Aqim
lequel est d’un style extravagant, sans liaison de sens de discours. C’est, comme l’on dit, un perpétuel coq à l’asne, là où vous ne sçauriez trouver un quart de page sur une mesme matière, des histoires du Vieil Testament tronquées, des temps distants l’un de l’autre par six et huit cents ans joints ensemble, l’essence et accidens de ce qui est rapporté dans le toura et le E7igil\ vieil et nouvel Testament changés en l’opposite, comme la mort de J.-C., l’histoire de Joseph, Noé, Pharaon, etc., qui faict paroistre que ce Sergius, moine grec (qui est celuy qui composoit tous les cento pour les bailler à ce prophète, qui les proposoit au peuple comme apportés la nuict du ciel par l’ange Gabriel), n’en avoit entendu parler que par dessus les hayes. Nonobstant cela, le peuple ne laissa pas de s’apercevoir de ce procédé et s’en plaignit, disant et reprochant à Mohammed que, « tout ce que tu nous enseignes et dis être venu du ciel, c’est Sergius qui demeure chez toy qui te l’enseigne et le compose. » Le lendemain, il parut à la mosquée avec un babe ^ (chapitre), qui s’intitule de la mouche à miel, 7ihaL Là il estoit porté en ces termes : « Le peuple t’accuse que tout ce que tu leur dis et proposes, tu l’apprends d’un tien compagnon et domestique : responds leur que ce tien compagnon est Persien de nation et ton Alcoran est en arabe. » Belle response ! peut estre qu’il ne pouvoit pas sçavoir l’une et l’autre langue, ce qui estoit nécessaire d’estre ainsi, puisqu’ils estoient camarades. Enfin, après avoir bien lu et relu tout ce chaos de pièces détachées, répétées sans raison et sans lieu, l’on cognoist l’intention cachée d’un esprit qui se veut faire suivre par les menaces d’un enfer qui est ainsi, si l’on ne suit le prophète, si l’on ne prodigue sa vie et ses biens pour son service, menaçant de mort accidentelle