ACTE I, SCÈNE III
Il voit comme un néant tout l'univers ensemble ; Et les faibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas !. S'il a permis d'Aman l'audace criminelle, Sans doute qu'il voulait éprouver votre zèle. C'est lui qui, m'excitant à vous oser chercher, Devant moi, chère Esther, a bien voulu marcher ; Et s'il faut que sa voix frappe en vain vos oreilles, Nous n'enverrons pas moins éclater ses merveilles. Il peut confondre Aman, il peut briser nos fers Par la plus faible main qui soit dans l'univers; Et vous, qui n'aurez point accepté cette grâce, Vous périrez peut-être, et toute votre race*.
Allez : que tous les Juifs dans Suse répandus,
A prier avec vous jour et nuit assidus,
Me prêtent de leurs vœux le secours salutaire,
Et pendant ces trois jours gardent un jeûne austère 8.
Déjà la sombre nuit a commencé son tour :
Demain, quand le soleil rallumera le jour,
Contente de périr, s'il faut que je périsse,
deuxième syllabe est étouffée par Ve muet. » (Geoffroy.) — Oa lit dans Homère, IL, v. 527, chant l :
'H, xsO xuaveiriffiv l*' ôspûffi vtj<rt Kçovtwv : Kja-fo; àw' àOavaToio ■ pe'vav S' tlAlÇtv "OXujiXOH.
Ce que Virgile traduit ainsi :
Annuit et totum nutn tremefeeit Olympnm. Et la Fontaine; d'après Ovide :
Jupiter leur parut avec ces noirs sourcils Qui fout trembler les cieiix sur leurs pôles assis. [Philémon et Baucis, 73.) i. ■ Omnes gentes quasi non slat, sic sunt coram eo. i
2. • Si enim nunc silueris, per aliam occasionem liberabuntur Judaei : et tu et domus patris tui peribitis. » {Esthcr, ch. iv, v. 14.) — « Les choses qui l'on dit frappent moins que la manière dont on les dit. » Ces vers de du Uyer en sont un exemple :
Mais aussi redoutez que le'ciel qu'on outrage,
Ne laisse sur vous seule éclater cet ora^e,
Pour avoir Dégligé des peuples malheureux.
Et retenu le bien qu'il vous donna pour eux. (Act. IV, se. i).
3. t Vade, et congrega omnes Judaeos quos in Susan repereris, orate pro me. Non comedatis et non bibatis tribus diebus et tribus noctibus; et ego cum ancillis meis similiter jejunabo, et tune ingrediar ad regem, contra legem faciena, non vocata, tradensque me raorti et periculo. » ( Esther, ch. tv, v. 16.) — • Le deuil chez les Israélites était accompagné de jeûne. Ils demeuraient enfermés, assis par terre ou couches sur la cendre, gardant un profond silence, et ne parlant que pour se plaindre ou pour chanter des cantiques lugubres. » (Fleury, Mœurs des Israélites.)
J'irai pour mon pays m'offrir en sacrifice Quon s'éloigne un moment.
(Le chœur se retire vers le fond du théâtre.)