‹ Esther (volume 2)Chapitre 14 sur 68 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

ESTHER, ÉLISE, Le Chœur1.

une Israélite, chantant derrière le théâtre. Ma sœur, quelle voix nous appelle?

que mes enfants de Saint-Cyr : j'en aime jusqu'à leur poussière. Je m'offre avec tous mes gen9 pour les servir; et je n'aurai nulle peine à être leur servante, pourvu que mes soins leur apprennent à s'en passer. Voilà où je tends, voilà ma passion, voilà mon cœur. » Du reste, ce personnage d'Esthei semblait si bien convenir à M0" de Maintenon que, trois ans après, Boileau renouvelait ce même parallèle :

J'en sais une chérie et du monde et de Dieu,

Humble dans la grandeur, sage dans la fortune.

Qui gémit comme Esther de sa gloire importune,

Que Je vice lui-même est contraint d'estime1",

Lt que sur ce tableau d'abord tu vas nommer.

1. Racine lisait continuellement Sophocle; il l'annotait sur les marges. On ne s'étonnera pas de trouver ici la traduction littérale du premier vere de l'Œdipe roi :

*û T='xva Kà£|iou toi? «aXai via tçooîj !

O enfants, de l'antique Cadmus jeune postérité !

2. Le chœur, dans la tragédie des Grecs, en rappelait l'origine religieuse •.

La tragédie, informe et grossière en naissant, Ne fut qu'un simple chœur où chacun en dansant, etc. • Ces louanges du dieu étaient célébrées par des chœurs, dont la distribution naturelle en coryphées et en choristes qui prenaient tour à tour la parole, probablement aussi en demi-chœurs qui se répondaient, eût seul conduit à l'invention du dialogue, s'il eût été besoin de l'inventer. Dans leurs chants, qui avaient déjà quelque chose de dramatique, mais qui n'étaient pas le drame, on intercala plus tard, soit pour varier l'intérêt par des intermèdes, soit pour ménager aux exécutants quelques moments de repos par l'intervention de l'artiste spécialement chargé de ces intermèdes, des récits où étaient primitivement rappelées les aventures de la divinité que l'on fêtait, mais qui ne tardèrent pas à leur devenir étrangers. Une telle innovation fut d'abord réprouvée par les vieillards et par les magistrats comme irrespectueuse- et impie; mais elle passa à la faveur du plaisir et des suffrages de la foule. C'est à elle, chose singulière, que l'on doit véritablement la découverte de l'art dramatique et des divers genres entre lesquels il ne tarda pas à se partager, particulièrement de la tragédie. On avait déjà le dialogue; elle mit sur le chemin de l'action... témoin idéal du drame, chargé d'en recueillir l'impression et de la transmettre pure et entière aux véritables spectateurs, le chœur avait été d'abord, dans les cérémonies du culte de Bacchus, le représentant du peuple entier; il ne perdit pas ce caractère, lorsque, par suite d'innovations successives, ces pompes religieuses se changèrent en un spectacle. » (M. Patin, Etudes sur les tragiques grecs, t. I, p. 9, 10.) — Les auteurs tragiques de la Renaissance essayèrent, par une imitation servile des anciens, de transporter le chœur sur notre scène ; on 9'aperçut bientôt qu'il la chargeait d'un témoin inutile, embarrassant et invraisemblable, on y renonça pour toujours. Racine est le

UNE AUTRE

J'en reconnais les agréables sons :

C'est la reine.

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