‹ Esther (volume 2)Chapitre 11 sur 68 · ACTE 1, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE I

Vasthi régna longtemps sur son âme offensée. Dans ses nombreux États il fallut donc chercher * Quelque nouvel objet2 qui l'en pût détacher. De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent : Les filles de l'Egypte à Suse comparurent, Celles même du Parthe et du Scythe indompté 8 Y briguèrent le sceptre offert à la beauté. On m'élevait alors, solitaire et cachée, Sous les yeux vigilants du sage Mardochée * : Tu sais combien je dois à ses heureux secours ; La mort m'avait ravi les auteurs de mes jours ; Mais lui, voyant en moi la fille de son frère, ui Me tint lieu, chère Elise, et de père et de mère. Du triste état des Juifs jour et nuit agité, Il me tira du sein de mon obscurité ; Et, sur mes faibles mains fondant leur délivrance, Il me fit d'un empire accepter l'espérance 5. A ses desseins secrets, tremblante, j'obéis :

goût moins sûr rejetterait comme pas assez relevées. Il a dit encore dan9 Britannicus, act. IV, se. n :

Une loi moins sévère

Mit Claude dans mon lit et Rome à mes genoux.

1. « Postquam régis Assueri indignatio deferbuerat, recordatus est Vasthi, et quae fecisset, vel quae passa esset. Dixeruntque pueri régis ac ministri ejus : Quaerantur régi puellae virgines ac speciosse, et mittantur qui considèrent per universas provincias puellas speciosas et virgines, et adducant eas ad civitatem Susan, et tradant eas in domum feminarum... Et quaecumque interomnes oculis régis placuerit, ipsaregnet pro Vasthi. Placuitsermo régi, et ita ut suggesserant jussit fieri. • (Esther, ch. n, v. 1, 2, 3, 4.)

1. Le xvn' siècle s'est beaucoup servi du mot objet dans ce sens. Corneille dit dans Polyeucte, act. II, se. n :

Adieu, trop vertueux objet, et trop charmant

3. • Les Parthes étaient une colonie de Scythes qui s'étaient séparés du reste de la nation ; et c'est pour cela qu'on leur donna le nom de Parthes, qui signifie bannis. • (Luneau-Boisgermain.)

4. « Erat vir Judaeus in Susan civitate, vocabulo Mardochseus, qui translatus fuerat de Jérusalem eo tempore quo Jechoniam regem Juda Nabuchodonosor rex Babylonis transtulerat ; qui fuit nutritius riliae fratris sui, Edissae, quœ altero nomine vocabatur Esther, et utrumque parentem amiserat; pulchra nimis et décora facie. Mortuisque pâtre ejus ac matre, Mardochaeus sibi eam adoptavit in riliam. » (Esther, ch. II, v. 5-7.)

5. Il ne sera pas inutile de rapprocher de ce vers si précis et si plein les paroles que du Kyer fait tenir à Esther quand Mardochée la presse d'accepter l'empire :

Soit que par vos raisons ma raison se rappelle,

Soit que le ciel m'inspire une force nouvelle,

Je sens que dans mon creur, autrefois abattu,

Succède a la faiblesse une mâle vertu.

Et par cette vertu, que le ciel me suggère.

Je sens bien qu'il vous aime et qu'il veut que j'espère.

(D« Rykr. Etther, act. 1, «c. n..

Je vins1 ; mais je cachai ma race et mon pays*. Qui pourrait cependant t'exprimer les cabales Que formait en ces lieux ce peuple de rivales, Qui toutes, disputant un si grand intérêt, Des yeux d'Assuérus attendaient leur arrêt? Chacune avait sa brigue et de puissants suffrages • : L'une d'un sang fameux vantait les avantages ; L'autre, pour se parer de superbes atours, Des plus adroites mains empruntait le secours ; Et moi, pour toute brigue et pour tout artifice, De mes larmes au ciel j'offrais le sacrifice. Enfin, on m'annonça l'ordre d'Assuérus.

* *' Devant ce fier monarque, Elise, je parus 4.

Dieu tient le cœur des rois entre ses mains puissantes 5 ;

Il fait que tout prospère aux âmes innocentes,

Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé.

De mes faibles attraits le roi parut frappé :

Il m'observa longtemps dans un sombre silence :

Et le ciel, qui pour moi fit pencher la balance,

Dans ce temps-là, sans doute, agissait sur son cœur.

Enfin, avec des yeux où régnait la douceur :

« Soyez reine, » dit-il; et, dès ce moment même,

De sa main sur mon front posa son diadème 6.

1. • Quumque percrebuisset régis imperium, et juxta mand&tum illiui multae pulehrae virgiDes adducerentur Susan, et Egeo traderentur eunucho. Esther quoque inter caeteras pue!la9 ei tradita est ut servaretur in numéro ferainarum. • {Esther, ch. n, v. 8.)

i. • Quœ noiuit indicare ei populum et patriam 9iiam : Mardochaeus enim praîceperat ei, ut de hac re omnino reticeret. » {Ibid., ch. n, v. 10.)

3. Ces vers semblent avoir été inspirés à Kacine par ce passage de Tacite, Ann., lib. II, ch. r : « Nec minore ambitu feminae exarserant suam quaeque nobilitatem, fo-mam, opes contendere, ac digna tanto niatrimonio ostentare. « Le poète avait déjà dit dans Britannicus, act. IV, se. il :

Quand de Britannicus la mère condamnée Laissa de Claudius disputer l'Iiymènée, Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix, Qui de ses affranchis mendièrent les voix...

4. • Evoluto autem tempore per ordinem, instabat dies quo Esther, filia Abigaïl fratris Mardochaei, quam sibi adoptaverat in filiam, deberet inirare ad regem. Quae non quaesivit muliebrem cultum. sed quaccumque voluit E^eus eunuchus, custos virginum, haec ei ad ornatum dédit. Erat enim formosa valde, et incredibili pulchritudine, omnium oculis gratiosa, et amabilis videbatur. » (Ibid., ch. n, v. 15.)

5. • Sicut divisiones aquarum, ita cor régis in manu Domini : quoeumque voluerit, inclinabit illud. • (Proc.ch. xxi, v. 1.) — Voici comment Bossuet exprime cette même pensée : • Dieu tient du pluB haut des cieux les rêne? de tous les royaumes; il a tous les cœurs en sa main : tantôt il retient les

Eassions, tantôt il leur lâche la bride; et par là il remue tout le genre umain. • (Disc, xur l'hist. umv., III» partie, ch. vut.)

6. • Et adamavit eam plus quam omnes mulieres, habuitqoe gratiam et

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