Soufy
lions d’esprit, ils disent qu’il n’y a qu’un vougoud' (existence), qui est Dieu, et que généralement toutes les créatures ne sont qu’un rejaillissement, perteaii^, de ce grand tout qui comprend toutes choses éminemment. Ceux cy aiment tout le monde, ne maudissent personne et sont les plus sociables ; ils méprisent les autres docteurs modernes qui, dans leurs spéculations, s’aident de l’art de logique mentale pour diriger les opérations de leur entendement et les comparent à ces dévoyés qui, dans un grand patis fangeux où d’infinis animaux paissants ont imprimé leurs vestiges, par la trace desquels cet égaré pense trouver le chemin de la ville. Ils se rient encore des fokkaha qui, par leurs purifications et cérémonies légales extérieures, pensent beaucoup mériter et s’acquérir un grand corbé"^ (avoisinement proche de Dieu).
Ceux cy, ce considèrent-ils, n’osent pas trancher ce mot comme parties de ce grand tout nécessaire et pensent que plus ils se deslacheront de la matière, plus ils se subtilizeront et approcheront de l’estre spirituel. Pour ce subject, ils s’enfermeront dans des lieux obscurs propres à méditer ; là ils feront un jeusne horrible, retranchant peu àpeu de leur ordinaire, jusques avenir par jour à une amande, ; là ils veulent entrer, ce disent-ils, dans A/m
erva^ (le monde des esprits), et se mettent en telle annihilation du matériel et corporel que toutes choses leur sont ouvertes et cognues. Là ils disent voir des lumières verdes, jausnes, qui se changent les unes aux autres selon leur dépuration de nature. Peut estre que leur cerveau desséché pourroit bien produire de telles illusions, llspensent que telles retraictes et abstinencessont causes efficientes des inspirationsetrévélationsdivinesquineleur