LIVRE SlXIÈiME
O GRANDEUR, que tu es belle quand la vertu te rend utile ! Que le spectacle de 1 homme puissant occupé de secourir ses frères est doux pour une âme sensible ! Combien de fois j'en ai joui ! combien j'ai vu d'infortunés environner en pleurant celui qui finissait leurs peines ; celui qui, né dans la pourpre roj'ale, abandonne son palais pour voler à leur chaumière, pour la rétablir si elle est détruite, pour y ramener l'abondance! Je le vois tous les jours, ce mortel bienfaisant, parcourir ses immenses domaines, et choisissant pour s'y rendre l'instant où le pauvre a besoin de lui. Là où riiiver est plus rigoureux, où le feu vient d'exercer son ravage, où des fleuves débordés ont emporté l'espoir du laboureur, c'est là qu'il fautsûrement l'attendre. Occupé de suivre le malheur, il ar-rive presque aussitôt, que lui pour en effacer les traces. Il paraît, et le pauvre est riche, l'infortuné sèche ses larmes, l'opprimé rentre dans ses droits. C'est pour eux qu'il aime son rang, c'est pour eux qu'il a des richesses. Sa récompense est son bienfait même, surtout quand il reste ignoré. Ah ! que sa modestie se rassure; mon respect et mon amour m'empêcheront de le nommer,
Isidore et Némorin. guidés par l'aimable prince qui s'intéressait à leur sort, suivaient en silence la route de son camp, lorsque le jeune Gaston, pour les distraire de leurs maux, les entretient
de leur patrie, des avantages qui la distinguent des autres Etats de Louis, et de cette ville célèbre où tous les ans les troubadours vont disputer l'églantine d'or, la violette, le souci, qui sont le pi-ix du génie. Le prince ignorait l'origine de cet usage fameux; Némorin, pour la lui apprendre, chante la romance de Clémence Isaure.