‹ Esther (volume 2)Chapitre 17 sur 68 · Le Jourdain, petit tleuve de la Palestine · texte numérisé non relu

Le Jourdain, petit tleuve de la Palestine

ESTUKR. %

Un ange du Seigneur, sous son aile sacrée

A donc conduit vos pas, et caché votre entrée?

Mais d'où vient cet air sombre, et ce cilice affreux,

Et cette cendre enfin qui couvre vos cheveux ■ .

Que nous annoncez-vous?

MARDOCHÉE

0 reine infortunée !

0 d'un peuple innocent barbare destinée ! Lisez, lisez l'arrêt détestable, cruel... Nous sommes tous perdus et c'est fait d'Israël !

Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace8.

MARDOCHÊE.

On doit de tous les Juifs exterminer la race. Au sanguinaire Aman nous sommes tous livrés : Les glaives, les couteaux sont déjà préparés ; Toute la nation à la fois est proscrite. Aman, l'impie Aman, race d'Amalécite, A pour ce coup funeste armé tout son crédit; Et Je roi, trop crédule, a signé cet édit, Prévenu contre nous par cette bouche impure, Il nous croit en horreur à toute la nature. Ses ordres sont donnés; et, dans tous ses Etats, Le jour fatal est pris pour tant d'assassinats. Cieux, éclairerez-vous cet horrible carnage? Le fer ne connaîtra ni le sexe ni l'âge3 ;

1. « Quae quum audisset Mardochaeus. scidit vestimenta sua, et indu tus est sacco, spargens cinerem capiti. » (Esther, iv., v. 1.) — « Rien n'égale la vivacité et la force, non-seulement des figures qu'ils [les Hébreux) employaient dans leurs discours, mais encore des actions qu'ils faisaient pour exprimer leu:s sentiments, comme de mettre de la cendre sur leurs tètes, de déchirer leurs habits, et de se couvrir de sacs dans la douleur. » (Fénelon, IIe dialogue su?- l'éloquence.) — « Ces sacs, ils les nommaient aussi cilices, çarce qu'ils étaient faits de gros camelot ou de quelque étoffe rude et grossière. » (Fleury, Marwrs des Israélites.)

2. Racine avait déjà mis ce vers dans la bouche d'OEnone (Phèdre, act. I, se. m) :

Juste ciel! tout mon sang dans mes veines se glace. 0 désespoir! ô crime! 6 déplorable race!

3. • Comme toute cette poésie est hardiment et naturellement figurée! on avait exprimé cette idée, mais qui avait dit que le fer ne connaîtrait ni sexe ni âge? » (La Harpe.) — On comprendra mieux la justesse de cette remarque si l'on rapproche de ces beaux vers de Pacine ceux de du Ryer, qui expriment les mêmes pensées :

Mais enfin, de quels maux sommes-nous menacés?

MAUDOCHÉE.

De tous les maux, Ksther, l'un sur l'autre amassés; Que votre esprit travaille à se faire une image

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