ACTE I, SCÈNE I
Pour mieux faire éclater sa joie et son amour, Il combla de présents tous les grands de sa cour -, Et même ses bienfaits, dans toutes ses provinces, Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes1.
Hélas, durant ces jours de joie et de festins, Quelle était en secret ma honte et mes chagrins2 ! Esther, disais-je, Esther dans la pourpre est assise 8, La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs! Sion, repaire affreux de reptiles impurs*, Voit de son temple saint les pierres dispersées. Et du Dieu d'Israël les fêtes sont cessées 6 1
ÉLISE
N'avez-vous point au roi confié vos ennuis ?
Le roi, jusqu'à ce jour, ignore qui je suis 6 :
misericordiam coram eo super oranes mulieres-, et posuit diadema regni in capite ejus, fecitque eam regnare in loco Vasthi. » (Esth., ch. n, v. 17.) — « Il faudrait pour l'exactitude, il posa. • (La Harpe. — Geoffroy.) — Cette critique n'est-elle pas trop rigoureuse ? — Voici comment du Ryer avait développé ces deux mots : Soyez reine. C'est Assuérus qui parle :
Approchez, chère Esther, venez prendre la place
Que vous donne l'amour, que vous dorme la grâce;
Kt par ud juste arrêt du plus grand de nos dieux,
Régnez avec un roi sur qui régnent vos yeux. (Act. IH, se. i.)
1. « Peuple étant un nom collectif, on peut dire leurs princes. Il parait cependant qu'il serait plus naturel de dire leur prince. i Cette observation, faite par Louis Racine, nous semble peu raisonnable; leurs princes est mis là pour désigner le roi Assuérus et la reine Esther. — i Et jussit convivium pra;parari permagnificum cunctis principibus, et servis suis, pro conjunctione et nuptiis Esther. Et dédit requiem universis provinciis, ac dona largitus est juxta magnificentiam pri-ncipalem. » (Esther, ch. Il, v. 18.)
2. Un grammairien trop scrupuleux blâmerait cette ellipse et demanderait que le poète eût mis quels étaient mes chagrins; mais juger le syle poétique avec cette rigueur, ne serait-ce pas enlever au poète toute liberté, et le charger de jchaines qui rendraient sa marche plus lourde ? Qui ne voit la rapidité que cette ellipse donne à la phrase? On critiquerait avec aussi peu de raison ce vers d'Andromaque, act. II, se. n :
Le cœur est pour Pyrrhus, et les vœux pour Oreste.