire et à la géographie des contrées de l’Asie apprécieront la grande sincérité de son récit.

L’appendice placé à la fin de ce volume contient la traduction française d’un opuscule publié à Venise, en 1508. Il est intitulé : La vita del Sophi, re di Persia et de Media^ et de molti altri regni et paesi et de le grandissime guerre gle ha facto contra lo S ignore turcho, et a pour auteur un médecin vénitien, Rota, établi à Alep, qui le dédia au doge Léonard Lauredan . La traduction française a été insérée dans la seconde partie du Grant voyage de Hierusalem divisé en deux parties^ qui parut à Paris en 1517 et 1522, époque où l’attention de l’Europe était attirée sur Chah Ismayl, et où elle voyait en lui le destructeur, dans un avenir rapproché, de la puissance ottomane*. J’ai placé;, à la suite de cette traduction, les lettres adressées par Louis XIV aux souverains de la Perse, celles de de Lalain et de La Boullaye Le Gouz, écrites au roi et à M. de Lionne, le mémoire de Tavernier sur le commerce de la Perse et celui du député de la chambre de commerce de Marseille. Ce dernier travail, dans lequel il est question de Gardane, consul en Perse, et de la prise de Chiraz par les Afghans, est postérieur à l’année 1721.

Ces documents appartiennent au dépôt des Archives du département des Affaires étrangères. Ils voient le jour pour la première fois et je ne doute pas qu’ils ne soient lus avec intérêt par ceux qui ont conservé le culte des traditions françaises en Orient.

Ch. Scheper.

Le 15 novembre 1890.

1. lia paru une nouvelle édition du texte italien vers 1520. Une traduction allemande avait été imprimée en 1515.

Le royaume de Perse, pour le présent appelé Olkei Agerni*, est borné du costé du septentrion de la mer de Caspie% aulrevnQui bhaar C'o/:;w;z, mer de Kolzon'* ; entre seplenlrion et levant des Kalmaq et des A’uzbek, qui sont peuples de la Tartaiie

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