ACTE 1, SCÈNE III. 2o
Si dans mes chants ta douleur retracée * Jusqu'au dernier soupir n'occupe ma pensée I
TOUT LE CHŒUR
0 rives du Jourdain s ! ô champs aimés des cieux ! Sacrés monts, fertiles vallées Par cent miracles signalées !
Du doux pays de nos aïeux Serons-nous toujours exilées?
UNE ISRAÉLITE, SClile.
Quand verrai-je, ô Sion ! relever tes remparts, Et de tes tours les magnifiques faites ? Quand verrai-je de toutes parts Tes peuples en chantant accourir à tes fêtes ?
TOUT LE CHŒUR
O rives du Jourdain ! ô champs aimés des cieux I Sacrés monts, fertiles vallées Par cent miracles signalées !
Du doux pays de nos aïeux Serons-nous toujours exilées?
Quel profane en ces lieux s'ose avancer vers nous? Que vois-je ! Mardochée ! O mon père, est-ce vous?
1. « Adhaereat lingue mea faucibus mei9, si non meminero tui, si non proposuero Jérusalem i;. , rincipio laetitiœ meae. « {Psal. cxxxvn, v. 7, 8.) — Clément Marot, -dans ses l 'salmes, traduit ainsi le verset :
Or toutes foys, puisse oublier ma dextre L'art de harper, avant qu'on te voye estre, Hioi usalem, hors de mon souvenir.
Ma langue puisse à mon palais tenir Si je t'oublie jamais, et si jamais ay joie Tant que premier ta délivrance voye.
Il ne sera pas inutile de rapprocher des vers de Racine ceux de Lefrano de Pumpignan sur la même pensée :
De nos aïeux sacré berceau, Sainte Jérusalem, si jamais je t'oublie,
Si tu n'es pas jusqu'au tombeau, L'obiet de mes désirs et l'espoir de ma vie :
Rebelle aux elforts de mes doigts, Que ma lyre se taise entre mes mains glacées!
Et que l'organe de ma voix Ne prête plus de sons à mes faibles pensées!
Quelle plate et insipide paraphrase!